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Les écrans ont-ils un effet positif ou négatif sur la santé cognitive des aînés ? Tout dépend de la façon dont on les utilise. Pour stimuler le cerveau, l’essentiel est surtout de varier les activités au quotidien en ligne… mais aussi hors ligne.
« Quand les gens me rencontrent, si je ne leur dis pas que j’ai l’alzheimer, personne ne s’en doute », lance Francine Marchand, 78 ans, enjouée.
La retraitée du domaine de l’alimentation, qui a reçu son diagnostic il y a environ six ans, refuse de laisser la maladie dicter son quotidien. Elle tient à « garder sa tête occupée », dit-elle en riant.
« Je lis énormément, je cuisine, je fais du ménage. Et mes petits-enfants m’appellent souvent. Sur mon téléphone, je joue à différents jeux, comme ceux qui ont des chiffres ou le Scrabble », énumère Mme Marchand.
Ces jeux numériques sont-ils réellement bénéfiques ? « Tout jeu peut être intéressant et stimuler », estime Sylvie Belleville, neuropsychologue et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuroscience cognitive du vieillissement et plasticité cérébrale. Le véritable moteur du cerveau, explique la chercheuse, est toutefois l’apprentissage et la diversité des activités, que celles-ci soient numériques ou non.
« Quelqu’un qui, par exemple, joue toujours à Candy Crush, mais ne voit plus ses proches, ne fait plus d’activité physique et est tout le temps devant son ordinateur, ça n’aura pas d’effet positif », illustre-t-elle.
Certains programmes vont toutefois plus loin que le simple divertissement. Parmi les jeux offerts en ligne, quelques-uns reposent sur des bases scientifiques solides, comme certains programmes dans l’application BrainHQ. On y propose, entre autres, des exercices d’attention visuelle où l’utilisateur doit détecter des cibles de plus en plus rapidement.
« C’est axé sur l’attention visuelle et c’est très efficace. Ça a été démontré comme bénéfique même à long terme chez les personnes âgées », explique Mme Belleville.
En contact avec les autres… grâce aux écrans
Au-delà des jeux, la stimulation passe aussi par le lien social. Pour préserver sa santé cognitive, rester en contact avec les autres demeure fondamental, soutient Sylvie Belleville.
Les écrans peuvent toutefois permettre de jouer ce rôle et de rester en contact avec ses proches, quand il n’est pas possible de leur rendre visite, dit-elle.
À la Fédération québécoise des Sociétés Alzheimer, la directrice générale, Sylvie Grenier, raconte d’ailleurs l’histoire de deux enfants qui ont trouvé une solution numérique pour soutenir leur mère atteinte de la maladie. « Ils s’étaient rendu compte qu’elle ne dînait pas. Alors maintenant, ils l’appellent sur sa tablette pour manger avec elle. C’est une forme de stimulation », relate-t-elle.
D’autres proches aidants regardent des films en compagnie d’une personne atteinte de la maladie, mentionne Mme Grenier. « Ça peut amener une discussion. Mais pour stimuler, il faut que ça aille au-delà de seulement l’écran. »
Il ne faut pas non plus chercher à stimuler en permanence les personnes atteintes d’alzheimer, précise-t-elle. « On a tous besoin d’une période de répit. »
Gagner en confiance
Contrairement à d’autres segments de la population, les aînés sont rarement des surconsommateurs d’écrans, observe la chercheuse Sylvie Belleville. « L’enjeu est souvent l’inverse, c’est-à-dire qu’ils ne les utilisent pas assez. »
Le véritable défi serait donc plutôt d’acquérir une aisance numérique. Ne pas savoir naviguer en ligne constitue une « grande limitation de nos jours », souligne-t-elle, puisque de nombreux services sont désormais accessibles principalement sur Internet.
« Il y a beaucoup de voix qui s’élèvent pour dire qu’on devrait encourager les aînés à développer des habiletés technologiques, afin qu’ils puissent être capables d’aller, par exemple, sur leur compte de banque via Internet », explique Mme Belleville.
La littérature scientifique montre d’ailleurs un lien positif entre l’usage d’Internet et la santé cognitive chez les aînés, soutient-elle. « Les personnes âgées qui sont plus connectées sur le Web auraient un risque moindre de développer une démence ou de développer des problèmes cognitifs. »
Apprendre à utiliser le numérique peut aussi renforcer l’estime de soi, ajoute Sylvie Belleville. « On commence par une petite chose, puis là, ça nous donne confiance et après on peut aller un peu plus loin. On peut résoudre des problèmes. On a un bogue, par exemple, on apprend à régler ça. Donc, il y a aussi un aspect de stimulation et d’ouverture sur le monde. »


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