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La productivité du travail des pêcheurs a chuté de 18,1 % entre 2015 et 2024, selon des données compilées par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).
Une telle baisse de productivité, également observée dans les provinces de l'Atlantique et en Colombie-Britannique, s'explique principalement par une importante diminution des volumes des débarquements.
Cette situation est liée entre autres aux changements climatiques, qui affectent la répartition et l'abondance des espèces marines, de même qu'aux baisses de quotas de pêche imposés par Ottawa pour certaines espèces.
Entre 2015 et 2024, les volumes d'espèces pêchées en eaux salées ont chuté de plus de 46 % dans la province.
La productivité étant mesurée en fonction du PIB réel (volume), une baisse des captures entraîne mécaniquement un recul de productivité, même dans un contexte de hausse de prix, peut-on lire dans le rapport du MAPAQ.

La Colombie-Britannique et les provinces de l'Atlantique ont aussi connu une décroissance du volume des débarquements.
Photo : Tiré d'un document produit par le MAPAQ
Pour la crevette nordique, on parle d’une baisse de 97 % des volumes entre 2015 et 2024, explique la conseillère-analyste aux pêches et à l'aquaculture commerciales au MAPAQ Ann-Julie Côté.
Mme Côté souligne également le déclin des captures du flétan du Groenland et celui du hareng de printemps et du maquereau, deux espèces sous moratoire depuis 2022 en raison de l'état préoccupant des stocks.
Quand tu fais une sortie en bateau, ça te coûte autant en main-d’œuvre et en gaz, mais certains pêcheurs font moins de capture en raison de facteurs sur lesquels ils n'ont pas d'influence, ce n’est pas de la faute des pêcheurs, explique l'analyste de la productivité au MAPAQ, Alexis Labrosse.
M. Labrosse souligne qu'un pêcheur peut tout de même améliorer sa productivité en réduisant la consommation d'essence de son bateau ou en trouvant des solutions de rechange moins chères aux appâts.
La productivité au travail est la mesure de la richesse créée par heure travaillée dans une industrie. Ainsi, un pêcheur dont les revenus augmentent au même rythme que les dépenses ne fait pas de gain de productivité, même si ses captures sont en hausse.
La valeur des débarquements en hausse
Malgré la baisse des captures, la valeur des débarquements a tout de même augmenté de 38,1 % entre 2015 et 2024, notamment en raison de la forte progression des volumes et du prix du homard.

La situation du homard fait figure d'exception parmi les espèces marines qui font l'objet d'une pêche commerciale.
Photo : Tiré d'un document produit par le MAPAQ
Les débarquements de homard ont plus que doublé avec une hausse de 134,2 % dans la dernière décennie, ce qui en fait la seule espèce à afficher une croissance soutenue sur la période à l’étude.

Selon les données du MAPAQ, la pêche au Québec fait face à une hausse marquée de ses coûts unitaires de main-d’œuvre de 5,9% entre 2015 et 2024.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Une dépendance à deux espèces
L’analyse du MAPAQ souligne que l’augmentation de la valeur des débarquements au Québec repose principalement sur deux espèces, soit le homard et le crabe des neiges.
En 2015, ces deux crustacés représentaient déjà 67 % de la valeur des espèces pêchées dans la province, mais cette proportion a dépassé les 95 % en 2024.
Cette situation préoccupe le capitaine madelinot Alexandre Bourgeois et président de l'Office des pêcheurs de homards des Îles-de-la-Madeleine.
Les homardiers tirent bien leur épingle du jeu, mais, en tant que pêcheur, c'est quand même inquiétant que tout repose sur deux espèces.

Aux îles de la Madeleine, la saison de pêche 2025 a établi un nouveau record quant à la valeur des débarquements de homard avec un total de plus de 119 millions de dollars. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Selon l'analyste de la productivité au MAPAQ, Alexis Labrosse, le domaine de la pêche est moins résilient aujourd’hui qu’il l’était il y a 10 ans.
C’est un secteur qui est fragilisé en raison de la dépendance à deux espèces, essentiellement, le homard et le crabe. C’est sûr que ce n’est pas bon de miser juste sur deux espèces.
Le homard est abondant, mais combien ça va durer, on ne le sait pas; là il faut penser à des stratégies pour miser davantage sur la valeur que sur les volumes, ajoute-t-il.
La conseillère-analyste aux pêches et à l'aquaculture commerciales au MAPAQ, Ann-Julie Côté, juge aussi la situation préoccupante.
On passe de plusieurs espèces pêchées, de plusieurs opportunités pour les pêcheurs, à seulement deux espèces, dit-elle, ajoutant : Pour les pêcheurs qui étaient spécialisés dans les autres espèces en déclin, ils doivent trouver des manières de redevenir rentables.


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