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La science au cœur des villes pour bâtir une diplomatie scientifique solide

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« Vous savez, Chamonix est née de la science. » En ces quelques mots, le nouveau maire de Chamonix–Mont-Blanc et président de la Communauté de communes, François-Xavier Laffin, a résumé ce qui distingue foncièrement ce territoire : ici, la science n’est pas seulement appelée à expliquer la montagne. Elle participe depuis longtemps à sa compréhension, à son habitation et contribue également à sa gouvernance.

Nous sommes à Chamonix dans le cadre de l’École internationale d’été sur les énergies renouvelables et l’entrepreneuriat RELIEF, qui réunit des établissements québécois, français et suisses sur le thème de la transition énergétique. Comme à Fagaras, en Roumanie, nous cherchons à mettre à profit ces déplacements pour multiplier les rencontres politiques et scientifiques. Notre conviction demeure : la diplomatie scientifique n’est pas réservée aux États ni aux métropoles. Les villes peuvent apprendre les unes des autres et bâtir des réponses communes à des bouleversements qui se manifestent localement.

Notre rencontre avec le maire Laffin en a été l’illustration parfaite. Élu à cette fonction en mars, il connaît intimement la communauté qu’il dirige. Nous avons parlé de la nécessité de faire dialoguer plus étroitement la science et la décision municipale afin de mieux comprendre un territoire soumis à des transformations extrêmement rapides. Le modèle que pourrait prendre — ou reprendre — un conseil scientifique à Chamonix reste à définir. Sa pertinence, elle, ne semble faire aucun doute.

Car la montagne impose désormais son propre calendrier politique. « On ne peut ignorer ici les changements climatiques, nous a dit le maire. Surtout depuis la catastrophe de Blatten, dans le Valais. Chaque matin, en ouvrant les volets, on voit que la montagne change beaucoup trop rapidement. » Le recul des glaciers, la discontinuité du pergélisol, les risques d’avalanches, la gestion de l’eau, la pression touristique et la dépendance économique de la municipalité à cette dernière ne sont pas des scénarios abstraits. Ils modifient déjà les usages du territoire, la sécurité et la manière même de penser l’avenir de la vallée.

Dans une France entrée dans sa troisième canicule de l’année, la science du climat, de l’anticipation et de la gestion des risques majeurs occupe une place croissante dans le quotidien des Français. À Chamonix, elle est présente du téléjournal jusque dans les conversations ordinaires.

Atténuation et adaptation

Et pourtant, beaucoup estiment que cela ne suffit pas. Écosystèmes, institutions et communautés peinent à suivre un changement qui ne négocie pas. Indispensable, l’action locale ne peut porter seule le poids d’un dérèglement mondial. L’effort collectif doit être à la hauteur du problème, car atténuation et adaptation sont indissociables. Comment comprendre les conséquences d’un phénomène planétaire à l’échelle d’un territoire ?

C’est ici qu’intervient la fabrication du réel. La science ne fabrique évidemment pas le réel au sens d’« inventer ». Elle le rend visible, communicable et gouvernable. Elle transforme des données en compréhension commune, des projections en scénarios, des scénarios en décisions, puis des décisions en capacité collective d’agir. Un conseil scientifique utile n’est donc ni un comité décoratif ni une caution savante ajoutée après coup. Il est une interface organisée entre les chercheurs, les élus, l’administration, les citoyens et celles et ceux qui vivent quotidiennement les conséquences du changement.

Au Québec, cette interface nouvelle se structure peu à peu grâce au Bureau du scientifique en chef du Québec, à la Chaire de recherche municipale pour les villes durables UQTR x Victoriaville et à la Table des conseillères et conseillers scientifiques municipaux. Les villes munies d’un conseil scientifique expérimentent une gouvernance où la fonction scientifique municipale est liée à la décision politique, à la prospective, à la gestion des risques, à l’innovation, à la transition, à l’économie et à la transformation organisationnelle.

À Chamonix, les collaborations avec le monde scientifique sont fondatrices. Mais la question du « comment » — comment intégrer durablement cette connaissance aux arbitrages politiques — demeure ouverte. Et c’est précisément parce qu’elle ne trouve pas encore de réponse unique qu’elle mérite d’être travaillée avec des partenaires internationaux qui expérimentent, chacun sur son territoire, de nouvelles formes de dialogue entre la science et la décision publique.

Lors de la réouverture officielle du musée du Mont-Blanc, à laquelle nous avons été invités, le maire a rendu hommage aux « héros de l’alpinisme et de la science ». Il a aussi rappelé que « la montagne est une école de volonté », en citant l’auteur et guide Roger Frison-Roche. Cette volonté devra désormais être institutionnelle autant qu’individuelle.

Dans les prochains mois, un vaste exercice de réponse aux risques majeurs, EU-ALPEX-2027, doit se préparer dans la vallée de Chamonix, aux frontières de la France, de la Suisse et de l’Italie. Des scientifiques, des autorités publiques et des intervenants devront mettre en scène une catastrophe possible et crédible pour préparer la communauté à y faire face. Voilà la fabrication du réel dans sa forme la plus concrète : imaginer rigoureusement ce qui n’est pas encore arrivé afin d’en réduire les conséquences lorsqu’elles surviendront.

Joseph Incardona écrit que « la géographie n’est que le décor, l’humain est le territoire ». Chamonix nous enseigne que ce décor est désormais en mouvement. La responsabilité politique consiste à donner aux collectivités les connaissances, les institutions et la volonté nécessaires non seulement pour s’adapter, mais pour anticiper.

C’est tout le sens de la diplomatie scientifique des villes : mettre en commun nos expériences, nos succès, nos échecs et nos connaissances afin que chaque territoire progresse plus rapidement. Car protéger un glacier alpin, une forêt boréale ou un bassin versant québécois ne relève pas seulement d’un intérêt local. Ce sont des écosystèmes dont dépend, à différentes échelles, l’habitabilité de notre planète. Nous revenons au Québec convaincus que les enseignements de nos partenaires français enrichiront nos propres pratiques, tout comme nous espérons que notre expérience de la gouvernance scientifique municipale pourra, à son tour, contribuer à renforcer leur capacité d’agir.

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