Le 27 février 2026, la NASA a annoncé que la mission Artemis III n’atterrirait finalement pas sur la Lune. Le premier alunissage habité depuis Apollo 17 en 1972 est repoussé à Artemis IV, pas avant 2028. La raison officielle : des problèmes techniques sur la fusée SLS, des retards sur les atterrisseurs de SpaceX et Blue Origin, et un programme jugé trop risqué en l’état par le comité de sécurité de la NASA. Mais il y a un autre problème, moins médiatisé, que les scientifiques documentent depuis des années : la Lune elle-même n’est pas aussi stable qu’on le pensait.
50 mètres de circonférence en moins
La Lune refroidit. Son noyau, encore chaud depuis sa formation il y a 4,5 milliards d’années, perd lentement de la chaleur. En se refroidissant, il se contracte — et entraîne toute la Lune avec lui. Au total, la Lune a perdu environ 50 mètres de circonférence en quelques centaines de millions d’années.
Le problème, c’est que la croûte lunaire est rigide. Contrairement à la Terre, la Lune n’a pas de tectonique des plaques pour absorber les contraintes. Alors quand l’intérieur rétrécit, la surface se plisse. Comme un raisin qui sèche : la peau se ride. Sauf qu’ici, les « rides » sont des failles de chevauchement — des fractures où un bloc de croûte est poussé par-dessus un autre. La caméra du Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO) de la NASA en a détecté des milliers, réparties sur toute la surface.
Des séismes au pôle sud — là où la NASA veut atterrir
En janvier 2024, une étude dirigée par Thomas Watters, du Smithsonian, a été publiée dans le Planetary Science Journal. L’équipe a relié l’un des plus puissants séismes lunaires jamais enregistrés — magnitude 5, détecté par les sismomètres laissés par les astronautes Apollo il y a plus de 50 ans — à un réseau de failles jeunes situé au pôle sud.
C’est précisément cette zone que la NASA cible pour ses futures missions habitées, car elle pourrait contenir de la glace d’eau. L’une des failles identifiées par l’étude se trouve à l’intérieur de de Gerlache Rim 2, l’une des 13 zones candidates pour un alunissage.
Crédit : NASA/LROC/GSFC/Université d’État de l’ArizonaSur Terre, un séisme de magnitude 5 est perceptible mais rarement destructeur. Sur la Lune, c’est différent. La gravité est six fois plus faible : le moindre mouvement du sol peut projeter un astronaute ou déstabiliser une structure. Le régolithe — la couche de poussière et de débris qui recouvre la surface — est meuble, anguleux, non consolidé. Les modélisations de l’équipe montrent que des pentes entières du cratère Shackleton pourraient s’effondrer en glissement de terrain sous l’effet d’un tel séisme. Et contrairement aux tremblements de terre, les séismes lunaires peuvent durer des heures.
Deux problèmes distincts, un même calendrier qui recule
Soyons clairs : le report d’Artemis III n’est pas dû aux séismes lunaires. C’est un problème d’ingénierie — bouclier thermique d’Orion, fuite d’hélium sur la fusée SLS, retard des atterrisseurs commerciaux. L’administrateur de la NASA, Jared Isaacman, a estimé que passer directement d’un vol autour de la Lune (Artemis II) à un alunissage habité comportait trop de risques.
Mais les séismes lunaires sont un problème bien réel pour la suite. La co-autrice de l’étude, Renee Weber (NASA), reconnaît que pour une mission courte, le risque sismique est faible. Mais pour un avant-poste permanent — ce que le programme Artemis vise à terme —, la localisation des failles actives devra être prise en compte dans le choix du site.
Thomas Watters résume la situation sans alarmisme : la Lune n’est pas un astre mort. Elle bouge, elle craque, elle tremble. Et c’est exactement là où nous prévoyons de construire que ça se passe le plus.
Source : Watters, T.R. et al. (2024). « Tectonics and Seismicity of the Lunar South Polar Region. » The Planetary Science Journal, 5(1). Lien : https://doi.org/10.3847/PSJ/ad1332


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