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L'avenir de deux fermes qui nourrissaient les Madelinots à l’année depuis de nombreuses années est incertain, sans compter qu’une fromagerie cessera ses activités cet été. La situation fragilise l'autonomie alimentaire des îles de la Madeleine et préoccupe de nombreux insulaires.
Depuis l’incendie qui a ravagé la Ferme avicole Bourgeois Dumont en décembre dernier, les Madelinots n’ont plus accès à des œufs produits localement. Les propriétaires, Jeanne Bourgeois et François Dumont, ont décidé de ne pas reconstruire les bâtiments agricoles.
Je nous trouve trop âgés pour entreprendre une nouvelle construction et devoir partir de zéro. Mais on se voit bien comme mentors pour des jeunes qui voudraient repartir la ferme.
Le couple garde espoir que des repreneurs acquièrent le terrain et rebâtissent un poulailler. Les propriétaires affirment que plusieurs personnes ont manifesté de l’intérêt pour reprendre les activités depuis l’incendie.

La ferme, achetée en 2000 par Jeanne Bourgeois et François Dumont, produisait des œufs aux Îles depuis des décennies. Environ 8500 poules ont péri dans l'incendie.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Pour qu'un nouveau projet avicole soit rentable, Jeanne Bourgeois et François Dumont estiment que la ferme devrait avoir le monopole de la vente d'œufs dans l'archipel.
C’est certain que ça prend un permis exclusif pour les Îles pour que ça puisse renaître de ses cendres, soutient Jeanne Bourgeois.
Ça prend une volonté politique et une volonté locale.
Le couple souligne également que les coûts de reconstruction d’un bâtiment neuf sont devenus trop élevés pour que la relève agricole puisse se lancer sans une aide gouvernementale.
Une pause de patates et une fromagerie qui ferme
La situation est aussi difficile pour l'agriculteur Christian Poirier, qui a décidé de mettre sur pause sa production de pommes de terre, de carottes, de navets et de betteraves en 2026.

En 2008, Christian Poirier a acheté une ferme maraîchère de 80 acres fondée dans les années 1970.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Son assureur exige une mise à niveau du système électrique de son entrepôt afin de diminuer les risques d'incendie. L'agriculteur doit insérer tous ses fils électriques dans une gaine métallique ou des tuyaux de plastique pour poursuivre ses activités.
Les travaux, évalués à plusieurs dizaines de milliers de dollars, ne sont pas admissibles à des subventions gouvernementales.
Avant de me lancer dans un projet de 100 000 $ d’investissement, je vais y penser à deux fois, lance Christian Poirier. Je n'ai plus 20 ans et on sait tous que l’agriculture, c’est un domaine où il faut travailler beaucoup pour avoir des résultats.

La Ferme Christian Poirier et fils approvisionne les épiceries de l'archipel en pommes de terre durant la presque totalité de l'année.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Le producteur souhaite profiter de sa pause en 2026 pour réfléchir à l'avenir de son entreprise.
Je ne sais pas du tout ça va être quoi l’avenir pour 2027, j’aimerais bien ça continuer encore quelques années.
Le maraîcher espère que la nouvelle mouture du Fonds d'intervention pour le développement du secteur agroalimentaire des Îles-de-la-Madeleine, attendue ce printemps, pourrait lui permettre d'obtenir de l'aide.
En 2025, la Ferme Christian Poirier et fils a cultivé environ 250 000 livres de pommes de terre, 30 000 livres de navets, 20 000 livres de carottes et 5000 livres de betteraves.

Les propriétaires des Biquettes à l'air vont écouler leurs derniers fromages cet été. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Bernard Laroche
Sur l'île du Havre Aubert, la fromagerie Les biquettes à l’air cessera sa production de fromage de chèvre pas plus tard que cet été, après plus de 10 ans d'activités.
Les propriétaires ont tenté, sans succès, de trouver des repreneurs à leur entreprise. Ils se sont finalement résignés à vendre leur troupeau de chèvres et leurs équipements. Ils souhaitent aussi se départir de leur propriété agricole.
L'entreprise est rentable, mais on la porte à bout de bras, indique le copropriétaire Éric Longpré. On veut arrêter avant de s'épuiser.
Des élus préoccupés
Pour le député provincial des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, la situation est inquiétante.
C’est une période extrêmement difficile pour les agriculteurs madelinots et pour les Îles-de-la-Madeleine en matière d’autonomie alimentaire, c’est un grave recul.
Le député fédéral de Gaspésie—Les Îles-de-la-Madeleine—Listuguj, Alexis Deschênes, estime lui aussi que les gouvernements doivent mieux soutenir le secteur.
Ça m’attriste que nous perdions de la capacité de production agricole aux Îles de la Madeleine.
Malheureusement, ça survient parce que les conditions pour exercer sont de plus en plus difficiles, ajoute M. Deschênes. Je pense qu’on ne soutient pas suffisamment la relève non plus, les gouvernements peuvent en faire plus et le gouvernement du Canada a un rôle.

Le député bloquiste Alexis Deschênes croit qu'Ottawa doit mieux soutenir les agriculteurs.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Le député affirme que les récentes crises internationales démontrent l’importance de renforcer la production alimentaire locale. On se fie beaucoup sur les marchés internationaux, mais, avec l’instabilité mondiale qu’on vit, il faut vraiment qu’on ait compris depuis la pandémie l’importance de développer nos propres capacités, dit Alexis Deschênes.
Plus de flexibilité réclamée
Les producteurs agricoles réclament de l'aide gouvernementale plus adaptée à leur réalité. Les programmes sont vraiment cadrés, ils ciblent vraiment quelque chose, mais ça ne veut pas dire que ça fitte avec tous les producteurs, déplore le producteur Christian Poirier.

Christian Poirier ne peut obtenir de l'aide pour la mise à niveau de ses bâtiments agricoles.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Cette critique, la directrice de l'organisme de concertation bioalimentaire Le bon goût frais des Îles l'entend souvent. C’est toujours un message qu’on entend de la part de nos entrepreneurs de s'assurer que les programmes répondent à leurs besoins, prennent compte de leurs défis, de l’insularité, souligne Caroline Jomphe.
On sent qu’on a un souhait d’atteindre une autonomie alimentaire au Québec, mais ça ne se traduit pas toujours concrètement par du soutien à nos entreprises.
En plus de fragiliser l'autonomie alimentaire madelinienne, les fermetures d'entreprises agricoles représentent une perte de savoir, ajoute Mme Jomphe.

La directrice du Bon goût frais des Îles, Caroline Jomphe, est préoccupée par la fermeture potentielle d'entreprises agricoles.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Malgré ces difficultés, l’organisme souligne que de nouvelles entreprises bioalimentaires sont tout de même en démarrage dans l’archipel.


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