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La décision du ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) de restreindre à 5 tonnes la capacité du pont des Rapides fait réagir à Preissac. La Municipalité réclame une réparation urgente, alors que le village est enclavé avec un détour de 75 km pour plusieurs types de véhicules.
Le pont des Rapides enjambe la rivière Kinojévis et relie le village à la route 395. Jusqu’à lundi dernier, il ne faisait l’objet d’aucune restriction pour les véhicules aux charges légales.
La nouvelle restriction imposée depuis lundi empêche la plupart des véhicules lourds de traverser, des camions de pompier aux équipements de déneigement, en passant par les autobus scolaires et les camions de collecte de matières résiduelles.

Manon Viens croit qu'il est impératif que le ministère des Transports ramène rapidement le pont des Rapides à sa capacité normale.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
La mairesse Manon Viens déplore n’avoir été informée que jeudi dernier de cette nouvelle restriction et que peu de solutions ne soient avancées par le ministère des Transports, alors qu’il y a urgence d’agir, selon elle.
Tout ce qu'on a actuellement, c'est des paroles, on n'a rien de concret d'écrit. Ils veulent faire des travaux pour mettre le pont à 15 tonnes au 31 mars [2027]. Mais on s'entend qu'à 15 tonnes, ça ne règle pas nos problèmes, affirme Mme Viens.
On a deux ponts avec des restrictions. Il va falloir qu'on ait des solutions concrètes du Ministère, puis qu'on sache où on s'en va une fois pour toutes.
Nuire au développement
L’autre pont en restriction est celui des Pionniers, qui permet à la route 395 d’enjamber la rivière Kinojévis, au nord de Preissac. Il est limité à 18 tonnes pour les véhicules routiers, à 28 tonnes pour les ensembles de deux unités et à 38 tonnes pour ceux de plus de deux unités.

Le pont des Pionniers, sur la route 395, limite aussi la circulation et l'accès des véhicules lourds au village de Preissac.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
On est séparés de notre MRC d’un côté, puis de notre propre municipalité de l’autre. C’est beaucoup de casse-tête pour nous, fait-elle valoir, en souhaitant aussi une solution du MTMD pour le pont des Pionniers.
La situation du pont des Rapides présente aussi des enjeux au niveau du développement de la municipalité, craint Manon Viens.
On a un promoteur qui travaille à un projet de réaménagement de notre église en 12 logements. On a aussi des terrains en développement, où six maisons doivent se bâtir en 2027. On a d’autres projets de lotissement. On a des projets de rechargement en gravier de plusieurs chemins ainsi qu’une gravière dans le chemin de La Motte. Est-ce que ça va freiner les investissements chez nous? J’ai deux entrepreneurs qui veulent déménager de Preissac. Qu’est-ce qui va se passer si ça dure longtemps? Ça prend une réparation urgente, c’est ce qu’on demande, insiste la mairesse de Preissac.
Des impacts majeurs
Le seul détour possible s’effectuera par l’avenue Principale et la traverse de Preissac-La Motte, un chemin rural secondaire qui n’aurait pas été conçu pour une forte circulation de véhicules lourds et dont le niveau d'entretien serait limité.

Annick Martin devant le garage récemment agrandi de son entreprise, sur l'avenue Principale à Preissac.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Une situation qui a un impact financier majeur pour Fosses Septiques Protec-Nature, une entreprise de nettoyage de fosses septiques située en plein cœur du village.
À première vue, on a tout de suite vérifié pour vendre et déménager l’entreprise. C’est inconcevable pour nous de demeurer d’un côté d’un pont qui n’est plus praticable, alors qu’on est propriétaire de 3 poids lourds : deux 10 roues et un 12 roues. Avec une limite de 5 tonnes, c'est impossible. Ils pèsent entre 14 et 18 tonnes quand ils sont vides. Sinon, c’est entre 28 et 33 tonnes, explique la propriétaire, Annick Martin.
Son entreprise dessert toute la région. Elle se voit bien mal effectuer de longs détours par un chemin rural avec ses véhicules lourds.

Le pont acier-bois des Rapides est sous la responsabilité du ministère des Transports et de la Mobilité durable. Il nécessite des travaux importants pour retrouver sa capacité normale.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
La traverse de La Motte, c’est une route très secondaire, plus ou moins entretenue, en gravier, et tout ça. Ça veut dire des crevaisons fréquentes, des bris de pare-brise fréquents et ainsi de suite. Ça nous occasionne 78 kilomètres de plus pour aller faire une fosse septique qui est ici au village, à 500 pieds de notre commerce, dénonce-t-elle, rappelant que le prix du carburant a explosé ces derniers mois.
Ça fera en sorte qu’on devra augmenter nos prix d’environ 20 ou 25 % pour les gens de Preissac si on demeure au même endroit. On a un autre terrain, l’autre côté du pont, mais on n’a pas de garage pour entreposer les camions, ce qui amène des problèmes en hiver.
Détourner la clientèle
Ce détour pour les camions de pompier, les véhicules lourds de la Municipalité et ceux d’entreprises locales comme Fosses Septiques Protec-Nature privera le Manoir des Rapides d’une partie du chiffre d’affaires de sa station-service, juste l’autre côté du pont.

Karine Martin appréhende des impacts financiers sur le Manoir des Rapides, alors que les véhicules lourds municipaux et ceux d'entreprises comme Protec-Nature ne pourront plus traverser le pont des Rapides.
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
On regarde juste une entreprise comme Protec-Nature, c’est 20 000 $ par mois en carburant. C’est à part des pompiers, des camions de la Municipalité qui ne pourront plus passer sur le pont pour venir nous encourager. On ne sait pas vraiment les impacts complets que ça va avoir, mais on sait qu'il va y avoir un impact avec les entrepreneurs de la place, souligne la propriétaire, Karine Martin.
Le transport scolaire réorganisé
Informé jeudi dernier, le Centre de services scolaire Harricana (CSSH) a dû réagir et s’ajuster rapidement pour réorganiser le transport des élèves à temps pour la restriction de charges.

Véronique Defoy du Centre de services scolaire Harricana. (Photo d'achives)
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
On a huit véhicules différents qui utilisent le pont chaque jour, parfois sur un parcours, deux, parfois même jusqu’à trois parcours différents par jour. Mais il y a seulement deux gros autobus qui ne peuvent plus passer, précise Véronique Defoy, directrice adjointe au service des ressources matérielles et du transport scolaire.
On a réorganisé l’entièreté des parcours pour que chaque élève demeure transporté, que les parents n’aient pas à transporter leurs enfants.
Avec son transporteur scolaire, la CSSH a analysé le poids de chaque véhicule, puis a revu sa façon de transporter les élèves et d’effectuer les transferts d’autobus au village.
Il se trouve que la majorité des véhicules, avec le nombre d’élèves à bord, on est quand même en mesure de passer parce que c’est des minibus ou encore des berlines. Pour les véhicules trop lourds, grâce à la grande collaboration des propriétaires du Manoir des Rapides, on a relocalisé les transferts d’autobus qui se faisaient auparavant à l’église, précise Mme Defoy.
Le ministère des Transports et de la Mobilité durable n’avait pas été en mesure de répondre à notre demande d’entrevue avant la mise en ligne de cet article.


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