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La scène électro d’Ottawa rêve de plus de raves

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À partir de 2027, il sera plus simple pour les clubs d'Ottawa de tenir des soirées nocturnes tardives de danse, ou raves, entre 3 h et 9 h du matin. En allégeant la bureaucratie, la capitale espère ainsi revenir dans la course face à Montréal et Toronto.

Entre optimisme et réserve, les professionnels de la nuit pensent cependant qu'il faudra plus qu'un changement au système de permis pour reconquérir la génération Z.

Aux portes du 27 Club dans le marché By, plusieurs fêtards accueillent positivement la perspective de danser jusqu’au petit matin sans interruption.

Dans la foule, je prête moins attention à moi-même ou à ce que je fais. Je me perds dans la musique, dans le son, et dans la mer de gens, raconte Mario Dufour-Vitello, avant de rejoindre la soirée de musique électro, dite EDM (electronic dance music).

À ses côtés, Caleb Evans pense qu’il s’agit d’une bonne nouvelle pour une ville que plusieurs personnes disent être ennuyante et où les soirées se terminent pas mal tôt.

Liam McGovern, lui, n’a pas encore pris part à une rave, mais aimerait essayer. Il y a définitivement une scène pour ce genre d’événements, croit-il.

Dans un club, une personne mixe derrière une console et fait face à la foule.

D'abord liées à une culture de la marginalité, la musique électronique et la danse undeground se sont ensuite déplacées vers les clubs.

Photo : Courtoisie : Rick Laplante et 88zeroo

Les soirées EDM sont aussi des espaces sécuritaires pour plusieurs. La musique électronique inclut plusieurs communautés qui sont historiquement marginalisées, comme les communautés LGBTQIA+, les communautés racisées, raconte Caleb.

Son ami Christian Viau renchérit. C’est un site inclusif pour m’exprimer comme je suis, et avoir de la joie dans le moment présent.

Une boule à facettes.

2:03

Les boîtes de nuit restent encore aujourd'hui des lieux de sociabilisation et d'expression identitaire, selon le DJ Rick Laplante.

Photo : Radio-Canada / Charles-Olivier Perron

Une histoire de permis

À Ottawa, l’organisation d’événements nocturnes de danse qui se prolongent après 3 h du matin, comme les raves, est soumise au Règlement sur la délivrance de permis.

Le 24 juin, le conseil municipal a approuvé la modification de ce règlement : le permis pour ces événements sera délivré une seule fois par an et pour une salle en particulier. Jusque là, cette autorisation devait être renouvelée avant chaque soirée.

Ce changement entrera en application au début de l’année 2027.

Ça va permettre aux établissements de pouvoir rester ouverts plus tard et d’égaliser, en termes d’expérience, ce qu’on retrouve déjà à Toronto ou Montréal depuis déjà plusieurs décennies, estime Mathieu Grondin, le commissaire à la vie nocturne de la Ville d’Ottawa.

Il reconnaît que si vous vouliez faire deux événements, le vendredi et le samedi soir, vous aviez huit inspections, de la santé publique, du service des règlements, des pompiers. C’était très lourd bureaucratiquement à gérer, et très cher.

Mathieu Grondin.

Mathieu Grondin est le commissaire à la vie nocturne d'Ottawa depuis juin 2024.

Photo : Radio-Canada / Charles-Olivier Perron

Le fondateur et propriétaire de l’entreprise événementielle White Rabbit, Rick Laplante, confirme. Cela va alléger considérablement la charge de travail liée à l’administration et aux inspections, en plus d’économiser les 416 $ liés à chaque demande de permis, pense celui qui organise des soirées EDM à Ottawa depuis plus de 20 ans.

L’ancien règlement était très complet pour assurer la sécurité des clients, mais malheureusement, en pratique, il est devenu très contraignant.

Rick Laplante derrière sa table de mixage, les projecteurs lumineux braqués sur lui.

Rick Laplante est enthousiaste à l’idée de recommencer à organiser des soirées s’étendant tout au long de la nuit, comme il le faisait avant la pandémie.

Photo : Courtoisie Rick Laplante et Generation Media Group

Le propriétaire de plusieurs clubs d’Ottawa, Farid Dagher, est, lui aussi, d’avis que l’ancien système de permis était un fardeau à cause des multiples inspections redondantes qui mettaient des bâtons dans les roues aux organisateurs de soirées tardives. Il se dit impatient de travailler sur un terrain plus fertile et moins limité.

Farid Dagher dans son club.

Le club Gridwrks de Farid Dagher a ouvert en 2025 sur la rue Rideau, à l’entrée du Marché By.

Photo : Radio-Canada / Charles-Olivier Perron

Recevoir un permis pour l'année n'empêchera pas les inspections, rappelle Mathieu Grondin, comme des vérifications de sécurité régulières liées au renouvellement des permis d’alcool et d’entreprise, ou d’autres, impromptues, pour s’assurer que les boîtes de nuit restent sécuritaires.

Le maire de nuit, comme il est parfois surnommé, souligne également que les règles entourant le service de l’alcool restent inchangées. Il doit se terminer à 2 h du matin au plus tard, d'après la Commission des alcools et des jeux de l'Ontario (CAJO).

Le bar du club de Farid Dagher.

Le service de l'alcool doit toujours se terminer à 2 h du matin au plus tard.

