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Avant de devenir stagiaire au quartier général de l’OTAN, en Belgique, la Canadienne suspectée d’espionnage aurait brièvement fréquenté l’Université de Montréal et travaillé au siège social de l’Agence spatiale canadienne, à Longueuil, à en croire les informations qu’elle a publiées en ligne.
Une enquête du réseau CBC a identifié cette personne comme Biwei Zhang, aussi connue sous le nom de Claire Zhang. Ses profils sur les réseaux sociaux Facebook et LinkedIn coïncident avec certaines informations disponibles sur la suspecte, déjà identifiée comme Claire Z. par une source confidentielle de l’agence Reuters.
« Je viens d’arriver à Mons et je suis actuellement à la recherche d’une chambre à louer, car je commence bientôt un stage à SHAPE (OTAN) », a-t-elle écrit dans un groupe de recherche d’emploi belge le 26 juillet 2025, sous l’alias Catina Zhang.
SHAPE est le Grand Quartier général des puissances alliées en Europe de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), situé à Mons, en Belgique. Son rôle est de préparer et mener les opérations militaires de l’Alliance.
Presque exactement un an après ce message de recherche de logement, le 24 juillet 2026, la police belge a annoncé qu’une ressortissante canadienne d’origine chinoise a été arrêtée. Elle est suspectée de « faits d’espionnage au profit d’un pays tiers et de participation à une organisation criminelle ».
Son domicile et son lieu de travail avaient été perquisitionnés la veille. Les autorités belges ne dévoilent pas le nom de cette stagiaire, qui est actuellement détenue.
Sur Facebook, Mme Zhang publie régulièrement des photos prises à Ottawa, à Toronto et parfois à Montréal. À l’été 2014, elle publie des photos d’un événement auquel participe Justin Trudeau, alors chef du Parti libéral du Canada, avant qu’il ne devienne premier ministre.
Elle se présente comme une étudiante de Toronto lorsqu’elle cherche un logement à Genève, en Suisse, pour un stage de six mois à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) débutant le 1er mai 2023. Cette information est cohérente avec celle de sa page LinkedIn, qui porte le nom de « Claire Z. ».
Deux examens d’entrée à l’ASFC
Ce profil indique que Mme Zhang, vraisemblablement dans la trentaine, aurait étudié à l’Université de Montréal en littérature française en 2016. Vérification faite, l’étudiante a plutôt participé au programme fédéral Explore, le temps d’un été, et a suivi un seul cours de français. Elle n’a jamais suivi de programme en littérature ni obtenu de diplôme.
Elle détenait pourtant encore une adresse courriel de cette université en 2019, et l’aurait utilisée pour envoyer sa candidature deux fois pour un emploi à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), montrent des documents judiciaires.
La preuve démontre que Claire (Biwei) Zhang avait envoyé un double dossier de candidature en utilisant deux adresses courriel différentes et en inversant son nom et son prénom sur le formulaire. Elle avait ensuite passé deux fois l’examen d’entrée, mais s’est fait prendre. Mme Zhang avait aussi postulé deux fois pour un emploi précédent à Statistiques Canada, peut-on lire.
La Commission de la fonction publique du Canada y avait vu une manœuvre frauduleuse et avait posé certaines conditions pour toute nouvelle embauche dans la fonction publique, comme de suivre un cours d’éthique. Un juge a plutôt infirmé cette décision en 2024, y voyant une simple erreur d’« une jeune femme chinoise qui en est encore au début de sa carrière et qui connaît généralement peu les processus de nomination de la fonction publique ».
Cette affaire ne semble pas avoir empêché son embauche à l’Agence spatiale canadienne, qu’elle liste comme employeur sur sa page LinkedIn à partir de mai 2022. Cette institution fédérale est basée dans l’arrondissement Saint-Hubert de Longueuil. Elle rapporte avoir travaillé aux « opérations des satellites ».
Elle déclare aussi un passage à l’Agence spatiale européenne quelques mois plus tôt, en février 2022. Le rythme auquel s’enchaînent les emplois de courte durée sur sa page LinkedIn laisse croire qu’il s’agit de stages.
Captée tôt
Décrocher un stage dans une institution internationale du calibre de l’OTAN implique normalement d’avoir obtenu une habilitation de sécurité, un service assuré par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), confirme son ancien directeur entre 1994 et 2004, Ward Elcock.
« Le niveau de sécurité augmente avec les responsabilités. Ce n’est pas la même rigueur pour un stagiaire que pour un directeur », illustre-t-il, en entrevue téléphonique au Devoir.
À son avis, la personne suspectée dans cette affaire a le profil d’un agent sur lequel un gouvernement étranger investit à long terme, afin d’obtenir des informations beaucoup plus tard. « C’est quelqu’un qui était à un bas échelon. Elle a été prise relativement tôt [dans sa carrière]. »
L’Agence spatiale canadienne, le ministère de la Sécurité publique du Canada et Affaires mondiales Canada n’avaient toujours pas répondu aux questions du Devoir lorsque ces lignes étaient écrites. Le Devoir a tenté de joindre Mme Zhang sur ses pages des réseaux sociaux, sans succès.
Une version précédente de ce texte indiquait que Claire (Biwei) Zhang avait été étudiante à l’Université de Montréal, ce qui a été démenti par l’institution.


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