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La réconciliation avec les peuples autochtones demeure une priorité même s’il n’y a plus d’élu attitré uniquement à ce dossier, assure la Ville.
Josué Corvil, conseiller pour le district Saint-Michel de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, a hérité de la responsabilité des relations avec les Autochtones dans l'administration de Soraya Martinez Ferrada, en plus d’être responsable de la culture, de la diversité, de l’inclusion et du vivre-ensemble.
Il semble toutefois s’agir d’un ajout de dernière minute, déplore Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal.
J'ai dû creuser pour découvrir qui prenait le relais pour le plan de réconciliation, dénonce-t-elle, ce qui démontre, à son avis, que le dossier n’est pas une priorité pour la nouvelle administration.

Nakuset déplore que la Ville n’ait rien prévu pour souligner les dix ans du dépôt du rapport de la Commission de vérité et réconciliation.
Photo : Radio-Canada
Il gère déjà de nombreux enjeux, comme l'inclusion, l'équité, la diversité et la culture. Et tout à la fin, il y a les questions autochtones. Nous sommes tout en bas de l'échelle.
Au contraire, le dossier autochtone sera au centre de ses préoccupations, affirme Josué Corvil, qui est bibliothécaire et archiviste de formation.
Pour nous, l'autochtonie est importante pour ce Montréal pluriel que nous avons, explique-t-il en entrevue. C'est de travailler ensemble comme Ville pour avoir des services adaptés et que tous les services soient teintés par ce volet d'autochtonisation.

Josué Corvil est conseiller de la Ville dans l'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et associé à la culture, à la diversité, à l'inclusion, aux relations avec les autochtones et au vivre-ensemble.
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
Rien pour convaincre Nakuset, qui a l‘impression que l’ajout de cette responsabilité vise avant tout à faire taire les critiques. Ça ne veut pas dire qu’on va agir, ajoute-t-elle.
Dans l’administration antérieure, c’était la mairesse Valérie Plante elle-même qui était responsable de la réconciliation avec les peuples autochtones, avec l’aide d’une conseillère associée.
Pour nous, c'était une façon de dire que c'était un sujet qu'on devait prendre au sérieux, souligne Ericka Alneus, cheffe de l’opposition officielle et conseillère pour l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.
Pour les communautés autochtones, cela doit se faire de gouvernement à gouvernement. Donc, que la mairesse soit responsable de ce dossier, c'était de mettre la hauteur nécessaire pour vraiment voir des actions.

Ericka Alneus a succédé à Valérie Plante à la tête de Projet Montréal. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
L’administration Plante avait créé un poste de commissaire à la réconciliation – une promesse de l’ancien maire Denis Coderre – et mis en place une stratégie sur cinq ans pour transformer les relations entre l'administration municipale et les communautés autochtones.
La cheffe de Projet Montréal s’inquiète que le chantier soit laissé à l’abandon, après tout ce qui a déjà été accompli. Elle cite notamment la reconnaissance toponymique et des projets culturels, comme le parcours Peel.
Mon inquiétude, c'est qu'on puisse mettre ça de côté, puis que ça soit dilué, indique Mme Alneus. C’est sûr que ça envoie un signal étrange.
C’est important que l’on continue le travail qui a été entamé. Je pense qu'on le doit aux communautés autochtones.
Quel bilan pour la stratégie 2020-2025?
Randy Legault-Rankin a été nommé l’an dernier commissaire aux relations avec les Autochtones. Il est fier des actions posées dans le cadre du plan stratégique 2020-2025.

Randy Legault-Rankin, commissaire aux relations avec les peuples autochtones.
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
On a un bilan très positif de la stratégie de réconciliation, affirme-t-il, soulignant qu’environ 90 % des 125 engagements pris il y a cinq ans ont été réalisés. Ce qui n’a pas encore été fait le sera dans la prochaine stratégie, assure le commissaire.
Parmi les principales réalisations, il cite la mise en place d’approches inclusives au sein de plusieurs instances de la Ville, la création d’un programme d'aide juridique à la Cour municipale pour les personnes autochtones, la participation d’Autochtones à divers comités, et l’introduction de pratiques telle que des cérémonies de sauge.
On coconstruit des projets concrets, par exemple, le Jardin des Premières Nations, à Espace pour la vie, où on a un poste d'agent culturel autochtone permanent avec une programmation à l'année d'activités culturelles, illustre le commissaire.
Dans sa stratégie de réconciliation, la Ville avait pris 125 engagements, touchant autant l’itinérance que le développement culturel et économique des communautés autochtones, la présence de l’histoire autochtone ou encore la police.
Parmi les réalisations dont il est le plus fier se trouve le centre culturel et communautaire Sanaaq, inauguré en mai. Outre le nom, c'est la présence autochtone, la signature autochtone, d'avoir le café de la Maison Ronde, d'avoir une œuvre de Hannah Claus, d'avoir une vitrine muséale par Avataq et la plus grande collection d'ouvrages autochtones, note M. Legault-Rankin.
J'ai le goût que les gens entrent [au centre Sanaaq] et comprennent que ce n'est pas juste un nom, mais c'est bien une vision globale de l'autochtonie.
Le projet de donner le nom de la militante mohawk Mary Two-Axe Earley à une des futures stations de métro sur la ligne bleue l’enthousiasme également.
Les bonnes priorités?
La stratégie de la Ville est loin de satisfaire Nakuset. Il n'y avait pas de plan d'action, précise-t-elle. C'était juste une liste de choses à faire, et ils ne les ont pas toutes réalisées. Il aurait fallu établir un calendrier [en spécifiant] : "nous allons accomplir tout ça d'ici cette date".
Surtout que les besoins sont pressants, alors que la population autochtone en situation d’itinérance atteint des records à Montréal.
Selon le rapport sur l’itinérance et la cohabitation sociale de l’Office de consultation publique de Montréal publié cet été, les Autochtones comptent pour 12 % des itinérants visibles de la métropole, alors qu’ils ne représentent que 0,6 % de l’ensemble de la population.

Ving-six Autochtones sont morts dans le secteur du square Cabot depuis juin 2024.
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
Le foyer des femmes et Résilience Montréal ont d'ailleurs tenu une cérémonie en novembre pour les nombreux Autochtones morts au centre-ville au cours des derniers mois.
C'est bien qu'ils changent le nom d'une rue, mais est-ce la priorité alors que des gens sont en train de mourir dans la rue?
Si le commissaire aux relations avec les Autochtones, Randy Legault-Rankin, reste en poste, la nouvelle stratégie de réconciliation, elle, n’a pas encore été annoncée. Elle devrait voir le jour ce printemps, une fois que les consultations en cours seront terminées, soutient le commissaire.
C’est important qu'on soit à l'écoute du milieu, note M. Legault-Rankin. Je veux qu’il y ait une relation bidirectionnelle.
Il faut travailler ensemble, ajoute le conseiller Josué Corvil. Pas travailler pour eux, mais travailler avec eux pour le bien-être de toutes les nations autochtones qui se trouvent à Montréal.
C’est justement ce que demande Nakuset. C'est ça la réconciliation, n'est-ce pas? C'est écouter, dialoguer, être consulté, et ensuite agir. Il faut donner suite à ces échanges.


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