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La «game» qui était devant nous

1 week_ago 23

         

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Mercredi soir, les Hurricanes ont eu besoin d’un peu moins de trois minutes pour couper les jambes du Canadien. Trois minutes, trois buts. C’est là que, pour le dire comme un partisan interrogé sur les ondes de TVA Sports et sans doute plus versé dans le vélo que dans le pédalage verbal d’après-match : « la chaîne a débarqué ».

À peine une heure plus tôt, j’avais ressenti comme une bouffée d’espoir lorsque mon ado m’avait mis au parfum de la rumeur qui circulait : St-Louis allait ramener le gros Xhekaj à la ligne bleue pour protéger le joyau de l’équipe, son avenir, sans parler d’un investissement de 70 800 000 $US (98 000 000 en devises canadiennes) : Lane Hutson, agile comme une ballerine du Bolchoï mais léger comme une plume. Sur le bout des orteils et après avoir ingurgité une grosse poutine Boogalou de la Banquise, ça lui prend tout pour faire ses cinq pieds neuf et ses cent soixante livres. Et ce jeune gars, en ce rude mois de mai, était le joueur le plus souvent mis en échec des séries ? Pensez-vous que les Bruins de la belle époque auraient laissé leurs adversaires bardasser Bobby Orr ?

Des esprits hardis allaient même jusqu’à évoquer la possibilité d’aligner Xhekaj à l’avant, où le Shérif n’aurait eu qu’à se planter dans la face du gardien et à bousculer tout ce qui bouge dans le demi-cercle en attendant d’hypothétiques tirs du Canadien. Après s’être fait complètement dominer sur le plan physique depuis deux matchs (88 mises en échec contre 34), Canadien n’avait-il pas le devoir d’injecter un peu de muscle dans sa formation ? St-Louis a préféré ramener la même équipe gentille sur la glace du Centre Bell, et le gardien Andersen, déjà mort de rire devant la quantité anémique de lancers décochés dans sa direction, a pu garder la pose devant sa cage sans être le moindrement dérangé.

Gentille, cette équipe ? Ce qu’il manque au Canadien, c’est un haïssable, un gars capable à la fois de scorer et de s’incruster dans la tête de ceux d’en face. Un Claude Lemieux, qu’il repose en paix, un Tkachuk, voire un Sam Bennett. Dans l’absolu, le talent de nos Glorieux est beau à voir aller, mais dans le coffre à outils du CH, ça manque un chouïa de papier sablé. Dans la série contre le Lightning, on avait l’impression que Josh Anderson serait cet homme-là. Non seulement il frappait solide, mais quand ça se mettait à brasser, il était de toutes les échauffourées.

Menaçant à l’attaque, il semble incapable de jouer, comme un Tom Wilson, sur les deux tableaux. Promu sur le premier trio, il a oublié sa robustesse au vestiaire : pas de coup d’épaule semi-légal du genre à donner des arrière-pensées aux défenseurs, ni de rentre-dedans le long des bandes pour élargir l’espace de manœuvre de son capitaine, méconnaissable au cours des deux derniers matchs.

Notre Anderson, ce soir-là, n’a pas trouvé mieux que de récolter une couple de pénalités stupides au pire moment. Et il ne faisait plus peur à personne.

Après la froide et méthodique raclée du 27 mai, une citation de Martin St-Louis, que j’ai été incapable de retrouver au milieu de toutes les formules colorées sorties de la bouche du coach du Canadien qui encombrent les Internets, m’est revenue à l’esprit : « Il faut que tu joues la game qui est devant toi. »

Penchons-nous un instant sur le sens profond de cet énoncé. Cette fois, il ne s’agit plus d’amener « ta game à la game », mais bien de jouer la game qui se joue « devant toi ». Et devant toi, sur la glace, il y a quoi ? Les joueurs de l’autre club, tes semblables, tes frères. Avec leur personnalité distincte et leur propre philosophie d’équipe. Je pense que St-Louis voulait parler de l’importance de reconnaître l’Autre en tant qu’autre « étant », au sens heideggerien du terme, et de la capacité d’adaptation stratégique qu’implique cette reconnaissance de l’Autre en tant qu’étant dans l’étant.

De toute manière, ça n’a pas empêché Canadien de se laisser embouteiller au centre de la patinoire par des Hurricanes que d’aucuns ont comparés aux doubles champions en titre de la Stanley, les Panthers, pour cet art de fermer le jeu et de bouffer tout l’espace autour des McDavid et des Caufield de ce monde.

À certains moments du calvaire de mercredi dernier, on se serait crus ramenés trente ans en arrière, à la grande époque de Coco Lemaire et de son Système, la fameuse « trappe », qui, entre 1995 et 2003, a donné trois Coupes aux Devils et offert, aux amateurs de hockey du New Jersey et d’ailleurs, des douzaines de matchs aussi palpitants qu’un tournoi de poches au CHSLD.

D’ailleurs, quel éteignoir que ce quatrième match de la série Canadien-Hurricanes ! Même la foule la plus animée et bruyante de la Ligue nationale s’y est laissée prendre. Avant la brève explosion offensive des Canes aux trois quarts de la première période, on avait déjà l’impression que la marée de chandails rouges, dans les gradins, était plus somnolente qu’autre chose. Il faut dire que la tenue de la Sainte-Flanelle essuyant assaut sur assaut dans sa zone n’avait rien pour rassurer les croyants.

Au moins, on n’avait pas pris de but dans les deux premières minutes. Et comme par hasard, ce soir-là, j’avais enfilé mon t-shirt de Suzuki bien avant le début du match, c’était le moins que je pouvais faire pour ces gars-là.

Je vous explique : le 14 mai à Buffalo, Montréal accorde un but après seulement deux minutes de jeu. « Tu portes pas ton t-shirt des Canadiens ? » me demande quelqu’un. Une fois cet oubli réparé, Canadien marque quatre minutes plus tard, en route vers une victoire de 6-3. Montréal, 16 mai. J’ai encore oublié d’enfiler mon t-shirt de Suzuki et les Sabres n’ont besoin que de 32 secondes pour la mettre dedans. Je serai de retour, vêtu de rouge, assez rapidement pour voir Xhekaj leur donner la réplique, imité un peu plus tard par Demidov et Evans.

Raleigh, 21 mai. Merde, j’ai oublié mon t-shirt ! Trop tard. À peine 33 secondes se sont écoulées avant que Seth Jarvis n’ouvre la marque. Déboulant les escaliers tout en enfilant mon gaminet, je me pointe en vue de la télé au moment précis où Caufield fait 1-1 ! On connaît la suite. Raleigh, 23 mai. Le premier but des Hurricanes survient à 2 min 33 s, et devinez quoi ? Je n’avais pas mon t-shirt du Canadien. Mais il me suffit de l’arborer pour qu’Anderson inscrive le premier de ses deux buts de la soirée.

Si Canadien est encore en vie demain matin, je vais le porter, sans le laver, jusqu’à dimanche soir.

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