Le 4 juillet 1942, à 21h11, un télégraphiste de la Royal Navy reçoit un message classé « très urgent » : la force de croiseurs doit se replier vers l’ouest à grande vitesse. Douze minutes plus tard, un second ordre tombe. Puis un troisième, encore plus pressant, à 21h36 : « Most Immediate. My 2123 of the 4th. Convoy is to scatter ». Le convoi doit se disperser. En quelques minutes, l’escorte militaire qui protégeait trente-cinq cargos chargés de matériel de guerre pour l’Union soviétique s’évapore, direction l’ouest, à quarante milles de là.
Ce convoi porte le nom de code PQ-17. Il a quitté l’Islande le 27 juin 1942, cap sur Arkhangelsk, avec à son bord des chars, des avions et des munitions destinés à l’Armée rouge, alors en pleine bataille sur le front de l’Est. La route passe par la mer de Barents, sous le soleil permanent de l’été arctique, à portée des bases aériennes et sous-marines allemandes de Norvège. Un convoi vulnérable, mais protégé : l’ensemble comprenait 35 navires marchands et 6 navires auxiliaires, défendus par une escorte rapprochée et deux forces de couverture éloignées, soit 43 navires de guerre au total.
À retenir
- Le convoi PQ-17 quitte l’Islande le 27 juin 1942 avec 35 navires chargés de matériel pour l’Union soviétique
- L’amiral Dudley Pound ordonne la dispersion du convoi sur la base d’une fausse alerte : le Tirpitz n’a jamais quitté ses mouillages norvégiens
- 24 navires marchands sont coulés en une semaine par les sous-marins et bombardiers allemands, causant la perte de 430 chars, 210 avions et 3 350 véhicules
- Seuls 11 cargos sur 35 atteignent leur destination : les deux tiers de la cargaison promise à l’URSS sont perdus
Sommaire
Une menace qui n’existait pas
Le 1er juillet, un hydravion allemand repère le convoi. Dès lors, les attaques aériennes se succèdent, sans percer la défense. Le 4 juillet, la situation reste sous contrôle malgré la perte de quelques cargos.
Tout bascule ce jour-là. L’Amirauté britannique reçoit un renseignement selon lequel le cuirassé allemand Tirpitz, navire jumeau du Bismarck, aurait appareillé pour intercepter le convoi. C’est l’amiral Sir Dudley Pound, premier lord de la mer, qui prend la décision fatale. Craignant de perdre ses navires de guerre face à l’artillerie du cuirassé, il ordonne le repli de l’escorte et la dispersion des cargos, chacun devant rallier seul les ports russes.
Le Tirpitz n’a jamais quitté ses mouillages du nord de la Norvège. Le cuirassé était loin du convoi, toujours amarré dans le nord de la Norvège. La menace qui a justifié l’ordre le plus lourd de conséquences de toute la guerre des convois n’a jamais existé.
Sept jours de traque
Les cargos, désormais seuls sur une mer d’huile éclairée en permanence par le soleil de minuit, deviennent des cibles faciles. Pour les équipages sous-marins allemands du groupe Eisteufel, l’annonce de la dispersion sonne comme une aubaine : les conditions d’attaque sont idéales, les navires isolés et sans protection.
La curée commence dès le 5 juillet au matin. Sous-marins et bombardiers Junkers Ju 88 traquent méthodiquement les navires marchands, un par un, sans qu’aucune escorte ne vienne les défendre. Les archives navales britanniques recensent le bilan précis de ce désastre.
- Sur 35 navires marchands engagés, 24 ont été coulés
- 153 marins de la marine marchande ont perdu la vie
- Les pertes matérielles incluent 430 chars, 210 avions et 3 350 véhicules
- Seuls onze cargos ont finalement atteint leur destination
Sur les 35 navires, seuls onze ont atteint leur destination, livrant 70 000 tonnes longues de cargaison. les deux tiers de la cargaison promise à l’URSS ont fini par le fond, engloutie avec les hommes qui l’accompagnaient.
Le prix d’une décision prise dans l’urgence
Winston Churchill lui-même n’a pas mâché ses mots. Il a qualifié PQ-17 d’« un des épisodes navals les plus mélancoliques de toute la guerre ». La formule dit tout du malaise durable laissé par cet épisode dans les mémoires britanniques.
Les conséquences dépassent le seul bilan militaire. La destruction du convoi PQ-17 entraîna des tensions entre les alliés anglais et américains, ainsi qu’entre alliés anglais et soviétiques. Une commission anglo-soviétique se réunit à Londres pour tirer les leçons du désastre, réunissant notamment l’ambassadeur soviétique Ivan Maisky et l’amiral Dudley Pound.
Cet épisode a forcé une refonte complète de la doctrine des convois arctiques.
Les pertes ont contraint les Alliés à suspendre les convois arctiques et à repenser les traversées dans la région. Le convoi suivant, PQ-18, programmé pour septembre 1942, bénéficiera d’une escorte renforcée, avec l’apparition de porte-avions dédiés à la couverture aérienne des cargos. Une leçon retenue à un prix humain considérable.
Reste une question que les historiens navals continuent de creuser : que se serait-il passé si Dudley Pound avait maintenu sa formation plutôt que de céder à un renseignement invérifié ? Les archives britanniques montrent que l’amiral disposait d’informations partielles et contradictoires sur la position du Tirpitz au moment de sa décision. PQ-17 reste, dans les écoles navales, l’exemple cité pour illustrer combien une précaution excessive, prise sous la pression du doute, peut se révéler plus meurtrière que le danger qu’elle cherchait à éviter.
Sources : histoire-en-questions.fr | history.navy.mil


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