Photo : Radio-Canada / Charles-Olivier Perron

Dynamiser la vie nocturne

Le changement du système de permis de danse nocturne émerge d’une recommandation formulée en 2023 dans le Plan d’action économique de la vie nocturne de la Ville d’Ottawa. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de dynamisation portée par la Ville, selon Mathieu Grondin, qui inclut plusieurs autres mesures adoptées l’année dernière.

Ce permis vise à créer un cadre sécuritaire pour tout le monde, autant pour les usagers que pour les résidents, explique-t-il. Le commissaire à la vie nocturne reconnaît cependant que ce cadre ne correspondait plus aux attentes du milieu.

En 2025, aucune boîte de nuit n’a demandé ce permis pour rester ouverte après 3 h du matin, selon le Service des communications de la Ville d’Ottawa.

L'entrée du Club 27, de nuit.

Dans le marché By, le 27 Club accueille régulièrement des soirées de musique électronique.

Photo : Radio-Canada / Clément Lechat

À armes égales avec Montréal et Toronto?

Le DJ Rick Laplante croit que le Règlement sur les permis, adopté en 2002, aurait limité le développement de la scène électronique d’Ottawa, en comparaison avec celles de Toronto et de Montréal.

Pour lui, il n’y a pas de culture du divertissement ininterrompu sur 24 h à Ottawa, contrairement à Montréal.

Vu que Montréal est si proche, on voit habituellement un grand exode de fans de musique électronique et de fêtards qui s’y rendent pour profiter de sa culture de la fête et de la danse sur 24 heures.

J’aimerais que ces "techno-touristes" de Montréal restent à Ottawa, parce que nous avons maintenant ce qui leur manquait et les obligeait à aller dépenser leur argent dans une autre ville.

Une rue achalandée du marché By et des terrasses de bar la nuit.

Plusieurs clubs et bars se partagent le marché By, dont les rues sont achalandées le soir en fin de semaine.

Photo : Radio-Canada / Clément Lechat

La comparaison avec Toronto et Montréal est injuste, estime, pour sa part, le maire de nuit, Mathieu Grondin. Ce sont des villes qui sont beaucoup plus grandes. Pour la taille d’Ottawa, on a une vie nocturne très active, très vibrante.

Farid Dagher abonde dans le même sens. On essaie de ne jamais comparer Ottawa à d’autres grandes villes, parce que chaque ville est unique. On n’a pas le même profil de touristes, de visiteurs et même de résidents dans leurs habitudes et leur culture, explique-t-il.

Ce qu’on essaie de faire, c’est de créer la meilleure version d’Ottawa possible.

Des raves qui cherchent leur nouveau public

Rick Laplante garde également en mémoire le contexte de ce qu'il nomme la panique morale qui entourait l’adoption du Règlement sur les permis en 2002, et surtout l’obligation d’obtenir un permis pour chaque soirée prolongée après 3 h du matin. Certains parents craignaient alors que les raves ne corrompent la jeunesse, affirme-t-il.

C’était quelque chose de nouveau. Il y avait du scepticisme et des stigmates autour de la culture rave et de la musique électronique à l’époque, explique Rick Laplante.

À mesure que la musique électronique a gagné en popularité, ce segment de la culture jeunesse s’est déplacé [des hangars] vers les boîtes de nuit, qui étaient des établissements déjà assurés, conformes aux normes et qui respectaient toutes les exigences de santé et de sécurité.

Une table de mixage.

Face à des habitudes de consommation qui changent, le monde de la nuit doit s'adapter, selon Farid Dagher.

Photo : Radio-Canada / Charles-Olivier Perron

Comme Rick Laplante, le propriétaire de clubs Farid Dagher veut maintenant regarder vers l’avenir et miser sur les nouvelles habitudes de consommation de la génération Z et des jeunes publics. Est-ce qu’il y aura des soirées raves jusqu’à 7 h du matin tous les week-ends? Je ne pense pas que ça va être le cas au départ.

C'est comme une machine qui était éteinte pendant longtemps parce qu'elle avait des bâtons dans les roues. L'environnement est là, mais il faut travailler le terrain avant que ça reprenne.

On est une plus petite ville, aux plus petites salles. Ça crée quelque chose d’intime qui est vraiment au cœur de ce qui a créé cette communauté, ces sons et la culture du dancefloor, pense le propriétaire des clubs Gridwrks et City at Night.

De façon presque ironique, je pense qu’on a un meilleur marché que beaucoup de grandes villes [...]. On a un caractère unique ici. Ceux qui le vivent le savent, et c’est difficile à expliquer.

Des gens dans le public pendant un festival de musique.

Le festival de musique Escapade attire des milliers de mordus de musique électronique au parc Lansdowne chaque année, en juin. (Photo d'archives)

Photo : gracieuseté du festival de musique Escapade

Des incubateurs culturels

Au-delà des questions administratives et logistiques, la création artistique est dans l’esprit des partisans du changement.

Faciliter l’organisation de raves qui se poursuivent tout au long de la nuit revient à soutenir l’innovation musicale et le développement de véritables incubateurs culturels, selon Rick Laplante.

Celui qui est DJ depuis plus de 30 ans explique que l’EDM se construit lentement pendant la soirée. Le processus créatif a besoin de temps pour aboutir, parfois 12 à 18 h de mixage sans interruption pour certains artistes.

[Avec un long format] de nombreux artistes se sentent beaucoup plus libres d’expérimenter et d’explorer de nouvelles directions musicales.

Farid Dagher ajoute : c'est un genre de journey, c'est comme une histoire. [...] On n’écoute pas la chanson : on écoute vraiment la progression de la soirée.

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