Un chiffre en particulier montre l’internationalisation croissante du renminbi, la devise nationale chinoise. Depuis 2020, la part du yuan dans le financement du commerce international a quadruplé: elle est passée de près de 2% à 8% en 2026. Selon les chiffres du rapport d’avril de Swift, le système de paiement international, 81% des paiements de biens et services ont été réalisés en dollar, 8% en yuan et 5,8% en euro au cours du mois de mars. C’est à la fin de 2023 que le renminbi a ravi la deuxième place à la monnaie unique européenne.
Différents éléments internes et externes à la Chine, tels que des événements géopolitiques, expliquent cette tendance. «Nous observons cette montée en puissance du renminbi depuis une dizaine d’années, lorsque le gouvernement chinois a lancé son plan Belt and Road Initiative en 2013», explique l’économiste Mali Chivakul de la banque Safra Sarasin. Le financement de ce programme, dont le montant se chiffre en milliers de milliards de dollars, avait non seulement pour objectif de construire des infrastructures mais également d’étendre les débouchés commerciaux et l’internalisation du yuan.
«Au début, le pays, qui est le plus grand exportateur de marchandises, demandait surtout à ce que ses produits soient payés en renminbi. Maintenant, le mouvement va dans les deux sens. La Chine s’efforce désormais de régler dans sa monnaie nationale les achats de matières premières, bien que ces produits soient généralement négociés en dollars américains», ajoute la spécialiste des pays émergents. La nation, appelée également «l’usine du monde», représente à elle seule 13 à 14% du total des exportations au niveau de la planète.
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Cette progression des paiements en yuan a en outre été soutenue par le développement d’infrastructures de paiement, telles que le CIPS lancé en 2015, un concurrent de Swift mais dont l’usage mondial reste limité. La Russie, frappée par des sanctions internationales à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022, se sert notamment de cette plateforme pour régler ses transactions bilatérales, et est devenue l’un des plus grands utilisateurs du renminbi.
Hongkong, le Pakistan, le Brésil, les pays du Golfe, d’Asie du Sud-est et du continent africain emploient le plus la devise chinoise pour les échanges commerciaux. «Du fait des changements géopolitiques que nous observons, certains pays essaient de réduire leur dépendance vis-à-vis du dollar et collaborent davantage avec la Chine», fait remarquer l’experte. Elle pense que les entreprises chinoises mènent également des négociations auprès de leurs partenaires occidentaux afin d’être payés en renminbi. Cela permettant de réduire également les frais de change.
Le yuan chinois est de plus en plus utilisé dans les échanges commerciaux mondiaux. — © S3studio/Getty Images
Limite du système
Le billet vert reste donc la devise dominant les échanges commerciaux mondiaux mais l’internalisation du yuan devrait se poursuivre, anticipe Mali Chivakul. Certains facteurs limitent cependant la vitesse de cette expansion: le contrôle exercé par le gouvernement de Xi Jinping sur les marchés des capitaux et le taux de conversion, ainsi que le faible niveau de liquidité en dehors des frontières du pays et la quantité limitée d’actifs financiers accessibles aux investisseurs étrangers.
Par ailleurs, si dans le commerce international la part du yuan progresse, dans les paiements mondiaux traités via le système Swift (et dont le commerce n’est qu’une petite partie), son poids reste limité. Ici, il n’occupe que la 4e place, derrière le dollar, l’euro et la livre sterling. Et le renminbi ne représente qu’une faible portion des réserves de change des banques centrales.
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