Longtemps avant d’en faire son combat juridique, c’est au creux de l’enfance qu’Anaïs Brodard a ressenti l’ombre portée de ce mot. L’intime se heurte alors à la froideur administrative lorsque ses parents doivent, sous le regard d’un guichetier ou au bas d’un formulaire, révéler le statut de «divorcé», comme une étiquette de la défaite collée à leur quotidien. Devenue avocate spécialiste du droit de la famille dans le canton de Vaud, elle a vu ce même sentiment de vulnérabilité traverser le quotidien de ses clients. Quarante pour cent des mariages en Suisse finissent par un divorce. Face à cette gêne persistante, l’avocate défend une solution évidente: simplifier les catégories publiques d’état civil pour ne conserver que deux mentions, «marié» ou «non marié». Une manière d’offrir enfin à chacun le droit à la dignité et à la discrétion.
«A la base, c’est un reliquat du droit canon», rappelle Anaïs Brodard. Avant l’avènement du Code civil et de la laïcité de l’Etat, les autorités ecclésiastiques régissaient les unions et percevaient la rupture du lien conjugal comme un manquement moral qu’il fallait consigner et désigner. Cette tradition de contrôle social s’est profondément ancrée dans le droit européen et y a survécu presque intacte. Aujourd’hui encore, la Suisse, la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni continuent d’exiger cette justification dans les démarches administratives ordinaires, perpétuant une forme de tutelle morale d’un autre temps.


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