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«L'un des plus importants de l'histoire de l'État d'Israël.» Les mots sont signés du ministère israélien de la Défense et soulignent l'envergure du contrat d'armement signé le 31 août 2026 à Tel Aviv entre la Grèce et Israël. D'une valeur de trois milliards d'euros, le «Bouclier d'Achille», pensé sur le modèle du Dôme de fer israélien, consiste en un système intégré de défense aérienne et antimissile destiné à protéger le territoire grec contre les drones, les avions, les missiles de croisière et les missiles balistiques.
«Israël et la Grèce partagent des intérêts stratégiques communs et sont confrontés aux mêmes défis régionaux», assurait alors Israel Katz, le ministre de la Défense israélien. «À une époque où des acteurs aux ambitions hégémoniques cherchent à étendre leur influence et à saper la stabilité dans la région, Israël et la Grèce continueront de renforcer leur coopération en matière de défense et de stratégie», a-t-il ajouté.
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En avril, les deux pays avaient déjà conclu un accord d'environ 656 millions d'euros portant sur l'acquisition de systèmes de lance-roquettes de précision Puls, conçus par l'entreprise israélienne Elbit Systems. Ces équipements étaient destinés à être déployés sur plusieurs îles grecques de la mer Égée.
3+1
La multiplication de ces contrats s'inscrit dans une évolution rapide des relations diplomatiques entre les deux pays et Chypre ces dix dernières années, motivée par la menace que constituerait un rival régional, la Turquie. Les velléités expansionnistes d'Ankara justifient une alliance sécuritaire et militaire entre la Grèce, Israël et Chypre, matérialisée par un sommet trilatéral annuel depuis dix ans.
«On parle souvent d'une alliance gréco-israélienne, mais Israël ne va pas prendre le parti de la Grèce contre la Turquie», tempère George Tzogopoulos. «Il existe simplement une bonne affinité, notamment dans le secteur de la défense, en pleine évolution», ajoute le chercheur à la Fondation Hellénique pour la politique européenne et étrangère (ELIAMEP).
Les enjeux énergétiques, la recherche d'hydrocarbures et l'interconnexion en Méditerranée orientale constituent un autre versant du rapprochement entre ces trois pays. Deux projets pharaoniques sont en discussion depuis plusieurs années, le Gazoduc EastMed et le Great sea interconnecter (GSI), tandis qu'un Centre de l'énergie de la Méditerranée orientale a été inauguré en juin sous un format désormais éprouvé 3+1: Grèce, Chypre, Israël+États-Unis. «La Grèce (et Chypre) tentent d'en tirer profit par tous les moyens. Entre autres, le rôle du lobby israélien aux États-Unis et le soutien public qu'il apporte souvent aux positions grecques et chypriotes sont importants», ajoute George Tzogopoulos.
Car la Grèce travaille ardemment au renforcement des relations avec les États-Unis, en atteste la visite de Marco Rubio à Athènes et les multiples accords signés avec Washington dans les domaines militaires et énergétiques ces derniers mois.
Terre d'accueil
Mais à l'heure où la communauté internationale s'indigne plus vocalement sur les crimes commis par l'armée israélienne en Palestine, et tandis que les chancelleries européennes prennent leur distance avec Tel Aviv pour condamner ce que certains observateurs qualifient de génocide, imposant parfois des sanctions, Athènes s'affirme comme le principal soutien européen, et la Grèce comme une terre d'accueil.
En mai, cent-soixante-seize militants de «la flottille pour Gaza» étaient débarqués en Crète après leur arrestation par les forces israéliennes au large de l'île grecque après un accord entre Israël et la Grèce. Plusieurs États, dont des ressortissants figuraient parmi les personnes arrêtées, ont réagi, l'Italie demandant notamment leur libération, tandis que l'Espagne, la Turquie ou le Pakistan dénonçaient «des violations flagrantes du droit international» par Israël. Le débarquement des militants avait été coordonné par le ministère, les garde-côtes, l'état-major de l'armée grecque et la préfecture de Crète. Pour l'ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, la Grèce s'apparente désormais à un «satellite» et un «serviteur» d'Israël. Le gouvernement conservateur «a complètement embrassé l'ultra-sionisme».
