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La jeunesse francophone de l’Î.-P.-É. entre pressions et espoirs

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À l'École François-Buote à Charlottetown, la Maison des Jeunes est un refuge pour parler climat, réussite et santé mentale dans un monde sous tension.

15 h… la cloche retentit dans les couloirs de la plus grande école de langue française de l'Île-du-Prince-Édouard. À la sortie des classes, une poignée de jeunes se réunissent à la Maison des Jeunes, nichée dans un recoin du couloir, entre l’élémentaire et le secondaire.

Gérée par JAFLIPE, l’organisme porte-parole de la jeunesse francophone de l'île, la Maison est ouverte tous les après-midis aux jeunes de 7e à la 12e année.

Sur les tables, on trouve des jeux de société, un jeu de fléchettes, une table de soccer, une machine à karaoké et même une console de jeux vidéo, pour pratiquer son français en s’amusant, explique Kouassi Nicodème, l’animateur de la Maison des Jeunes.

Ouverte en octobre 2025, la Maison des Jeunes a déjà ses habitués. Principalement des garçons, qui viennent jouer et discuter quelques heures avant leurs pratiques de soccer, de handball ou de basket-ball.

Quinze minutes après la fin des cours, quatre adolescents ont pris place sur le sofa, les yeux rivés sur la télé fixée au mur. Manettes en main, Raouane Ait Mouloud, Yann Loumou, Yahya Chatri et Noa MacKinnon sont prêts à en découdre sur FIFA.

Raouane Ait Mouloud, Yann Loumou et Yahya Chatri sont assis sur un canapé.

Raouane Ait Mouloud, Yann Loumou et Yahya Chatri sont des habitués de la Maison des Jeunes.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Yann Loumou, en 12e année, aimerait venir plus souvent.

C’est un endroit où tous les élèves de l’école peuvent venir se distraire et avoir un peu plus de connexion, et faire tout cela en français. On parle de n’importe quoi : de l’école, de sports, de ce qu’on fait dans la vie, salue-t-il

Dans quelques mois, Yann Loumou prendra le chemin de l’Université de Moncton, alors il profite de ces précieux moments avec ses amis, entre deux sessions d’examens.

La pression de réussir

À ses côtés, Yahya Chatri, en 11e année, affiche un large sourire. Il vient de marquer cinq buts, assurant la victoire à son équipe.

La Maison des Jeunes l’aide un peu à enlever la fatigue et le stress après l’école.

C’est une année où je dois avoir des bonnes notes pour mes bourses pour l’université. C’est pour ça qu’il y a un peu de pression, explique-t-il.

Yahya Chatri tient une manette de jeux vidéo en main.

Yahya Chatri est passionné de soccer. S'il ne peut pas devenir joueur professionnel, il aimerait devenir infirmier ou agent de bord dans les avions.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

La pression des examens, des compétitions sportives, la pression d’être soi-même, tout simplement, explique Yann Loumou.

Je pense que l'image d'être accepté, vouloir réussir dans la vie, faire ce qu'on veut, c'est quelque chose qui rend la plupart des élèves de nos classes très anxieux. Ils ont peur de ne pas réussir, observe-t-il.

La santé mentale, c’est pourtant quelque chose dont les jeunes parlent rarement entre amis, regrette le jeune homme.

Chacun pense que c'est ma santé mentale, je dois [la] gérer par moi-même au lieu d'en parler aux autres.

Les sujets de préoccupations des adolescents sont pourtant nombreux. À 16 ans, Noa MacKinnon s’inquiète de la planète qui brûle. Lui et sa famille s’efforcent de protéger l’environnement en adaptant leur mode de vie.

On a des voitures électriques, on n'achète pas dans les grands magasins, on achète plus local. On s'assure que les animaux sont bien traités, rapporte-t-il.

En revanche, ce n’est pas un sujet qu'il évoque avec ses amis.

Ils n'aiment pas trop parler du changement climatique. Ils n'en connaissent pas trop sur le sujet. C'est un gros sujet dont on devrait être en train de parler beaucoup plus.

Le poids d’un monde en guerre

L’autre mot qui revient en force dans la bouche des quatre adolescents, c’est la guerre. La guerre en Ukraine, la guerre au Moyen-Orient, la guerre entre Israël et Palestine.

Un monde en guerre qui leur parvient par vagues, bombardés par un flot d’informations et d’images en continu.

