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La plus petite pyramide de Gizeh cachait deux poches d’air scellées depuis l’Antiquité : les capteurs viennent de localiser ce qui pourrait être une entrée oubliée

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Deux poches d’air scellées depuis 4 500 ans, nichées derrière une façade de granit poli. C’est ce que le projet ScanPyramids a révélé en 2025 à l’intérieur de la pyramide de Mykérinos, la plus petite des trois grandes pyramides du plateau de Gizeh. Des chercheurs ont découvert deux vides cachés remplis d’air derrière la façade orientale de la pyramide de Mykérinos, fournissant les premières preuves à l’appui d’une hypothèse de longue date concernant une entrée jusqu’alors inconnue dans cette structure antique. Une découverte qui rebat les cartes sur un monument que l’on croyait avoir livré tous ses secrets.

À retenir

  • Deux anomalies structurelles jamais détectées auparavant identifiées derrière une façade de granit poli à la précision énigmatique
  • Trois capteurs indépendants convergent vers la même conclusion : quelque chose de délibéré se cache à 1,4 mètre de profondeur
  • Les autorisations officielles tiendront désormais le rôle de gardienne : pourra-t-on enfin explorer ce qui pourrait chambouler notre compréhension de la pyramide ?

Sommaire

  1. Le détail qui intriguait les chercheurs depuis des décennies
  2. Trois technologies, zéro coup de pioche
  3. Deux cavités, une question à 4 500 ans
  4. Et maintenant, la suite appartient aux autorisations

Le détail qui intriguait les chercheurs depuis des décennies

Haute de 63 mètres, la pyramide de Mykérinos a été construite durant le règne de ce pharaon de l’Ancien Empire, entre 2490 et 2472 avant notre ère. Pendant des siècles, elle a occupé le rang de « petite sœur » sur le plateau de Gizeh, éclipsée par la démesure de Khéops et Khéphren. Mais sa façade orientale portait une anomalie visuelle que personne ne savait vraiment expliquer.

Depuis plusieurs années, les archéologues s’interrogeaient sur la structure singulière des blocs de granit situés sur le flanc est de la pyramide. Sur une zone d’environ quatre mètres de hauteur pour six mètres de largeur, les pierres y sont polies avec une finesse exceptionnelle, un traitement comparable uniquement à celui de l’unique entrée connue, placée sur la face nord. Ce soin exceptionnel du tailleur de pierre, sur un emplacement sans fonction connue, était trop précis pour être anodin.

C’est le chercheur Stijn van den Hoven qui, en 2019, a évoqué la possibilité que cette partie cache un accès alternatif. Mais l’hypothèse restait sans preuve matérielle. Jusqu’à présent, aucune exploration non invasive n’avait permis d’obtenir suffisamment de données pour confirmer ou infirmer cette hypothèse. Six ans de statu quo archéologique, avant que la technologie ne vienne trancher.

Trois technologies, zéro coup de pioche

La découverte a été annoncée par une équipe internationale de l’Université du Caire et de l’Université technique de Munich, marquant un nouveau succès pour le projet ScanPyramids, qui étudie systématiquement les pyramides emblématiques d’Égypte à l’aide de technologies de numérisation non invasives. Pas de foreuse, pas d’endoscope introduit dans la pierre. Le principe est radical : lire l’intérieur d’un monument vieux de quarante-cinq siècles depuis l’extérieur, sans l’endommager d’un millimètre.

L’équipe de ScanPyramids a utilisé trois technologies non invasives : la tomographie par résistivité électrique (ERT), le radar à pénétration de sol (GPR) et les ultrasons. Chaque technique offre des informations uniques sur la structure intérieure : l’ERT mesure la résistance électrique pour détecter les variations de densité, le GPR identifie les changements dans les réflexions électromagnétiques, et les ultrasons cartographient les différences dans la propagation des ondes sonores. Trois capteurs, trois lectures indépendantes du même mur de granit.

