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La réserve concertée des pétromonarchies arabes du Golfe: "L’administration Trump a dû les convaincre qu’il y aurait un bénéfice à long terme”

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Comme après l'attaque d'Israël contre une réunion du Hamas au Qatar en septembre dernier, les monarchies arabes du Golfe ont affiché leur unité "renforcée" face aux attaques de l'Iran contre leurs territoires. Elles se savent visées en leur qualité d'hôtes des bases américaines dans la région. Mais, au-delà des implantations militaires et diplomatiques alliées touchées, leurs intérêts nationaux ont eux aussi subi des dommages, parfois importants. Des infrastructures clés, pétrolières en Arabie saoudite, gazières au Qatar, portuaires aux Émirats arabes unis et au Koweït, mais également des immeubles d'habitations comme à Dubaï (aux Émirats) ont été touchés par des missiles ou des drones iraniens.

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C'est donc l'intensité et l'étendue de la riposte iranienne qui les ont surpris, par sa survenue. Les États arabes du Golfe avaient d'ailleurs tenté de tempérer leur imprévisible allié américain dans ses velléités d'attaquer l'Iran. Et en tout état de cause, "ils avaient demandé que leur espace aérien et leur espace terrestre ne soient pas utilisés pour mener des attaques contre l'Iran, précisément pour éviter des représailles", rappelle le politologue Hasni Abidi. "Mais on sait très bien qu'ils n'ont pas la maîtrise de leur espace aérien. Les Américains et les Israéliens s'y baladent."

Vulnérabilité totale

C'est donc la vulnérabilité de ces pays qui est exposée au grand jour depuis le 28 février. "Ils sont non seulement vulnérables sur le plan sécuritaire, puisque ce sont les États-Unis qui assurent le parapluie sécuritaire en matière de défense antiaérienne. Ils sont aussi très proches géographiquement de l'Iran, il est donc facile de les atteindre. Et leurs économies sont vulnérables puisque leur force réside dans les gisements et les raffineries de pétrole, les installations gazières…", résume Hasni Abidi, qui dirige le Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam, Genève).

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Considérant qu'ils ont aussi tout intérêt à préserver leur mode vie et les havres de paix et de technologie qu'ils ont développés en bordure du Golfe, ces pays n'ont donc a priori aucun intérêt à s'exposer davantage en se joignant à la coalition israélo-américaine.

Ce défaut de réaction des monarchies arabes était même "convenu, préparé en amont sur le plan diplomatique avec les États-Unis", estime le politologue Michel Liégeois. La question de se joindre aux attaques contre l'Iran ne se pose dès lors même pas. "Ces pays avaient anticipé que les représailles iraniennes causeraient des destructions directes et des perturbations des circuits d'exploitation pétroliers. L'administration Trump a dû les convaincre qu'il y aurait un bénéfice à long terme", explique le professeur de relations internationales à l'UCLouvain.

"L'affaiblissement de l'Iran, puissance chiite qui leur est fondamentalement opposée, et de ses alliés, est le résultat de l'action des États-Unis et d'Israël. Ce renversement du rapport de force installe les monarchies sunnites du Golfe, et la première d'entre elles – l'Arabie saoudite – comme leader régional pour très longtemps". Et quand bien même les dommages et les perturbations subies à court terme par les pays arabes étaient "le prix à payer, selon l'argumentaire présumé de Donald Trump exposé par M. Liégeois, ce prix "est de toute façon assez dérisoire par rapport aux risques pris par Israël et les États-Unis".

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Profil bas jusqu'à quand ?

Pour autant, les six riveraines arabes du golfe Persique pourraient-elles à un moment cesser de faire profil bas ? Certains experts ont souligné que leur réserve ne serait pas tenable au-delà d'une à deux semaines de bombardements sur leurs territoires.

Le professeur Liégeois n'y voit aucun sens. "Cela n'apporterait pas grand-chose que deux avions des forces aériennes des Émirats arabes unis mènent un raid sur Téhéran et lâchent deux bombes de plus. Je ne pense pas que ce soit nécessaire, ni même que ce soit requis par leur opinion publique", relève-t-il. "Si les armées israélienne et américaine, avec leur force de frappe inégalée, ne parviennent pas à avoir raison des capacités militaires iraniennes, ce ne sont pas les États arabes qui vont leur permettre d'y parvenir avec des moyens limités", renchérit Hasni Abidi.

Pour le directeur du Cermam, la seule motivation qui pousserait les États-Unis à vouloir intégrer l'un ou l'autre de ces États arabes dans sa coalition serait davantage d'ordre symbolique que militaire : "Afin que cette guerre ne soit pas perçue par certains comme une guerre de chrétiens et de juifs contre des musulmans".

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