Pour ma vie, je garde un peu d'espoir, mais pour la guerre, je pense que c'est pire. Je pense que ça va avoir un impact sur toute la population, on va pas avoir des opportunités comme on avait avant, confie Yahya Chatri.

Yann Loumou s’inquiète également des tensions qui montent au niveau mondial.

La guerre, ça aura beaucoup d'impact : les emplois vont se réduire, les transports aériens, l'immigration. Ça va affecter le côté économique, politique, anticipe-t-il.

Yann Loumou

« Le plus gros problème qu'on voit en ce moment c'est juste la guerre. Je pense pas que nous les jeunes on se préoccupe assez du changement climatique », reconnaît Yann Loumou.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Raouane Ait Mouloud se dit, lui, préoccupé des rumeurs de Troisième Guerre mondiale.

Ça commence à devenir de plus en plus mal à cause de tout ce qui se passe aux États-Unis et autour du monde. À tout moment un pays peut nous attaquer, on ne sait pas, s'alarme-t-il.

L’adolescent redoute plus que tout la destruction des écoles en cas de conflit.

Tu n’as pas d'études pour un long moment, alors que l'école c'est l'une des choses les plus importantes, c'est ça qui nous aide à être cultivés.

L’entraide au défi des écrans

À 12 ans, Raouane Ait Mouloud aime aller à l’école, apprendre de nouvelles choses, parler de ses émotions avec un petit groupe d’amis.

Puis là, si quelqu'un dit que ça ne va pas bien, on va le réconforter, raconte-t-il.

Le garçon a notamment aidé un ami, victime de cyberintimidation, en l’orientant vers des adultes.

Je ne pense pas qu'il y ait une école où il n'y a pas eu une fois une intimidation. Il y a des personnes qui vont t'intimider, qui vont te dire : "tu es mauvais à ce jeu, tu es trop moche, tu sers à rien". Mais tout le monde dans l'école nous soutient, assure-t-il.

Cette solidarité est mise à rude épreuve une fois les portes de l'établissement franchies. Car être un adolescent aujourd’hui, c’est aussi vivre accroché à son téléphone cellulaire, faire défiler les réseaux sociaux pendant des heures et des heures. Instagram, TikTok, Snapchat…

Yann Loumou peut y passer cinq heures par jour, Raouane Ait Mouloud et Yahya Chatri plus de trois. Ils regardent des vidéos drôles, s’échangent des vidéos de sport. Ils s’envoient des réels et des messages sur Instagram.

Yahya Chatri

« Honnêtement, cette dernière période, j'essaie vraiment de m'éloigner du téléphone pour me concentrer plus à l’école », raconte Yahya Chatri.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Ne pas lâcher : cap sur l’université

Raouane Ait Mouloud se laisse également distraire par son téléphone au détriment de ses autres activités. Il a déjà totalement oublié d'étudier pour un test de français à cause de son écran.

Au lieu de sortir, de m'entraîner, j'étais sur mon téléphone, puis là, quand je me disais : "je vais aller jouer", [mais] c'était trop tard.

Pour reprendre le contrôle, Raouane Ait Mouloud s’est fixé des limites strictes : une heure par jour en semaine et deux heures la fin de semaine.

Pour l'aider à respecter ces engagements, ses parents récupèrent son téléphone une heure avant le coucher.

La Maison des Jeunes

La Maison des Jeunes, ouverte en octobre 2025, est gérée par JAFLIPE. L'objectif est aussi de faire vivre le français à l'extérieur des salles de classe.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Quelles que soient leurs angoisses, Raouane Ait Mouloud, Yann Loumou, Yahya Chatri et Noa MacKinnon gardent espoir.

J'aimerais juste dire aux jeunes : ne vous découragez pas. Il y a un proverbe qui dit que si tu veux essayer, on ne peut pas t'arrêter, mais si tu ne veux pas essayer, on ne peut pas te forcer.

C'est un proverbe dont il faut toujours se souvenir et que j'utilise maintenant : quand j'ai envie de réussir quelque chose, mais que je n'y arrive pas, je ne lâche pas, poursuit-il.

Pour Yann Loumou, il est déjà l’heure de rentrer chez lui. Il lâche sa manette, jette son sac sur son épaule… un dernier bye à ses amis. Il s’en va retrouver sa mère et ses manuels scolaires.

En septembre, il partira étudier l’informatique à l’Université de Moncton.

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