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Depuis des mois, les responsables ukrainiens tirent la sonnette d'alarme: cet hiver pourrait être le plus difficile depuis le début de la guerre. Selon eux, la Russie pourrait utiliser des armes toujours plus puissantes pour tenter de mettre à genoux le réseau électrique du pays. Les dernières frappes de Moscou semblent leur donner raison.
Mercredi 30 septembre, peu avant l'aube, des missiles et des drones ont frappé de plein fouet une grande centrale thermique et d'autres installations énergétiques, faisant trembler la capitale ukrainienne. Dès le matin, plusieurs quartiers se sont retrouvés privés d'électricité et d'eau. Une attaque qui, selon Kiev, marque le début d'une nouvelle campagne de frappes destinée à plonger l'Ukraine dans le noir et le froid. Le Kremlin espère ainsi saper le moral de la population et paralyser l'effort de guerre, rapporte le New York Times.
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Pour y parvenir, Moscou aurait élaboré un plan particulièrement ambitieux. La stratégie a été consignée dans un document. Le New York Times a pu consulter une copie. Le plan décrit une campagne de frappes utilisant jusqu'à 1.000 missiles, drones et bombes. Les attaques cibleraient de nombreuses infrastructures clés, notamment des postes électriques, des centrales hydroélectriques et thermiques, ainsi que des chaufferies. Plus alarmant, la Russie entend également forcer l'arrêt de trois centrales nucléaires en service (qui constituent l'épine dorsale de l'infrastructure énergétique ukrainienne) en tirant des missiles sur les postes de commutation électriques les reliant au réseau.
Le Kremlin ambitionne également de s'attaquer au réseau d'approvisionnement en eau, en ciblant les stations de pompage et les stations d'épuration des eaux usées à l'aide de dizaines de missiles balistiques et de bombes. L'ampleur des attaques prévues contre les ressources essentielles dépasse largement les campagnes de tirs des hivers précédents. Cela inquiète plusieurs responsables ukrainiens qui rappellent en privé que le pays dispose de plans de secours limités face à de graves perturbations de l'approvisionnement en eau.
Les grandes villes ukrainiennes comme cibles prioritaires
Le plan russe vise ainsi à priver les grandes villes ukrainiennes d'électricité, de chauffage et d'eau, ce qui pourrait déclencher une crise humanitaire. Kiev, Kharkiv et Odessa seraient particulièrement touchées, avec une réduction de 90% de leur approvisionnement en électricité et en chauffage.
Le New York Times n'a pas pu vérifier de manière indépendante l'authenticité du document, daté du mois d'août et rédigé en russe. Les déclarations du président russe Vladimir Poutine laissent toutefois penser que quelque chose se prépare: il a récemment affirmé que ses forces armées mèneraient cet hiver de vastes opérations contre les infrastructures énergétiques. Il a présenté ces actions comme une riposte aux attaques ukrainiennes contre les raffineries de pétrole.
Des millions d'euros pour soutenir le réseau électrique
De son côté, Kiev se prépare pour l'hiver. Ces derniers mois, l'Ukraine a multiplié les constructions de structures de protection autour des installations critiques, comme les sous-stations qui acheminent l'électricité à travers le pays. Des centaines de millions d'euros ont été dépensés pour réparer les centrales endommagées et pour installer des infrastructures de plus petite taille, potentiellement plus difficiles à cibler. Les civils, qui ont subi de graves coupures d'électricité et de chauffage l'hiver dernier, ont fait des réserves de piles et de petits radiateurs à gaz.
D'après les experts, ces mesures peuvent, au mieux, amortir le choc attendu, mais pas l'empêcher. Selon Olena Pavlenko, directrice du DiXi Group, un groupe de réflexion ukrainien spécialisé dans l'énergie, le réseau électrique a été tellement endommagé lors des quatre derniers hivers que traverser le prochain revient à «courir un marathon avec un seul poumon».
Les souvenirs de l'hiver dernier, le plus rude depuis le début de la guerre, pèsent toujours sur les Ukrainiens, qui redoutent une nouvelle campagne de frappes russes. En août, le ministre de l'Énergie, Denys Chmyhal, a tenté de rassurer la population, affirmant que le pays était bien préparé pour traverser la saison froide. Il a mis en avant la capacité d'environ 15 gigawatts des installations énergétiques, qui devrait grimper à 21 gigawatts d'ici décembre. Elle permettrait de couvrir largement la demande de pointe, qui a atteint 18 gigawatts l'année dernière.
Mais ses prévisions ne tiennent pas compte des frappes comme celles du mercredi 30 septembre. Maria Tsaturian, analyste en énergie au sein du groupe de recherche Ukraine Facility Platform, souligne qu'il suffirait de quelques attaques pour anéantir les 5 gigawatts de capacité que l'Ukraine est parvenue à rétablir ces derniers mois. Les coupures de courant survenues après les récentes attaques illustrent bien la fragilité du réseau. Le plan russe, s'il était mis en œuvre conformément à ses objectifs, pourrait provoquer l'effondrement du réseau ukrainien: il ambitionne d'éliminer près de 15 gigawatts de capacité de production.





























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