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Comment ramener sur les bancs de l’école des élèves marqués par l’anxiété et l’apathie de l’après-pandémie? Pour la Nation dénée de Clearwater River, située à environ 520 kilomètres au nord de Saskatoon, la réponse ne se trouve pas entre quatre murs, mais sur le territoire ancestral.
Grâce à un programme novateur d’éducation axé sur la nature et les traditions, l’école locale réussit à transformer l’apprentissage en expérience concrète et valorisante, dont l’enseignement de la pêche au collet est actuellement la figure de proue.
Le passage à l’enseignement virtuel durant la pandémie de COVID-19 a laissé des traces profondes chez les élèves de cette communauté, notamment une hausse de l’anxiété, une baisse de la motivation et de l’absentéisme chronique.
Devant ce constat, l’équipe pédagogique a dû réévaluer ses méthodes de travail. C’est alors que le programme d’éducation sur le territoire, autrefois limité à deux camps thématiques par année, a été intégré de manière continue dans le parcours scolaire.
Après la pandémie, le retour en classe s’est avéré très difficile pour plusieurs et la motivation n’y était tout simplement plus, explique Paul Haynes, éducateur spécialisé en apprentissage sur le territoire. Aujourd’hui, cette approche permet aux jeunes de retrouver un sens à leur éducation.
Landon Moise, un élève de 11e année, témoigne de ce changement de perspective.
Cela nous donne des occasions uniques que nous n'aurions jamais eues autrement, comme collaborer avec des scientifiques, faire des prélèvements sur le terrain ou même travailler aux côtés de professionnels de l'industrie minière.

Une jeune élève affiche sa fierté en tenant le poisson qu'elle a attrapé.
Photo : Facebook École dénée de Clearwater River
L'art de la pêche au collet : science et tradition
Cette semaine, les élèves se sont initiés à une technique ancestrale méconnue : la pêche au collet. À l’aide d’une longue branche flexible de bouleau ou de peuplier (mesurant de 1,20 m à 3,65 m, ou 4 à 12 pieds, selon l’endroit) et d’un simple fil métallique à lapin, les jeunes apprennent à attraper le poisson à vue.
Repérer le poisson, c'est un art en soi, et l'attraper l'est encore plus, car la réfraction de l'eau modifie notre perception de l'endroit exact où se trouve le poisson. C'est un apprentissage à faire, mais une fois qu'ils ont compris le principe, certains jeunes deviennent de véritables professionnels.
Cette activité ne se limite pas à la survie en forêt : elle sert de pont pour enseigner conjointement les sciences occidentales et les sciences autochtones.
Les élèves étudient ainsi la biologie du poisson, notamment le rôle protecteur de son mucus (le film visqueux qui recouvre sa peau), et apprennent à le manipuler avec soin pour éviter la transmission de champignons ou de bactéries avant de le relâcher.
Un cycle d'apprentissage intergénérationnel et communautaire
L’un des aspects les plus puissants du programme réside dans sa structure sociale, qui reproduit le modèle traditionnel de transmission communautaire. Les élèves plus âgés agissent comme mentors pour les plus jeunes, veillant également à leur sécurité sur le territoire.
Le projet implique aussi la participation des aînés de la communauté, Doreen Louise Moise et Pauline Fontaine, que les élèves appellent affectueusement hama (grand-mère en langue dénée). Ce sont elles qui enseignent aux jeunes l'art de nettoyer et de préparer le poisson.
C’est comme enseigner à mes propres enfants et petits-enfants. Je veux simplement transmettre ce que j’ai appris pour que les nouvelles générations continuent de le faire. Si nous perdons ces connaissances, elles disparaîtront à jamais.

Les aînées Pauline Fontaine, à gauche, et Doreen Moise, à droite, contribuent à la transmission des savoirs et des méthodes traditionnels.
Photo : Paul Haynes
Une ressource pour la communauté
En plus de valoriser les droits ancestraux de chasse et de pêche de manière éthique, le programme a des retombées très concrètes sur la sécurité alimentaire de la communauté. Les poissons pêchés qui ne sont pas relâchés sont partagés entre les familles des élèves, et les surplus sont cuisinés directement à l'école pour offrir des repas chauds aux enfants.
Carmen Haineault, une élève du secondaire, estime que la beauté du projet réside dans le partage de ces connaissances avec ceux qui n'ont pas la chance de les acquérir à la maison. C'est une excellente chose d'enseigner à ces enfants comment manipuler le poisson correctement, et surtout, comment le traiter avec respect, ajoute-t-elle.
Avec les informations de Darla Ponace


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