Le résultat ? Décisif. Les données issues de ces méthodes complémentaires ont été combinées par un procédé appelé fusion d’images, qui permet aux chercheurs de croiser et d’aligner plusieurs jeux de données pour atteindre un niveau de précision plus élevé. Cette approche a été déterminante pour confirmer la présence des deux anomalies directement derrière les blocs de granit orientaux. C’est cette convergence des trois sources de données qui a transformé une intuition en découverte scientifique publiée dans la revue NDT&E International.

Deux cavités, une question à 4 500 ans

Les deux anomalies remplies d’air sont localisées à une profondeur de 1,4 mètre et de 1,13 mètre derrière la façade extérieure, mesurant respectivement 1 mètre de haut sur 1,5 mètre de large, et 0,9 mètre sur 0,7 mètre. Des dimensions modestes, à peine la taille d’un placard de cuisine pour la plus grande — mais suffisantes pour laisser passer un homme. Un couloir, une antichambre d’accès, un dispositif architectural délibéré ? Des simulations numériques ont montré que ces anomalies ne peuvent pas s’expliquer par des fissures naturelles ou des irrégularités de la pierre.

Selon l’équipe, il s’agit des toutes premières anomalies structurelles jamais décelées derrière cette face de Mykérinos. Si de tels résultats appuient la possibilité d’une seconde entrée, des analyses approfondies seront nécessaires pour confirmer leur nature. Il pourrait également s’agir d’un corridor, d’une salle, voire d’un espace de construction. L’enthousiasme des chercheurs reste donc mesuré, c’est la marque des bonnes sciences, mais la direction pointée est claire.

Le professeur Christian Grosse, spécialiste des tests non destructifs à la TU Munich, ne cache pas sa satisfaction : « À la suite de la validation significative d’un corridor caché dans la pyramide de Khéops en 2023, ScanPyramids a de nouveau réussi à faire une découverte importante à Gizeh. La méthodologie que nous avons développée permet de tirer des conclusions très précises sur la nature de l’intérieur de la pyramide sans l’endommager. L’hypothèse d’une autre entrée est très plausible, et nos résultats nous rapprochent de sa confirmation. »

Et maintenant, la suite appartient aux autorisations

ScanPyramids ne s’arrête pas à Mykérinos. Le projet avait précédemment fait les gros titres en 2023 lorsqu’il a confirmé un corridor caché dans la pyramide voisine de Khéops en utilisant des techniques non destructives similaires. Ce palmarès confère un poids considérable aux nouvelles conclusions : le projet n’est pas à son coup d’essai, et ses méthodes ont déjà prouvé leur fiabilité sur le monument le plus scruté de la planète.

En raison de la profondeur de pénétration limitée des techniques appliquées, les chercheurs ne peuvent pas déterminer jusqu’où s’étendent les anomalies à l’intérieur de la pyramide, et l’équipe invite à des investigations supplémentaires à l’aide d’autres méthodes avancées, comme l’imagerie muonique ou l’endoscopie, pour obtenir encore plus d’informations.

La poursuite des travaux dépendra des autorisations officielles. Si elles sont accordées, la prochaine étape pourrait inclure de nouvelles techniques visant à déterminer si les vides mènent à des chambres ou à des couloirs scellés depuis des millénaires, ce qui permettrait d’élargir la compréhension de la configuration interne du monument et de sa fonction d’origine. Ce verrou administratif n’est pas anodin : la recherche a été menée en collaboration avec le Conseil suprême des antiquités égyptiennes et le ministère du Tourisme et des Antiquités, et toute percée physique dans la structure nécessitera leur feu vert.

La pyramide de Mykérinos est la plus jeune des pyramides de Gizeh et la seule à faire un usage aussi extensif du granit d’Assouan, ce qui a alimenté pendant des décennies des débats sur ses techniques de construction. Le fait que ses constructeurs aient pris la peine de polir avec une précision extraordinaire une zone de façade qui n’abrite, officiellement, rien, et qui recèle en réalité deux vides structurels parfaitement définis — dit quelque chose de l’intention. Les bâtisseurs de la IVe dynastie ne polissaient pas par hasard.

Sources : fr.news.yahoo.com | gitelescourlis.fr

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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