En Suisse, la confiance de la population dans son système de prévoyance est plus élevée que jamais. C’est ce que révèle le Baromètre de la prévoyance Raiffeisen, qui a progressé de 28 points pour atteindre 725 points en 2026. Le troisième pilier est particulièrement plébiscité, suivi de la prévoyance professionnelle, dont le degré de confiance qui lui est accordé s’est amélioré par rapport à 2025. L’AVS reste quant à elle une préoccupation majeure, notamment en raison du financement toujours incertain de la 13e rente AVS. Dans l’ensemble, la confiance accordée au système de prévoyance augmente avec l’âge des personnes interrogées et atteint son maximum à la retraite.
Malgré cette confiance croissante, les personnes entre 51 et 79 ans portent un regard critique sur les décisions qu’elles ont prises en matière de prévoyance. Avec le recul, seulement 40% des personnes actives de plus de 50 ans organiseraient leur prévoyance financière exactement de la même manière. Chez les rentières et rentiers, cette proportion passe à 46%. Dans l’ensemble, les personnes interrogées regrettent en particulier de ne pas avoir versé plus tôt ou davantage dans le pilier 3a (19%). Rétrospectivement, 11% auraient investi plus tôt dans des titres.
Si l’on ne souhaite pas regretter plus tard des occasions manquées, il est donc conseillé d’optimiser au mieux sa prévoyance vieillesse. C’est particulièrement vrai pour les plus de 55 ans, qui ne sont qu’à quelques années de la retraite. «Les dernières années avant le départ à la retraite sont souvent les plus importantes pour la planification. Au cours de cette période, il est possible de coordonner de manière particulièrement efficace les décisions à prendre en matière de patrimoine, de fiscalité et de prévoyance», explique Mathieu Aebi, spécialiste en planification financière chez Raiffeisen.
C’est surtout durant les dernières années d’activité professionnelle que l’on peut encore influer activement sur sa situation en matière de prévoyance
Mathieu Aebi, spécialiste en planification financière chez RaiffeisenLa planification financière, une boussole vers la retraite
Une planification financière bien structurée, qui tient également compte de la situation personnelle, constitue le socle d’une prévoyance solide. Celle-ci met en évidence les ressources à disposition et les dépenses dans l’optique de la retraite et indique, par exemple, à partir de quand une retraite anticipée serait possible ou comment retirer ses capitaux de prévoyance de manière optimisée sur le plan fiscal. La planification financière constitue donc une véritable boussole sur le chemin vers la retraite. «Quiconque souhaite, par exemple, prendre une retraite anticipée devrait planifier son financement suffisamment tôt et mettre à profit de manière ciblée les années de vie active pour se constituer un patrimoine», recommande Mathieu Aebi.
En effet, le système de prévoyance suisse offre une marge de manœuvre personnelle nettement plus importante qu’on ne le pense souvent, et ce jusqu’à peu de temps avant le départ à la retraite. Les rachats volontaires dans la caisse de pension, par exemple, constituent une mesure extrêmement efficace pour augmenter la rente ou le capital tout en réduisant l’imposition. Les plus de 50 ans, en particulier, devraient donc analyser dans le détail les prestations de leur caisse de pension. Celles-ci font partie intégrante de la structure globale du patrimoine qui se compose des capitaux de prévoyance, des biens immobiliers, des placements libres ainsi que d’éventuels héritages à venir. S’il existe encore un potentiel de rachat, par exemple en raison d’une hausse du salaire ou d’interruptions de l’activité professionnelle dans le passé, des versements supplémentaires peuvent s’avérer financièrement intéressants, selon la situation personnelle. Dans de tels cas, des rachats échelonnés sur plusieurs années, avant le départ à la retraite, peuvent ainsi s’avérer particulièrement avantageux. Cependant, toute personne qui envisage un retrait de capital doit tenir compte des délais de blocage prévus par la loi.
