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BUFFALO – Martin St-Louis n’en est pas à sa première perle de sagesse après quatre ans à distiller sa science ici et là, souvent avec ses joueurs, parfois avec les journalistes, lorsque le cœur lui en dit. Celle-ci, par contre, sûrement inspirée par sa lecture de Le Cid entre deux épisodes de Seinfeld, paraît tout à fait à propos.
La dernière en lice, donc : la maturité n’a pas nécessairement un âge, a-t-il dit après la victoire convaincante de 5-1 de sa troupe vendredi soir pour ramener tout le monde à égalité dans la série entre le Canadien et les Sabres.
En effet, elle vient davantage des expériences de vie et cette équipe, si jeune soit-elle, a vécu. Elle a vécu une reconstruction à Montréal, détail significatif, une première expérience éliminatoire contre Washington l’an dernier, l’électricité du Centre Bell et le défi de ne pas la laisser vous traverser le corps, l’amertume de la défaite et la lente et patiente croissance sans tenter de tirer sur la fleur pour qu’elle pousse plus vite.
Si bien qu’il fallait les prendre au pied de la lettre, les joueurs, lorsque, en matinée, ils assuraient être sereins, calmes et prêts pour le deuxième duel contre les Buffaloniens, alors qu’ils étaient en danger de revenir au Québec en déficit 0-2. C’était la première fois qu’ils se trouvaient en retard dans une série ce printemps après tout.
Les Sabres n’ont pas offert leur plus belle résistance et n’avaient pas grand-chose du rouleau compresseur qui a aplati la Ligue nationale ces cinq derniers mois, mais il y avait certainement un peu du Canadien dans leur apathie.
Le CH leur a sauté à la gorge avec deux buts en moins de trois minutes dès les premiers instants de la rencontre. Pas de doute, les hommes de St-Louis étaient prêts et ont démontré à nouveau avoir une belle confiance en leurs moyens.
Depuis la fin du mois de novembre, ils montrent une fiche de 22-5-1 après un revers et n’ont pas perdu deux matchs de suite en près de deux mois.
Tous les jours, tu recommences, que tu aies gagné ou perdu. Tu restes à la tâche, c’est un niveau de maturité que notre équipe continue d’élever, même si on est jeunes, a souligné l'entraîneur.
On a bâti ça dans l’échec. On a appris beaucoup de l’an dernier. On a grandi […] Chaque match a son histoire, chaque série a son histoire et tu ne peux pas laisser les événements dicter l’histoire. Tu dois continuer à l’écrire et à la réécrire si tu ne l’aimes pas.
Un mot revenait sans cesse après ce gain crucial : la conviction (belief, en anglais).
La conviction, la croyance, peut-être même la foi. La foi que tout le monde se préparera comme il se doit et performera comme il le faut le moment venu.
Le matin avant un match, la foi, on la professe. Le soir, l’on en profite…si le travail a été accompli, bien sûr. Et l’heure était à la savourer. Nick Suzuki en a parlé dans le vestiaire, Juraj Slafkovsky aussi. Jake Evans et Alexandre Carrier n’étaient pas en reste.
On dit d’elle qu’elle peut soulever des montagnes. Facile d’imaginer qu’elle peut aussi vaincre une équipe de hockey, si imposante soit-elle.
Ces jeunes-là aiment le hockey, s’est exclamé Evans, le sourire aux lèvres.
Ce n’est pas l’idéal d’être en retard dans une série ou dans un match, mais c’est ce qui rend cette équipe si spéciale. Tout le monde croit en tout le monde. On ne lâche jamais.
On croit en nous. C’est pas mal ça, a ajouté Slafkovsky dans un bel effort de concision.
Cette capacité qu’a cette équipe de rebondir, d’avoir la mémoire courte et de repartir à zéro, comme Joe Bocan, est en train de devenir un trait de caractère bien ancré. Voilà belle lurette que le Canadien ne s’est pas empêtré dans une série de défaites et c’est bien ce que ça prend pour connaître du succès en séries éliminatoires. Il ne se laisse pas gagner par la frustration quand les choses ne tournent pas en sa faveur.
Par exemple, il s’est accroché dans le premier match, même si l’effort et l’exécution étaient brouillons.
Les Sabres, eux, ont laissé libre cours à leur exaspération par moments vendredi soir. Une punition d’indiscipline de Rasmus Dahlin, le capitaine, peu de temps après que le Canadien eut pris une avance de 2-0 en première période. Un coup de coude au visage de Zachary Bolduc de la part de Bowen Byram, visiblement agacé par la teigne duCH.
Tage Thompson, le moteur offensif de cette équipe, ne s’est pas encore mis en marche, freiné par le travail en zone neutre du Canadien, qui s’est bien inspiré de sa série contre le Lightning pour appliquer un jeu défensif de plus en plus soigné. Thompson aussi pourrait commencer à perdre patience.
Les Sabres sont plus âgés, mais ils demeurent qu’ils ont moins vécu, pour en revenir à la question de la maturité qui coiffe ce texte. Les joueurs du CH en uniforme vendredi totalisent 519 matchs en carrière en séries, ceux des Sabres, 405, un chiffre gonflé par Ryan McLeod et Alex Tuch qui comptent pour plus de 34 % de ces matchs. La différence n’est pas immense, mais certainement notable.
Leur impétuosité les a bien servis toutefois dans la série contre les Bruins et il faut s’attendre à les voir se présenter sous un bien meilleur jour à Montréal. En attendant, c’est le retour à la case départ.
Improbable deuxième trio
Parmi les autres signes encourageants de ce deuxième affrontement, retenons la tenue du trio formé par Evans, Ivan Demidov et Alex Newhook, auteur de deux buts.
Trio improbable que St-Louis n’a pas voulu qualifier de deuxième, même si toute unité qui comprend Demidov devrait, théoriquement, obtenir ce rang dans la hiérarchie.

Alex Newhook a touché la cible à deux reprises vendredi contre les Sabres.
Photo : Associated Press / Jeffrey T. Barnes
Est-ce un deuxième trio digne de ce nom? Le CH s’en contentera pour le moment. L’unité a eu le dessus sur toutes ses confrontations durant toute la soirée. On ne peut pas dire que cette aisance est née de l'habitude. Les trois comparses ont joué 19 minutes à cinq contre cinq ensemble en séries, soit essentiellement toutes contre les Sabres, et 6 petites minutes durant l'entièreté de la saison...
Parfois, ça prend juste quelques matchs pour créer de la chimie. Juste en jouant un peu plus avec la rondelle, tu vois ce que les autres font. Demidov est tellement talentueux que c’est difficile d’anticiper ce qu’il va faire. Il peut se sortir de tout, alors tu essaies de lui donner la rondelle. Newhook peut battre n’importe qui dans une course à un contre un. Il est vraiment rapide et c’est un joueur tenace, a fait valoir Evans.
La production secondaire continue de faire foi de tout, pour rester dans le thème, pour le Canadien ce printemps. Mieux vaut en profiter pendant que ça passe, parce que le jour viendra où elle risque de s’étioler. Ce jour-là, les vedettes devront se lever.
En attendant, elles gagnent du temps.


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