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Gail Asper, la présidente et administratrice de la Fondation Asper, dénonce le manque de contexte de l’exposition sur la Nakba au Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP). Elle menace de suspendre les financements de sa fondation pour le musée, si l’exposition ne passe pas en revue.
Depuis son lancement le 27 juin, l’exposition Palestine déracinée : La Nakba au passé et au présent suscite la controverse.
La Nakba, qui signifie la catastrophe en arabe, désigne le déplacement massif des Palestiniens qui a suivi la déclaration d’indépendance d’Israël en 1948.
Gail Asper estime que c'est troublant que les deux panneaux principaux ne mentionnent pas la solution à deux états proposée par les Nations Unies en 1947 et qui a été rejetée par les Palestiniens. Elle pointe aussi du doigt l'omission de la déclaration de guerre des pays arabes voisins envers Israël qui aurait conduit les Palestiniens à fuir leur territoire.
S'il y avait eu une acceptation de l'État et s'il n'y avait pas eu cette guerre, il n'y aurait pas eu de déplacement. Je pense donc que c'est une information très pertinente qui devrait au moins être placée dans l'introduction en un seul paragraphe afin de planter le décor de ce qui s'est passé ensuite.
L’exposition comporte également une section sur les évènements récents du conflit à Gaza.
Le ministre de l'Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller, a critiqué l’absence d’identification du Hamas comme organisation terroriste et de son intention d’annihiler l’État d’Israël.
De son côté, Gail Asper déplore l'omission des 251 otages israéliens pris par le Hamas lors de l’attaque du 7 octobre 2023.

Gail Asper se sent trahie par la direction du musée, qui joue un rôle crucial dans sa vie. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Juliette Straet
Dans un communiqué écrit, le MCDP revendique son indépendance muséale et justifie son choix.
Cette exposition centre les expériences humaines et se concentre sur l'impact que le déplacement forcé continue d'avoir sur la communauté palestinienne ici au Canada, ainsi que sur leur lutte continue pour les droits de la personne, indiquent les responsables du musée.
Le MCDP affirme que raconter l’histoire d’une communauté ne remet pas en cause les expériences d’une autre.
Se concentrer sur les expériences de déplacement forcé des Canadiens d'origine palestinienne dans cette exposition ne diminue en rien les expériences des personnes juives qui ont été déplacées et qui ont également fait face à des violations des droits de la personne, dont nos galeries partagent aussi les histoires.
Selon Yakov Rabkin, historien de l'Université de Montréal, l’idée que les armées arabes auraient appelé les Palestiniens à quitter leur territoire est un mythe, et va à l’encontre du consensus parmi les historiens.
Dans le discours occidental, y compris le canadien, le récit sioniste a prévalu et probablement prévaut jusqu'à nos jours. Ce n'est pas le cas dans le milieu des historiens, explique-t-il.
Selon lui, le sionisme est une composante si profonde de l'identité de nombreuses personnes qu'il leur est parfois difficile de prendre le recul nécessaire pour examiner les circonstances entourant la création de l'État d'Israël.
Yakov Rabkin explique que les historiens privilégient la perspective coloniale, et compare la Nakba au déplacement d’une population autochtone en faveur des immigrants venant d'Europe.
La gouvernance des expositions en question?
La Fondation Asper a joué un rôle fondamental dans l’histoire du MCDP, dépensant plus de 23 millions de dollars pour sa construction.
Israel Asper, le père de Gail Asper, a eu l’idée de lancer ce projet, mais c'est après sa mort que sa femme et ses enfants ont concrétisé son rêve. C'est presque la moitié de ma vie, dit Gail Asper.
Elle est très déçue de l’exposition. Je me sens très trahie par la direction, par le conseil d'administration, qui n'ont pas jugé nécessaire de prendre un soin tout particulier à faire examiner le contenu par des experts extérieurs.

Le Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP) a inauguré le 27 juin 2026 une exposition sur la nakba.
Photo : Radio-Canada / Morgane Knoll
Gail Asper craint que l’exposition accentue l’antisémitisme à Winnipeg.
Selon elle, l’administration n’a pas vu l’exposition, suscitant des questions par rapport aux processus de vérification du contenu des expositions.
Gail Asper souhaiterait que des experts et des historiens évaluent l’objectivité des contenus de l’exposition. À plus grande échelle, elle demande au gouvernement de se pencher sur le processus décisionnel du musée, afin de garantir que la direction rende des comptes.
En attendant, Gail Asper compte mettre sur pause le financement de sa fondation et ses dons personnels pour le MCDP. À la place, elle souhaite soutenir les organismes de protection d'institutions juives locales.


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