Par ailleurs, effectuer régulièrement des versements dans la prévoyance privée permet de réduire le revenu imposable tout en augmentant le capital de prévoyance. En général, il est recommandé de répartir les fonds sur plusieurs comptes du pilier 3a. Ainsi, les retraits pourront s’échelonner sur plusieurs années, ce qui réduira les conséquences fiscales de la progressivité de l’impôt sur les prestations en capital. Si les fonds sont en outre placés sur les marchés financiers, il convient de vérifier en temps voulu la stratégie de placement. Dans ce cadre, il faut tenir compte du fait que, bien souvent, le patrimoine doit non seulement servir à financer la retraite, mais aussi être préservé, dans la mesure du possible, pour la génération suivante.
Sur le plan fiscal, les retraits de la caisse de pension et du pilier 3a ainsi que les rachats volontaires dans la caisse de pension peuvent être mieux coordonnés lorsqu’il reste suffisamment de temps pour planifier les versements et, ultérieurement, les retraits. En fonction de la variante choisie, il est ainsi possible de réduire sensiblement la charge fiscale. L’essentiel est de ne pas considérer chacune des mesures de manière isolée, mais d’effectuer une analyse qui englobe la prévoyance, le patrimoine et la fiscalité, si possible plusieurs années avant le départ à la retraite.
Biens immobiliers, un amortissement complet peut poser problème
Quant aux propriétaires, il leur est recommandé de se pencher de près sur le financement de leur bien dans les années qui précèdent leur départ à la retraite. Pour de nombreux ménages, le logement à usage personnel constitue l’actif le plus important de leur patrimoine. Par conséquent, il est important de savoir s’ils seront encore en mesure de financer l’hypothèque souscrite une fois à la retraite, lorsque le revenu de l’activité lucrative ne sera plus perçu. Il est également important de tenir compte du fait que la retraite ne peut être financée qu’avec un patrimoine liquide suffisant et disponible. C’est pourquoi un amortissement complet de l’hypothèque peut devenir problématique. Par ailleurs, s’il est prévu de vendre ou de transmettre le bien à la génération suivante, mieux vaut disposer d’une marge de manœuvre suffisante et bien choisir les durées hypothécaires. Une planification patrimoniale et successorale pensée à long terme permet d’évaluer les tenants et les aboutissants de telles décisions.
Une planification financière globale doit également tenir compte d’un éventuel héritage. Ce dernier peut offrir une marge de manœuvre supplémentaire dans le cadre d’une retraite anticipée, d‘acquisitions importantes, de voyages ou d’une stratégie patrimoniale mise en œuvre de manière ciblée. Selon le Baromètre de la prévoyance Raiffeisen, 29% des héritières et héritiers ont profité de l’augmentation de leur patrimoine pour investir dans des titres et 8% ont saisi cette occasion pour effectuer des rachats dans la caisse de pension à laquelle ils sont affiliés.
Capital ou rente? Une décision qui a des conséquences à long terme
Enfin, le départ à la retraite implique une autre décision qu’il convient d’analyser avec soin car elle ne pourra plus être corrigée ultérieurement: choisir entre le versement du capital, la perception de rentes ou une combinaison des deux. Ce choix a un impact à long terme, notamment en raison de l’allongement de l’espérance de vie: aujourd’hui, il n’est pas rare qu’une retraite dure entre vingt-cinq et trente ans. Une personne qui opte ainsi pour le versement du capital doit le gérer elle-même au cours de cette longue période de vie, tandis que la perception de rentes transfère le risque de longévité à la caisse de pension.
Pourtant, selon le dernier Baromètre de la prévoyance Raiffeisen, 51% des personnes interrogées choisiraient aujourd’hui de percevoir tout ou partie de leur capital au moment de prendre leur retraite. Ce choix repose moins sur une perte de confiance dans la prévoyance que sur la baisse des taux de conversion ces dernières années et ce qu’offre le retrait du capital: de la flexibilité, des avantages en termes d’imposition ainsi que la transmissibilité des avoirs.
Quelle que soit la décision finale, celles et ceux qui laissent s’écouler les dernières années d’activité professionnelle sans en tirer parti passent à côté d’opportunités attractives pour optimiser leur prévoyance. Planifier sa retraite suffisamment en amont permet de coordonner prévoyance, patrimoine et fiscalité, et ainsi de prendre sa retraite le plus sereinement possible.


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