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La scierie Béarn, au Témiscamingue, fermera définitivement le 10 juillet prochain.
Chantiers Chibougamau en a fait l'annonce à ses employés jeudi. Au total, une soixantaine de travailleurs sont touchés par la nouvelle.
Il n'y [a] aucun scénario de démantèlement de l'usine, aucun scénario de déplacement de la garantie d'approvisionnement de l'usine dans une autre usine de sciage, assure Frédéric Verreault, vice-président, Affaires générales chez Chantiers Chibougamau.
Du côté du syndicat, des représentations sont en cours auprès des élus pour réclamer un plan d’intervention.
Derrière cette fermeture, ce sont des familles complètes qui vivent aujourd’hui de l’inquiétude et de l’incertitude [...] Les travailleurs perdront leur emploi, leurs assurances collectives prendront fin.
Le syndicat travaille également à analyser toutes les options possibles pour maintenir une activité économique dans la région, incluant différents scénarios de relance et de reprise des activités, fait savoir par voie de communiqué le président du syndicat, Dany Dénommé.

La scierie Béarn a grandement besoin d'être modernisée, soutient Chantiers Chibougamau. Les coûts de transformation seraient ainsi plus élevés à l’usine de Béarn que dans les usines plus modernes. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Déjà, un plan de relance et de transition avec de nouveaux propriétaires serait à l'étude. Chantiers Chibougamau affirme d'ailleurs vouloir soutenir les personnes intéressées et avoir amorcé un travail avec Québec pour documenter le potentiel de relance.
On est davantage tournés sur le déploiement d'un projet de relance avec de nouveaux propriétaires, scénario qu'on souhaite en tout point faciliter.

Frédéric Verreault affirme qu’il est important pour Chantiers Chibougamau de protéger l’usine et de soutenir de futurs acquéreurs dans leurs projets. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Chantiers Chibougamau a fait l'acquisition de la scierie Béarn en 2023.
Quand on a constaté qu'on était dans un cul-de-sac, que l'usine avait besoin d'une modernisation, avait besoin d'un accompagnement serré pour pouvoir l'amener là où elle doit être, là où le Témiscamingue mérite qu'elle soit aussi [...] on a voulu minimiser les impacts sur les équipes, indique M. Verreault.
Un dur coup
La nouvelle est crève-cœur pour la région, souligne le préfet de la MRC de Témiscamingue, Martin Lefebvre. C'est sûr que cette usine-là, quand elle fonctionnait, elle fonctionnait à perte. Ce n'est pas une grande surprise, c'est juste qu'on ne souhaite jamais ça, dit-il.

« À court et moyen terme, ça cause beaucoup d’inquiétudes, ça va en causer pour les familles, pour les employés, pour le milieu de la municipalité de Béarn », souligne Martin Lefebvre. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Le préfet se veut rassurant après avoir discuté avec l'entreprise. Il se dit soulagé que les équipements restent sur place et que l’usine de Béarn conserve ses droits d’approvisionnement.
C’est important qu’il y ait des démarches qui s’effectuent dans les semaines qui viennent pour qu’il y ait une relance le plus rapidement possible.
La partie qui peut être intéressante, c'est qu'il semble y avoir peut-être une entreprise qui a de l'intérêt. Je sens quand même que Chantiers Chibougamau n'est pas là pour abandonner les employés comme ça, soutient M. Lefebvre. C'est sûr qu'on va être aux aguets. On va soutenir la municipalité de Béarn, on va être en arrière des employés, puis on va tout faire pour qu'il y ait une suite à cette annonce.
Inévitable
L'usine a connu de nombreux soubresauts depuis les dernières années, dont une fermeture de plusieurs mois.
Règle générale, une période de correction dans le cycle de l’industrie du bois d’œuvre dure habituellement de 6 à 12 mois, dit Frédéric Verreault. Dans le cas présent, le creux de cycle dure depuis trois ans et demi [...] donc c’est une éternité, c’est un creux d’une longueur historique, lance-t-il.

La difficulté d’approvisionnement en bois vécue à l’automne dernier s’est résorbée, selon Chantiers Chibougamau et le stock serait largement suffisant pour se rendre jusqu’au 10 juillet. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Depuis le jour 1, il n’y a pas un mois où on a dégagé un dollar de profit avec l’usine, admet le vice-président, Affaires générales.
Les faibles prix du bois, l’incertitude avec nos voisins américains et un essoufflement général de la construction ont nui aux activités de l’usine, comme d’autres ailleurs au pays (nouvelle fenêtre). Depuis deux ou trois ans, on essaie de maximiser les périodes de production pour que les gens aient un maximum de revenus au sein de l’équipe, renouvellent leur admissibilité à l’assurance-emploi, mais ce n’est pas une solution de moyen et de long terme, déplore-t-il.
Modernisation nécessaire
L’usine a besoin d'un grand nombre de travaux de modernisation.
Le syndicat soutient que les nombreux changements d’employeurs et le manque d’investissements au fil du temps ont contribué à fragiliser les opérations et à placer l’usine dans une situation difficile aujourd’hui.
Frédéric Verreault affirme que Chantiers Chibougamau n’avait pas les outils pour la moderniser à partir de leurs usines actuelles, en Abitibi et dans le Nord-du-Québec.

La scierie de Béarn est passée aux mains de Chantiers Chibougamau en 2023. Elle avait auparavant appartenu à GreenFirst pendant une courte période, après son acquisition auprès de Rayonier. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
L’éloignement de la scierie témiscamienne par rapport aux autres installations de l’entreprise représentait un défi logistique. Les caractéristiques de la forêt du sud du territoire, davantage mixte et feuillue, contrairement aux forêts résineuses du nord, compliquaient aussi les activités.
Le 10 juillet sera la dernière journée de travail de la grande majorité des employés, mais quelques-uns demeureront sur place pour assurer un niveau de sécurité et de maintenance minimal en attendant la suite des choses.
Interconnectivité
L’industrie forestière au Témiscamingue est interconnectée, et cela est bien expliqué par plusieurs acteurs du milieu depuis le début de la crise forestière.
La scierie Béarn, LVL Global ou RYAM, par exemple, utilisent le bois dont les autres n’ont pas besoin après une récolte en forêt.
Puisque la scierie Béarn agirait comme courtier avec la récolte de bois, une fermeture à long terme sans reprise pourrait poser problème, confirme Frédéric Verreault.
En plus de l’usine, le syndicat rappelle qu’une fermeture entraîne des conséquences pour les entrepreneurs forestiers, les camionneurs, les commerces locaux et toute l’économie régionale .


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