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Bonne nouvelle : l’électricité vaut parfois moins que rien, mauvaise nouvelle : votre facture n’a pas reçu le mémo.
Pendant ce temps, personne n’a encore aperçu une facture EDF négative dans sa boîte aux lettres. Le paradoxe mérite donc mieux qu’un communiqué triomphant sur la baisse des prix de gros.
Trop d’électricité au mauvais moment
Le phénomène se concentre principalement au printemps et en été, en milieu de journée. La consommation baisse tandis que le solaire produit à plein régime, auquel s’ajoutent l’éolien, l’hydraulique et un parc nucléaire français redevenu très disponible.
Lorsque l’offre dépasse largement la demande, les prix s’effondrent. RTE explique lui-même que les épisodes négatifs apparaissent notamment lorsque la production renouvelable est élevée et la consommation faible.
Le nucléaire doit également s’adapter. En 2025, sa modulation a représenté plusieurs dizaines de TWh. RTE précise que ces baisses de puissance interviennent désormais davantage lors des après-midi où la production renouvelable est abondante et les prix particulièrement faibles.
Autrement dit : nous disposons d’une électricité bas carbone abondante, mais pas toujours au moment où le marché sait quoi en faire.
Subventionner quand le prix tombe sous zéro
La situation devient plus cocasse avec certains anciens mécanismes de soutien. Pendant des années, l’éolien terrestre a bénéficié de contrats d’obligation d’achat garantissant un tarif indépendant du prix instantané du marché. Le tarif historique de référence était fixé à 82 euros/MWh, avec indexation.
Les dispositifs plus récents ont été modifiés pour éviter de rémunérer aveuglément une production dont le marché n’a momentanément pas besoin. La CRE a notamment organisé depuis 2026 l’arrêt de certains grands parcs sous obligation d’achat pendant les prix négatifs.
Preuve que le problème n’était pas totalement imaginaire.
La France exporte beaucoup, parfois très bon marché
Contrairement à une idée séduisante mais fausse, la France ne donne pas toute son électricité à ses voisins. Elle a même battu en 2025 un record avec 92,3 TWh d’exportations nettes, valorisées 5,4 milliards d’euros.
Le prix moyen des volumes exportés s’est établi à 59 euros/MWh. Mais 13 % de ces volumes sont tout de même partis à moins de 10 euros/MWh.
Le marché européen joue ici son rôle de gigantesque tuyauterie : lorsque l’électricité déborde quelque part, elle traverse les frontières vers les zones où elle trouve encore un débouché. L’Allemagne, sortie du nucléaire, est restée importatrice nette de 21,9 TWh en 2025.
Le prix s’écroule, la facture augmente
Et voici le tour de magie final.
Le tarif payé par un ménage ne correspond pas au prix spot de midi. Il additionne le coût d’approvisionnement, le réseau, le mécanisme de capacité et les taxes. Les achats sont également lissés sur une période longue.
Ainsi, après une année comptant 513 heures à prix négatif et des exportations record, le tarif réglementé a augmenté en moyenne de 2,5 % au 1er août 2026, décision acceptée par le gouvernement.
Le marché de gros peut donc afficher -10, -50 ou -100 euros pendant quelques heures : le compteur Linky, lui, n’organise toujours pas de remboursement surprise.
Le vrai sujet n’est donc pas de prétendre que la France « donne » son électricité. Les chiffres ne le permettent pas. Il est de comprendre pourquoi une production française aussi abondante et compétitive peut connaître des centaines d’heures de prix négatifs sans que le consommateur bénéficie directement de cette abondance.
Le marché européen sait parfaitement faire circuler les électrons. Pour faire circuler la baisse jusqu’à la facture, le trajet semble manifestement plus long.


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