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Le ministère de la Sécurité publique (MSP) n’a pas l’intention de retirer les patrouilles de la Sûreté du Québec (SQ) du territoire d'Ekuanitshit. Le chef de la communauté avait exigé leur retrait depuis l'intervention tendue de lundi dernier.
Cette demande du chef Jean-Charles Piétacho faisait suite à l'opération musclée d'agents de protection de la faune et de la SQ concernant un cas de braconnage présumé de caribou forestier.
Dans une réponse écrite, le MSP précise que, lorsqu'une communauté autochtone a établi un corps de police par convention avec Québec, celui-ci constitue l’autorité policière principale sur le territoire visé.
Dans le cas inverse, la SQ assure la desserte policière, conformément à la Loi sur la police, écrit le ministère.
Un service de police local
Jean-Charles Piétacho milite depuis plusieurs années pour ramener le service de police autochtone qui siégeait à Ekuanitshit. Celui-ci a été dissous en 2008 après des coupes budgétaires de l'ancien gouvernement fédéral de Stephen Harper.

Autrefois patrouillé par son propre corps de police, le territoire d'Ekuanitshit est aujourd'hui couvert par la Sûreté du Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Mathieu Boudreault
Après ce qui s’est produit dans sa communauté, le chef croit qu’il est grand temps de ramener cette discussion sur la table. Depuis l’incident, il dit être en communication avec un corps de police des Premières Nations, sans toutefois préciser duquel il s’agit.
À court terme, je pense qu’on va pouvoir maintenir une couverture plus immédiate, parce que ces agents, s’ils couvrent notre communauté, ils vont y rester, ce qui n’est pas le cas avec la Sûreté du Québec, assure le chef.
Par ailleurs, il estime que la distance entre le poste de police le plus près, soit celui de Havre-Saint-Pierre, et la communauté est trop importante pour y mener des interventions efficaces.

Le chef d’Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, dénonce l’intervention policière et réclame le départ de la SQ.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
On les appelle pour des cas de trafic de drogues, mais les contrevenants ont le temps de vendre et de sortir de la communauté avant qu’ils arrivent. Au moment où on se parle, on n'a plus de sécurité avec la SQ.
Proximité culturelle
L’option d’établir un service de police à même la communauté représenterait plusieurs avantages, selon Mylène Jaccoud, professeure à l'École de criminologie à l’Université de Montréal.
C’est quand même une proximité culturelle et linguistique qui permet de mieux comprendre les dynamiques propres aux Premières Nations. [...] Un policier autochtone serait beaucoup plus sensible à cette dimension-là, remarque-t-elle.

Mylène Jaccoud est professeure au département de criminologie de l'Université de Montréal. (Photo d'archives)
Photo : Courtoisie
Elle avance toutefois que la proximité des agents locaux aux membres de la communauté, qu’ils soient des amis ou de la famille, pourrait créer des cas complexes. Une situation qui est facilement contournable, croit-elle, en embauchant des policiers autochtones provenant de différentes communautés.
Pour Mylène Jaccoud, l’approche du chef Piétacho est avant tout un cri du cœur lié à l’abus de confiance, bien que sa demande de retrait soit difficilement applicable dans l'immédiat.
Je crois qu’il faut partir de ce signal-là pour essayer d’aller ailleurs, mais l’interdiction de la patrouille de la SQ ne changera pas grand-chose, conclut la professeure.
Avec la collaboration de Bénédicte Filippi et Alban Normandin


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