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Après un match grisant des Diables Rouges face au Sénégal, il aurait fallu me payer très cher pour que je loupe ces 8es de finale de la Coupe du monde. Ce lundi soir, il nous faut battre les États-Unis, équipe solide qui ne compte pas nous faire de cadeaux.
Le match est diffusé à deux heures du matin. Quand certains supporters traînent au cœur de la ville à la recherche d'un endroit sympa où le regarder, d'autres optent pour un visionnage à domicile. Ici, le salon est aménagé pour l'occasion et, après avoir réveillé tous mes colocs et regardé les derniers pronostics, nous voilà tous agglutinés devant l'écran. Les voisins adoptent la même stratégie. Fidèle au poste, je vois leur salon s'illuminer au rythme des pubs d'avant-match. Les réseaux sociaux s'affolent et les groupes WhatsApp s'agitent dans tous les sens, à coups de : "Tu es devant le match ? "DEBOUT CA COMMENCE". C'est une folie numérique. Les contacts se connectent à distance et partagent leur stress. Un des messages est on ne peut plus clair : "Moi jte préviens, si j'ai mis un réveil pour voir un arbitre nul et nos joueurs endormis sur le terrain, je quitte ce pays".
Pour rester éveillés, tous les moyens sont bons : glaçons dans le creux du dos, mots fléchés, petit tour sur X. Il faut nous galvaniser. Quelques snacks ont été prévus pour l'insomnie collective afin de ne pas perdre de vue nos objectifs. Frites avec sauces à l'effigie des Diables, glace au spéculoos et chocolat belge. Toute franchise américaine a été bannie. Pas de M & M's, pas d'Oreo, juste nous, nos cernes et nos drapeaux.
Lors de Belgique-Sénégal, je vois un père de famille en pleurs et je finis percutée par une bouteilleLe match débute. Décidément, nos Diables sont en forme. Les balles volent, roulent et rebondissent avec une rapidité folle. La concentration est à son maximum. Nous sommes six, entassés dans un canapé de deux. Il y a plus agréable, mais pour Charles De Ketelaere, je ferais tout. Même le regarder en étant assise par terre…
Nous y sommes, la Belgique inscrit son premier goal, la fatigue disparaît et laisse la place à l'adrénaline. Mais quelques minutes plus tard, les États-Unis recollent au score et mon coloc plein de rage finit par jeter sa pantoufle sur la télé. Il ne faut jamais sous–estimer la frustration d'un supporter… surtout quand il est sous l'effet d'une boisson énergisante !
Et puis le scénario parfait : 4 buts à 1. Le décor est beau et coloré. De grandes accolades entre colocs à moitié somnambules, des taches de ketchup sur le parquet et quelques frites froides qui traînent sur la table basse. Les voisins sont aux fenêtres, heureux de constater l'ambiance enjouée du quartier. Les voitures klaxonnent et les lampadaires courbent l'échine face au triomphe belge. Les gens s'appellent en visio et s'inondent de messages. Tous veulent faire partie de la parade digitale. Il n'y a rien à dire, la soirée pyjama est un franc succès.
Le match est fini. J'ai sommeil et je ressemble à un cachet d'aspirine mais la victoire est là, méritée. Les Diables ont été efficaces, autant que l'appel téléphonique de la Maison Blanche à la Fifa quelques heures plus tôt. Et après avoir pris une dernière fois mes colocs dans les bras, je finis par me laisser aller dans ceux de Morphée. Quelle soirée !
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