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Beaucoup a été dit et écrit sur la première année au pouvoir du premier ministre Mark Carney. Ce qui ressort, c’est d’abord le revirement historique qu’il a opéré sur l’échiquier politique canadien.
Donné pour mort quelques mois avant l’arrivée de M. Carney au pouvoir, le Parti libéral du Canada (PLC) a été réanimé de ses cendres sous sa gouverne. Le PLC se retrouve aujourd’hui à la portée d’une majorité. Ce serait une première depuis 2019.
Ce qui ressort aussi, c’est l’ambition et l’audace de ce banquier central devenu premier ministre. Son ambition de complètement transformer le paysage économico-industriel du Canada par de grands projets d’intérêt national.
Son audace d’avoir pratiquement volé le programme du Parti conservateur du Canada (PCC) sans crier gare. Avec, à la clé, une série de transfuges de droite comme de gauche.
Mais ce qui ressort surtout, c’est l’image d’un « premier ministre Aéroplan ».
Dès les premiers jours de son mandat, Mark Carney est monté à bord de son avion pour se rendre à Paris et à Londres. C’était il y a un an. Dix-sept voyages dans vingt-cinq pays plus tard, on l’a à peine revu à Ottawa depuis.
Mark Carney a redonné au Canada et aux Canadiens un sentiment de fierté à l’international. Son discours de Davos à lui seul marquera sans doute sa carrière politique. Mais ce discours aura surtout redonné au Canada ses lettres de noblesse diplomatiques.
« Le Canada est de retour ! » avait dit Justin Trudeau à la tribune de l’Organisation des Nations unies en 2015. Des paroles qui se concrétisent plus d’une décennie plus tard.
Le temps de revenir sur Terre
Si le premier ministre Carney a passé sa première année au pouvoir à survoler la planète, sa seconde année aux commandes risque de se jouer davantage sur la terre ferme, à Ottawa. L’audace, l’ambition et la fierté, c’est bien. Mais l’humilité, c’est mieux. Et l’arrogance est un repoussoir. J’y reviendrai.
Au cours des 12 derniers mois, le premier ministre a beaucoup usé de son capital politique pour gérer notre relation avec les États-Unis, Donald Trump oblige. Mais pas seulement pour ça. Il a aussi utilisé son capital politique pour formuler une vision de l’avenir du pays et pour mettre en place l’architecture nécessaire à la transformation de l’économie canadienne.
Le temps est maintenant venu pour lui de livrer ses promesses. Ce qui va forcément devoir se traduire par plus de temps à Ottawa pour le premier ministre.
Mark Carney est un homme d’action, un homme pressé. Et c’est tant mieux. Parce que si le passé est garant de l’avenir, cette transformation de l’économie canadienne ne restera qu’une vision.
Trop souvent, et pendant trop longtemps, l’approche d’Ottawa en matière de grands projets fut la suivante : on hésite ; on se lance ; on change d’idée ; on paie trois fois plus cher ; on abandonne. Mark Carney devra donc faire vite, pendant qu’il jouit toujours d’une cote de popularité stratosphérique, s’il veut faire autrement.
Certes, il pourra sans doute bientôt compter sur une majorité, mais attention ! Les courtes majorités parlementaires peuvent parfois se transformer en cauchemar de gestion de caucus. Voilà une raison de plus qui obligera le premier ministre à passer davantage de temps dans la capitale nationale.
Revenir sur terre va aussi devoir se traduire par davantage de transparence. M. Carney est un banquier d’affaires. La confidentialité et l’opacité volontaire font partie de sa géographie mentale. Ce sont là des ingrédients essentiels au monde de la haute finance, dans lequel il a travaillé durant toute sa carrière. Pas en politique.
À l’international, où Mark Carney est comme un poisson dans l’eau, il peut se permettre d’afficher un air de supériorité. Pas à Ottawa. Même avec sa cote de popularité stratosphérique, l’arrogance reste un repoussoir.


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