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Je ne vous le cache pas : j’ai toujours eu une piètre estime de Donald Trump. J’ai pourtant cru, l’espace d’un printemps, qu’il réussirait là où ses prédécesseurs avaient échoué : desserrer l’étau du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) sur le peuple perse et, par ricochet, tarir la source iranienne qui finance l’islamisation de l’Occident. J’avais tort. Trump n’a pas seulement échoué : il nous laisse dans une situation pire qu’avant.
Souvenons-nous. Au terme de la guerre des douze jours, en 2025, le président jurait que les installations nucléaires iraniennes avaient été « pulvérisées » et que la menace appartenait au passé. Un an, une seconde guerre et des dizaines de milliards plus tard, nous voici ramenés au point de départ, sauf que le régime, lui, en ressort renforcé.
Le mémorandum d’entente signé le 17 juin le confirme sans détour. Le détroit d’Ormuz rouvre sans péage, comme avant la guerre. Washington lève son blocus naval, accorde des dérogations immédiates aux exportations pétrolières iraniennes et aux services bancaires, d’assurance et de transport qui les accompagnent, s’engage à dégeler les avoirs gelés et à lever ses sanctions dans un accord final. S’y ajoute un fonds de reconstruction d’au moins 300 milliards de dollars. En échange de quoi ? L’Iran « réaffirme » qu’il ne fabriquera pas l’arme nucléaire, soit, mot pour mot, ce qui figurait à la première page de l’accord conclu par Barack Obama en 2015, celui-là même que Trump avait fièrement déchiré en 2018.
Tout le reste, l’enrichissement, le sort des stocks d’uranium hautement enrichi, la surveillance internationale, est reporté à une entente globale censée se conclure en soixante jours. Il avait fallu des années pour négocier celle de 2015. Et cette fois, les États-Unis abordent la table en position de faiblesse : pourquoi Téhéran, qui se sait désormais en position de force, leur accorderait-il la moindre confiance ?
La vérité, c’est que Trump n’a jamais fait le poids face à ses interlocuteurs. Les dignitaires du régime iranien sont des fanatiques, mais des fanatiques redoutablement intelligents, patients, passés maîtres dans l’art de la négociation. À ce jeu, l’impulsivité et les rodomontades d’un président qui gouverne au gré de son humeur ne pesaient pas lourd. Ils l’ont lu à livre ouvert et joué en conséquence.
Car l’addition est salée. Le Pentagone chiffrait déjà la guerre à 29 milliards de dollars américains à la mi-mai ; plusieurs experts évoquent 60 à 70 milliards à terme. Et même le prétexte économique, faire retomber le prix de l’essence, ne tient pas la route : l’industrie pétrolière du Golfe ne redémarre pas d’un claquement de doigts. Le Qatar évoque trois à cinq ans avant de retrouver sa production d’avant-guerre, et la prime de risque exigée par les assureurs maritimes maintiendra les prix élevés. Des dizaines de milliards, donc, pour revenir à la case départ — en plus mauvaise posture qu’au départ.
Voilà le vrai prix d’une guerre que l’on n’a pas le courage de mener à terme. Le régime des mollahs est toujours debout ; pire, il est désormais dirigé par un homme plus belliqueux encore que son prédécesseur. On ne neutralise pas une menace existentielle en la frappant à demi : on l’endurcit. Le CGRI, affaibli mais bien vivant, aura tout le loisir de se reconstituer, plus dur, plus radical, et c’est le peuple iranien, qu’il continue de massacrer, qui paiera la note de cet abandon.
Sur le terrain, l’encre du protocole n’était pas sèche qu’Israël, qui n’en est même pas signataire, frappait déjà le Liban et annonçait vouloir y demeurer aussi longtemps qu’il le jugerait nécessaire. Quant aux monarchies du Golfe, qui n’ont jamais voulu de cette guerre, elles s’éloignent peu à peu de la protection américaine pour bâtir leurs propres alliances. Beau résultat pour la première puissance mondiale.
Ce fiasco a un coût politique. La cote d’approbation de Trump frôle ses planchers historiques, autour de 33 %. À peine 29 % des Américains approuvent sa gestion de l’Iran, et une majorité juge que cette guerre n’en valait pas la peine. À l’approche des élections de mi-mandat, les démocrates mènent nettement sur le bulletin générique. La base MAGA (Make America Great Again), peu sensible aux subtilités géopolitiques mais très sensible au prix à la pompe, déchante. Le revers de novembre se dessine déjà.
Et il y a ce fonds de 300 milliards. On le qualifie de « privé », alimenté par des investisseurs américains et du Golfe, précisément la région où les intérêts d’affaires de la famille Trump sont les plus enchevêtrés. Qu’un président préside à la répartition d’une telle manne là où prospèrent ses propres affaires n’est pas un détail anodin : c’est un conflit d’intérêts béant. La justice finira bien par le rattraper.
Reste l’aveuglement de notre propre classe politique. Notre premier ministre, Mark Carney, m’apparaît d’une complaisance navrante devant ces enjeux. Car la menace n’est pas que proche-orientale. L’islamisme, qu’il faut soigneusement distinguer de l’islam comme religion, est un projet politique, et notre pays n’en est plus à l’abri : la tension monte autour de manifestations où s’affichent les drapeaux du Hamas et du Hezbollah, avant-goût de ce que plusieurs villes européennes connaissent déjà. Détourner le regard, par confort idéologique, n’est pas de la tolérance. C’est de la naïveté, et la naïveté, on le sait, finit toujours par se payer.
Donald Trump promettait d’être l’homme fort face à Téhéran. Il restera celui qui aura saigné le Trésor pour offrir aux mollahs ce qu’ils n’osaient même plus espérer : du temps, de l’argent et l’impunité. Sa « victoire » a le visage d’une capitulation, et l’Histoire, elle, ne signe pas de mémorandum.


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