En faisant descendre en 1812 un chien de 12 ans du col du Grand-Saint-Bernard, perché à environ 2 500 m, les chanoines de l’hospice ont littéralement offert à Barry une retraite bernoise : il a vécu au col de 1800 à 1812, puis il est mort paisiblement à Berne en 1814. Le chien que l’on contemple aujourd’hui au Musée d’histoire naturelle de Berne n’est plus tout à fait celui qui a arpenté le col, car son spécimen a été modifié après sa mort. Quant aux 40 personnes qu’il aurait sauvées, le musée lui-même ne les avance qu’au conditionnel.
Le musée écrit que Barry est « censé avoir participé au sauvetage de 40 personnes ».
À retenir
- Barry a vécu au col du Grand-Saint-Bernard de 1800 à 1812, puis est mort à Berne en 1814.
- Le spécimen exposé a été remodelé en 1923 ; seule la fourrure serait d’origine.
- Le sauvetage de 40 personnes n’est attesté par le musée qu’au conditionnel, et le tonnelet d’eau-de-vie relève de la légende.
Sommaire
Ce que le col demandait à ses chiens
Les premières neiges reviennent sur les hauts cols alpins, et le Grand-Saint-Bernard rappelle ce que coûtait une traversée au début du XIXe siècle. L’hospice y est tenu depuis le XIe siècle par des chanoines augustins, et franchir le col y était dangereux en toute saison. Les chanoines et leurs serviteurs allaient chercher les personnes ensevelies ou égarées, puis ils se sont fait accompagner par des chiens. Au fil de 200 ans, cette alliance entre l’homme et l’animal aurait sauvé de la mort plus de 2 000 personnes, selon le musée.
Ces chiens n’avaient rien de nos chiens d’avalanche modernes : leur rôle principal, précise le musée, consistait à retrouver le chemin de l’hospice par fort blizzard.
Barry a vu le jour en 1800. Chiot, il folâtrait dans la neige et reniflait tout ce qui passait à sa portée, des fleurs aux crottes de marmotte, rapporte le Musée national suisse. Très vite, il a suivi les guides sur les sentiers pour retrouver la trace de personnes disparues.
Le travail était des plus dangereux : tempêtes et avalanches étaient monnaie courante, et le mont Mort qui surplombe le col ne porte pas son nom pour rien. Les récits des soldats de Napoléon, qui franchirent le col en 1800, ont beaucoup fait pour la réputation des chiens sauveteurs. Selon une notice publiée sur notrehistoire.ch, le général Berthier aurait même voulu emmener le chiot en mai 1800, mais le maître-chien Julius Genoud s’y serait opposé. Cette anecdote, comme tant d’autres autour de Barry, se lit donc au conditionnel.
Rapporté aux 2 000 vies sauvées en 200 ans, un total de 40 personnes représente moins de 2 %. Le musée parle d’ailleurs de participation au sauvetage, pas d’exploit solitaire. Un chien du col n’agissait pas seul : il accompagnait les chanoines et leurs serviteurs.
Derrière la vitrine, un Barry remanié
Après sa mort, Barry a été empaillé, une année plus tard d’après Le Nouvelliste. Selon des archives publiées sur notrehistoire.ch, le prieur de l’hospice aurait souhaité que le chien soit confié au musée de Berne, et son naturaliste lui aurait donné une attitude plutôt humble, tête basse. Au début du XXe siècle, le spécimen se serait fortement détérioré. Un remodelage en 1923 aurait ensuite remplacé le montage d’origine par une version modelée d’après nature.
La fourrure, elle, serait restée d’origine.
Longtemps, la dépouille est restée à l’entrée du musée, coincée entre les toilettes des hommes et celles des femmes, rapporte swissinfo. L’exposition permanente actuelle, organisée pour les 200 ans de la mort du chien, occupe le deuxième étage. La revue du Club alpin suisse y voit « une sorte de petit musée à l’intérieur du musée ». Elle départage les récits authentiques de ceux qui relèvent du mythe, annonce l’institution.
Le parcours ne se limite pas à Barry : des films interactifs permettent de s’asseoir dans un cockpit d’avion pour mesurer l’engagement des unités de secours. Ils font aussi comprendre les exigences psychiques auxquelles les chiens d’avalanche et de sauvetage sont confrontés.
Tonnelet, baïonnette, enfant sur le dos : trois légendes à ranger
Le tonnelet d’eau-de-vie appartient au folklore : dans les faits, les chiens de secours de l’hospice n’ont jamais porté de tonneau de rhum autour du cou. Le Club alpin suisse relève que les peluches à l’effigie de Barry en portent pourtant toutes un. Marc Nussbaumer, archéozoologue et conseiller scientifique du musée, observe que « c’est le baril qui fait le chien » chez les saint-bernards. Selon lui, l’accessoire fonctionne comme un logo, une marque.
La mort héroïque est tout aussi fictive : un soldat de Napoléon l’aurait pris pour un loup et tué, dit la légende. Les époques ne correspondent pas, relève la RTS. Barry est mort paisiblement en 1814, dans son chenil bernois.
L’enfant porté sur le dos est une légende, tranche le musée.
Marc Nussbaumer ajoute que cette histoire circulait déjà avant la naissance du chien. La popularité de Barry tiendrait en partie du hasard : il aurait été le seul chien assez chanceux pour être empaillé. Le saint-bernard, lui, a été déclaré chien national suisse en 1884, rappelle le Musée national suisse.
Le Club alpin suisse tempère : selon l’état actuel des recherches, la légende d’environ 40 personnes aidées rejoint la réalité. Le musée, dans son propre texte, garde malgré tout le conditionnel.
Le musée ne conteste pas que Barry ait été un chien hors du commun : sans cela, il n’aurait pas été célèbre avant sa mort. En 1816 déjà, le professeur bernois d’histoire naturelle Friedrich Meisner se réjouissait que ce chien fidèle ne soit pas oublié de sitôt. Son nom a survécu au col : encore aujourd’hui, le plus beau chien de chaque meute le porte, indique la RTS. L’exposition se visite au Musée d’histoire naturelle, Bernastrasse 15, à Berne.
Sources : notrehistoire.ch | cabinet-philippe-alliaume.suissemagazine.com


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