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J’ai eu l’occasion de mener avec la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) une recherche sur les élèves sexistes, homophobes et transphobes. Les témoignages glaçants d’enseignants évoquent le dénigrement et des insultes qui les ciblent (surtout les femmes), de l’intimidation et des menaces individuelles ou collectives à l’endroit de camarades de la diversité, du vandalisme de drapeaux arc-en-ciel, incendiés dans plusieurs écoles, et une prolifération de saluts nazis.
La catégorie d’élèves la plus problématique ? Des garçons. Une minorité, certes, mais en particulier des hockeyeurs, des admirateurs de Donald Trump, d’Elon Musk et d’Andrew Tate, ou des élèves partageant une foi intolérante. Tous les milieux sont touchés : villes (Montréal, Québec), banlieues, campagnes agricole (Outaouais) et touristique (Laurentides), milieux aisés et populaires, religieux et athées.
Qu’en pensent les adultes ? Au-delà d’échos très positifs (merci !), plusieurs ont critiqué la recherche dans les médias conventionnels et sociaux, minimisant ou niant ces problèmes graves sans aucune empathie pour les victimes. Voici quelques-unes des critiques types reçues, révélatrices d’un climat social délétère.
Attaque contre le messager
L’UQAM bashing est un sport national au Québec. La recherche n’aurait donc aucune valeur, puisque je suis de l’UQAM, mais aussi féministe et — tenez-vous bien — antifasciste. Les saluts nazis ne seraient qu’une invention « imaginaire », et on appelle même à me jeter en prison !
La FAE est accusée, pour sa part, de contester la loi sur la laïcité, qui touche pourtant la profession d’enseignant, et surtout d’enseignante. Bref, nous ne serions pas « neutres ». Or, la recherche est rarement neutre, en réalité.
Qui reste neutre en étudiant les cellules cancéreuses ou l’alzheimer, les bélugas ou l’étalement urbain, l’histoire des patriotes ou la souveraineté, la laïcité ou le racisme, le sexisme et l’homophobie ? Neutre face aux saluts nazis, vraiment ?
Le contexte et l’époque influencent très souvent le choix des sujets et des questions de recherche. Bref, l’important n’est pas une neutralité illusoire, mais bien une démarche rigoureuse et systématique qui répond aux critères méthodologiques de la discipline.
Indépendamment de nos valeurs, notre protocole a permis de consigner des faits et de « découvrir » des réalités que nous ignorions en amont (hockeyeurs problématiques et saluts nazis, entre autres). Apparemment, plusieurs préfèrent dénigrer l’UQAM et la FAE que de prendre acte de la situation dans nos écoles.
Attaque contre la méthode
Chaque fois qu’une recherche déplaît, on découvre que le Québec est très densément peuplé de spécialistes en méthodes de recherche. On affirmera même que toute recherche qualitative en sciences sociales n’a aucune valeur !
Or, ces pseudospécialistes de la méthode ne citent jamais de vrais spécialistes, contrairement à notre rapport, qui explique clairement la méthode retenue pour atteindre la saturation des données. De plus, le devis de recherche a été évalué par des pairs (anonymes) du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et du comité d’éthique de notre université.
En règle générale, d’ailleurs, les universitaires — y compris en sciences sociales — ne mènent pas leur enquête spontanément, sans connaissances méthodologiques. Peut-on en dire autant de qui pignasse sur la méthode dès qu’une recherche déplaît ?
Attaque au sujet de l’islam
Plusieurs nous reprochent de ne pas mentionner suffisamment l’islam, l’islam, l’islam. Un commentateur à la radio s’est même scandalisé que nous n’en parlions pas du tout. Ce dernier a dû rectifier les faits, puisque le rapport précise que des élèves musulmans sont intolérants et qu’il offre des ressources sur l’Islam, dont la brochure accessible sur le Web Identités LGBTQIA & Islam, qui en présente des interprétations inclusives.
Notre faute grave, alors ? Rapporter qu’il y a aussi des problèmes chez des élèves « québécois blancs ». Cela semble en fâcher plusieurs, qui préfèrent répéter : « Islam ! Islam ! Islam ! » À noter le paradoxe : nombre de ces voix obsédées par l’islam ne sont pas musulmanes, mais stigmatisent les accommodements pour élèves trans et non binaires. Bref, des adultes « québécois blancs » peuvent être à la fois islamophobes et transphobes.
Attaque de l’analyse
En plus de l’islam, la faute reviendrait apparemment aux féministes et aux campagnes pour la diversité qui pousseraient à faire réagir des élèves « écœurés de se faire parler de masculinité toxique » et de drag queens, etc. Bref, nos garçons réactionnaires sont victimes de progressistes qui sont « allés trop loin ».
Cette explication, fondée sur la confidence d’un fils ou d’un « ami gai », renverse habilement la responsabilité des violences et détourne l’attention des forces réactionnaires : des centaines de lois aux États-Unis contre les élèves trans, des manifestations ici contre les drag queens, un ministre de l’Éducation de la Coalition avenir Québec interdisant les toilettes neutres, un congrès du Parti québécois jugeant l’éducation à la sexualité trop inclusive quant aux réalités trans, des chroniqueurs épinglant à répétition les non binaires, etc.
On s’extasie enfin devant ces écoliers qui mèneraient une juste résistance : « les jeunes se réveillent ! », « bravo les jeunes ! ». Oui, des adultes félicitent — même à la radio — des garçons insultant leur enseignante, intimidant leurs camarades, brûlant des drapeaux, effectuant des saluts nazis. Devant ces réactions réactionnaires, on peut se demander si ces adultes, qui nient vigoureusement ces problèmes, n’en sont pas en partie responsables.


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