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FIGAROVOX/ENTRETIEN - L’institut Terram, un think thank qui défend les territoires, a publié début août un atlas des élections municipales 2026. La baisse du taux de participation dans les petites communes tient en partie à un changement des règles électorales, estime son auteur Sylvain Manternach.
Sylvain Manternach est géographe et cartographe.
FIGAROVOX. - Vous montrez dans votre étude que la participation dans les petites communes a diminué ces dernières années lors des élections municipales à cause de la suppression du panachage. Comment fonctionnait ce système et pourquoi permettait-il d’obtenir un taux de participation important ?
Sylvain MANTERNACH. - Cette tendance à la baisse de la participation peut aussi être repérée dans le cadre d’autres élections. La suppression du panachage n’est donc pas le seul élément explicatif. Il paraît toutefois assez logique que la dimension très personnalisée du panachage, dans les petites communes, ait joué un rôle : on ne votait pas pour une liste, mais pour plusieurs individus. On déposait plusieurs bulletins et tout cela était comptabilisé. On assistait souvent à des élections au premier tour. Parfois, mais c’était beaucoup plus rare, un deuxième tour pouvait être nécessaire pour départager les autres candidats. Cela concernait les communes les plus petites, souvent dotées de moins d’un millier d’habitants.
À l’échelle locale, il existe une dimension interpersonnelle et de confiance. On l’observe dans la manière dont les Français perçoivent leurs élus municipaux, et en particulier leur maire. Cette confiance accordée aux maires ne se limite d’ailleurs pas aux toutes petites communes. Ce lien - et parfois le fait de connaître personnellement la personne - donnait aux électeurs la possibilité de composer leur conseil municipal comme ils le voulaient. Il pouvait aussi y avoir des inimitiés à un niveau très local. Sans aucun doute, cela favorisait la participation. La disparition du panachage a sans doute renforcé la baisse de participation dans ces toutes petites communes, où il faut désormais voter, comme dans les très grandes, pour une liste complète.
Quelle est l’ampleur de la baisse de la participation observée dans les petites communes ? Est-elle aussi causée par des facteurs autres que la suppression du panachage ?
Nous avons fait le calcul sans tenir compte de l’année 2020, à cause du Covid. En comparant 2014 à 2026, dans les toutes petites communes, on observe exactement 11 points de participation en moins : on passe de 75,2 % à 64,2 %. Dans les communes un peu plus grandes, la baisse est plus faible. C’est peut-être ce différentiel de quelques points qui se joue sur le panachage.
Dans les grandes communes, pour d’autres raisons, la participation était plus basse, mais elle a moins reculé : elle est restée dans des zones proches, et a même légèrement augmenté pour les très grandes communes.
Sylvain ManternachPar ailleurs, d’autres éléments expliquent que cette «France qui participe» a eu tendance, lors de ces élections, à moins voter qu’auparavant. Dans ces communes-là, ce sont 11 points sur 75, soit environ un électeur sur 7 qui manque par rapport à la précédente élection. Dans les grandes communes, pour d’autres raisons, la participation était plus basse, mais elle a moins reculé : elle est restée dans des zones proches, et a même légèrement augmenté pour les très grandes communes.
C’est d’abord une affaire de choix : plus le choix est large, plus la participation est grande, quelle que soit l’échelle étudiée. Aujourd’hui, ce choix est beaucoup plus réduit. Bien souvent une seule liste se présente. Il existe même de toutes petites communes dans lesquelles aucune liste ne s’est présentée, obligeant les préfets à intervenir pour résoudre le problème.
Les petites communes ont longtemps été perçues comme les bastions de la démocratie française. Comment peut-on remotiver leurs électeurs à aller voter ?
Cela commence dès le stade des candidatures. On a vu ces dernières années — cela reste des phénomènes marginaux — des élus victimes de violences. On peut donc avoir l’impression – sur la base du fait que la politique, en France comme ailleurs, fonctionne toujours plus sur le fondement de polémiques – qu’il est plus compliqué d’être élu local qu’il y a 15 ou 20 ans. Les missions se sont également complexifiées, notamment parce que les dotations financières ont diminué : on a donc moins de moyens à cet échelon. Les électeurs ont probablement l’impression qu’il y a moins d’intérêt à voter pour ces élections. Pour remotiver les électeurs à aller voter aux municipales, il faut les convaincre de l’importance de ce rendez-vous électoral.
Vos chiffres montrent aussi une légère augmentation de la participation dans les villes de plus de 100 000 habitants entre 2014 et 2026 (+0,8 %). À quoi cette évolution est-elle due ?
Par ailleurs, plus la commune est grande, plus la campagne a été médiatisée dans la presse locale, voire dans la presse nationale. Un enjeu local qui fait polémique peut motiver les électeurs à aller voter. Cela tient aussi au type de population qui habite dans des grandes villes. On trouve souvent, dans les grandes métropoles, des quartiers très militants, qui ont pu tirer légèrement cette participation vers le haut. Lors de ces élections, dans les métropoles, LFI, et dans une moindre mesure le Rassemblement national, ont eu un peu plus voix au chapitre. On peut donc imaginer que des électeurs de ces partis sont allés s’exprimer parce qu’ils ont eu l’impression que leur voix compterait un peu plus, leur camp politique ayant plus de poids et de chances de l’emporter, ou simplement de peser.
Ce qui est intéressant, c’est la différence qui oppose les grandes villes et les autres catégories de communes. Il y a peut-être, d’un côté, dans les petites communes, une logique de devoir citoyen qui s’est un peu estompée, et de l’autre, dans les communes moyennes ou grandes, un vote beaucoup plus tactique.


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