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Entre la résurgence de Kirby Dach, l’excellence de Lane Hutson, les fourberies de Jon Scapin… Cooper, pardon, les élans de Brandon Hagel et les difficultés du premier trio du Canadien, cette série entre Montréal et Tampa Bay ne manque pas de bonnes histoires.
Ni d’action ni de spectacle d’ailleurs. Il y a pourtant une trame narrative qui ne fait pas (encore) couler beaucoup d’encre, soit la tenue de la brigade défensive montréalaise.
Petit voyage dans le temps.
Le 12 avril, l’équipe annonçait l’absence de Noah Dobson pour une période indéterminée avec une réévaluation de son cas dans deux semaines, soit dimanche. Alexandre Carrier était toujours sur la touche, ce qui a mené au rappel de David Reinbacher, et, soudainement, la défense bleu-blanc-rouge formait une bien triste courtepointe à quelques jours d’un affrontement contre le Lightning, 4e attaque de la Ligue nationale en saison.
L’on se doutait alors que Carrier serait de retour pour le début du duel, mais comment allait-il s’adapter au rythme des séries après avoir été à l’écart du jeu pendant trois semaines? Et, surtout, un éventuel duo Arber Xhekaj-Jayden Struble pouvait-il survivre aux assauts des Floridiens? Évidemment, ils n’allaient pas passer leur temps à se mesurer à Nikita Kucherov, mais quand même.
Deux semaines et trois matchs plus tard, ces inquiétudes ont été balayées. Carrier continue de battre la mesure comme si de rien n’était, puis Xhekaj et Struble sont d’une surprenante efficacité.
Quelques chiffres pour le contexte. Le Canadien, selon Natural Stat Trick, écrase son adversaire pour les occasions de marquer obtenues à cinq contre cinq depuis le début de la série dans un ratio pantagruélique de 75-25. Les Golden Knights, à 63 %, forment l’équipe qui s’en rapproche le plus.
Et à travers ce bon travail, le tandem Xhekaj-Struble, dans un rôle limité, évidemment, s’avère imprenable…jusqu’ici. Le Lightning n’a pas réussi à s’offrir une seule occasion de qualité face à Xhekaj à forces égales, ce qui en dit autant envers sa profondeur à l’attaque que sur le jeu lisse du colosse de Hamilton actuellement.
Vendredi soir, Xhekaj a joué 10 min 40 s (10:15 en moyenne en séries). De mémoire d’homme, parmi les plus impressionnantes 10 minutes pour un défenseur de soutien. Il a totalisé huit mises en échec, cinq tirs tentés, une passe, un différentiel de +2 et, plus largement, s’est dégagé de sa prestation une forte impression d’aisance et d’assurance.
Il ne joue pas beaucoup, mais il a de l’impact. Chaque fois qu’il est sur la glace, notre équipe sent sa présence. Il joue dur, il fait de bons jeux et il a été récompensé [vendredi]. Je suis content pour lui.
Ce n’est pas la description qu’on aurait pu en faire il y a peu. Voilà un homme qui avait été rayé de la formation 8 fois en 10 matchs avant la blessure de Carrier. Il avait même dû disputer une rencontre comme attaquant en Caroline. Cet Arber Xhekaj-là ne transpirait pas le bonheur, mais plutôt l’abattement et la résignation par moments.
Contraste saisissant avec le jeune homme qui faisait son entrée dans la ligue il y a trois ans et demi, souriant et moqueur, honnête et heureux. Son rôle a beaucoup changé en trois ans. C’est normal, a rappelé Martin St-Louis après l’entraînement optionnel de sa troupe samedi, après tout, il y avait cinq recrues à la défense en 2022-2023 (Xhekaj, Jordan Harris, Johnathan Kovacevic, Justin Barron et Kaiden Guhle).
On a été capables de lui donner du millage de bonne heure, de l’expérience, tu ne peux pas acheter ça. On ne s’en faisait pas tant que ça avec les confrontations. Là, tu avances. Avec tous les défenseurs qu’on a, il est réaliste, mais c’est un compétiteur aussi. C’est normal qu’il en veuille plus, a lancé l’entraîneur.
Vendredi matin, avant le troisième match de la série, on a revu le Xhekaj insouciant des premiers jours. Badin, il s’amusait avec les journalistes, partageait des anecdotes. Comme cette fois l’année dernière, juste avant son tout premier match éliminatoire, à Montréal, contre les Capitals, où il avait aperçu un enfant sur le bord de la vitre à l’échauffement les yeux pleins d’eau, submergé par l’émotion à l'idée de voir ses joueurs préférés en séries. Xhekaj avait lui-même failli pleurer, racontait-il.
Je me suis dit : "qu’est-ce que tu fais, ressaisis-toi, tu as un match à jouer", s’esclaffait le défenseur de 25 ans.
Confiant, détendu. Quelques heures plus tard, il jouait l’un des meilleurs matchs de sa carrière, étant donné l’enjeu.
C’est d’ailleurs ce qui est le plus impressionnant jusqu’ici. Hésitant et inconstant toute la saison, il s’affirme soudainement au moment le plus crucial. Pourquoi?
J'ai l'impression que rien d'autre n'a vraiment d'importance en ce moment. Il n'y a que ma prochaine présence, mon prochain match. C'est un peu comme ça que je vois les choses. J'essaie juste d'enchaîner les journées, les présences sur la glace, les entraînements et tout le reste. Pour moi, il n’y a rien d'autre qui compte en ce moment, a expliqué le défenseur après le match vendredi.
À ses yeux, il a retrouvé ses moyens en fin de campagne quand la blessure à Carrier lui a ouvert la porte et permis de jouer 10 matchs de suite. Pour St-Louis, par contre, cette ténacité s’est construite au fil des ans, grâce à un parcours atypique, celui d’un joueur jamais repêché, qui a eu à se battre, parfois littéralement, pour chaque pouce de terrain gagné dans ce milieu impitoyable. L’entraîneur a même encensé les parents de Xhekaj et leur éducation.
C’est dur de briser une personne quand cette personne s’est bâtie elle-même.
Même avant qu’il arrive avec le Canadien. J’ai compris et appris comment il s’est rendu ici. Là, on a commencé à travailler avec lui. Je suis fier de Xhekaj, d’où il en est aujourd’hui, ça n’a jamais été linéaire. Ce n’est pas quelqu’un qui veut qu’on lui donne tout, gratuitement. Il s’est bâti et ce n’est pas la norme de la génération d’aujourd’hui qui veut tout avoir facile, a-t-il poursuivi, laissant traîner une petite critique de la génération Z, déposée comme ça, à tout hasard.
Le moment ne pouvait pas être mieux choisi pour relever la tête et les épaules. Pour lui, d’abord, qui aura droit à l’arbitrage cet été, et pour l’équipe, surtout, qui a des idées de grandeur ce printemps. Pour l’instant, Xhekaj, à l’image de la défense tricolore, tient le coup.


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