Intervention directe ou discrète, la présence israélienne pénètre la société grecque sous plusieurs formes ces dernières années. En 2021, un immense scandale d'écoutes téléphoniques avait ébranlé le gouvernement conservateur et entraîné la démission de Grigoris Dimitriadis, chef du cabinet (et neveu) du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis.
La mise sur écoute de journalistes, d'opposants politiques, de hauts-gradés, d'entrepreneurs ou de magistrats avait été rendue possible par l'utilisation du logiciel espion Predator, commercialisé par la société israélienne Intellexa. Le 26 février 2026, le tribunal d'Athènes a condamné quatre personnes, tandis que le procureur a évoqué la possibilité d'une collaboration avec des forces étatiques étrangères.
L'influence du lobby pro-israélien Elnet, largement documentée à l'échelle internationale, œuvre par ailleurs au développement des intérêts israéliens en Grèce et participe à l'alignement des positions parlementaires grecs sur les intérêts israéliens.
Au parlement, le groupe d'amitié Grèce-Israël est le deuxième plus important avec 38 députés, juste derrière le groupe d'amitié avec les États-Unis. C'est largement plus que les groupes d'amitiés Grèce-France (22) ou Grèce-Chine (18). Portés par l'embellie des relations diplomatiques, les investissements israéliens en Grèce atteignent aujourd'hui des niveaux records, estimés à 1,5 milliards d'euros en comptabilisant les investissements réalisés par les filières et holding de sociétés israéliennes dans des pays tiers.
À la défense et l'énergie s'ajoutent les secteurs de l'immobilier et du tourisme. D'après une enquête menée en 2025 par le réseau d'agences RE/MAX Hellas, les acheteurs israéliens sont désormais les plus nombreux parmi les acquéreurs étrangers de biens immobiliers. Selon les données de la Banque de Grèce pour 2024, les flux de capitaux en provenance d'Israël dirigés vers le marché immobilier grec ont enregistré une augmentation annuelle de 46,5% pour atteindre 129 millions d'euros. Un chiffre qui, là aussi, ne prend pas en compte les sociétés et holdings ouvertes dans d'autres pays opérant pour le compte d'hommes d'affaires israéliens.
À l'aéroport Eleftherios Venizelos d'Athènes, les visiteurs israéliens sont invités, en hébreu, à investir dans l'immobilier. «Ne repartez pas sans avoir acheté une maison en Grèce», peut-on lire sur des affiches publicitaires.
Tensions internes
Mais parmi ces acquisitions immobilières, plusieurs suscitent la crispation. En banlieue de Thessalonique, dans le nord du pays, le projet Neorama se présente comme un «village international» et un «kibboutz israélien». En Crète, le projet d'une école privée par des résidents israéliens provoque une vive contestation locale, tandis qu'à Lesvos, les tensions entre locaux et investisseurs israéliens s'exacerbent. De la gauche à l'extrême-droite, des députés grecs ont interpellé le gouvernement au parlement sur plusieurs de ces projets immobiliers.
L'industrie touristique, fleuron de l'économie grecque, se trouve également au centre de ces tensions, alors que plusieurs grands projets sont portés par des investisseurs israéliens et que les incidents avec des touristes en provenance d'Israël se sont multipliés ces deux dernières années. «J'ai honte que l'État grec développe une telle relation avec l'État génocidaire d'Israël», témoigne Ploutarchos Vergis.
L'activiste pro-palestinien, membre du mouvement March To Gaza, regrette que ces relations offrent un sentiment d'impunité aux Israéliens en Grèce. «En août on a réalisé plus d'une centaine de manifestations à travers le pays, et on a été confrontés à des touristes israéliens qui n'acceptaient pas que nous défilions pour soutenir la Palestine», regrette-t-il. «Ce qu'il se passe à Gaza, c'est un miroir de nos sociétés», pense l'homme de 35 ans.





























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