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La « France à Macron » a-t-elle un problème avec le maintien de l’ordre ?

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Lycéens et Gilets jaunes appellent à manifester ce samedi. Le Premier ministre dit « redouter de la violence ». Les manifestants, la stratégie de maintien de l’ordre.

Paris, le 6 octobre 2026.  Professeurs, élus (LFI), parents d’éleves (FCPE) et militants syndicaux (CGT, FO...) sont venus soutenir et proteger la mobilisation des lyceens. Ici une charge policière sur le cordon de securite (Photo by Valérie Dubois / Hans Lucas via AFP)

VALERIE DUBOIS / Hans Lucas via AFP

Paris, le 6 octobre 2026. Professeurs, élus (LFI), parents d’éleves (FCPE) et militants syndicaux (CGT, FO...) sont venus soutenir et proteger la mobilisation des lyceens. Ici une charge policière sur le cordon de securite (Photo by Valérie Dubois / Hans Lucas via AFP)

L’histoire se répète. Emmanuel Macron qui dix-huit mois après son entrée à l’Élysée avait dû composer avec le mouvement des Gilets Jaunes le voit resurgir à sept mois de la fin de son second mandat. Hasard des luttes sociales, l’appel à manifester ce samedi 17 octobre s’inscrit en plein dans une contestation lycéenne marquée par des violences. Un contexte qui remet la lumière sur les difficultés de l’exécutif à assurer le maintien de l’ordre.

Après trois semaines de mobilisation dans les lycées, 36 enquêtes ont été ouvertes par l’IGPN dont quatre pour des « blessures mutilantes » sur les manifestants, selon les chiffres fournis par l’Intérieur. On compte plus de 200 blessés dans les rangs des lycéens, 147 parmi les personnels de l’Éducation nationale et « près de 900 » au sein des forces de l’ordre. Huit ans plus tôt, après un an de mobilisation des Gilets jaunes, les données officielles faisaient état de près de 2 500 blessés chez les manifestants, dont de très nombreuses mutilations et 1 500 du côté de la police. Sans oublier Zineb Redouane, morte après avoir reçu une grenade lacrymogène alors qu’elle se trouvait chez elle.

Entre les deux séquences, d’autres évènements sont venus interroger la doctrine de l’ordre mise en œuvre sous la présidence d’Emmanuel Macron : la mort de Steve Maia Caniço à Nantes en 2019, les manifestations contre la réforme des retraites, la contestation à Sainte-Soline en 2023… Mais aussi la finale de la Ligue des Champions en 2022, évènement festif qui a tourné au fiasco au point d’interroger le monde entier sur la capacité de la France à accueillir les Jeux Olympiques deux ans plus tard. Car quel que soit le contexte, une même question revient : la « France à Macron » a-t-elle un problème avec le maintien de l’ordre ?

Deux « branches » d’une même doctrine

La doctrine française se décompose en « deux branches », explique au HuffPost Sebastian Roché, directeur de recherches au CNRS et auteur de La police contre la rue (ed. Grasset). L’une privilégie le maintien à distance des manifestants, quand l’autre est plus portée sur des actions, avec parfois le risque de voir la situation dégénérer. La première branche a longtemps été priorisée. « L'idée était qu’on peut tolérer un peu de casse, un face-à-face mais on va éviter le corps à corps et le fait que des manifestants soient éventuellement blessés », décrypte pour Le HuffPost Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales.

Cette vision s’est développée après Mai 68 et a coïncidé avec une professionnalisation des forces de l’ordre. Elle a perduré jusqu’aux débuts des années 2000, mais a été percutée par un drame impossible à oublier : la mort de Malik Oussekine, tué en 1986 sous les coups de l’unité des Voltigeurs. « Après la mort de Malik Oussekine, les Voltigeurs ont été rapidement dissous. La branche qui priorise la violence dans l’exercice de leurs fonctions est rabotée. Et la branche de professionnalisation est développée », résume Sebastian Roché.

Avant 2017, des signes d’évolution avant-coureurs

Trente ans plus tard, le schéma s’est inversé. La faute à une accumulation de facteurs, avant d’être celle d’un seul homme. Tous les rapports parlementaires réalisés avant et pendant les mandats d’Emmanuel Macron insistent sur la nouvelle méthode d’organisation des manifestations, excluant les organisations syndicales - et donc leurs services d’ordre et interlocuteurs désignés - qui empêchent la coordination avec les forces de l’ordre. Gilets jaunes et contestations lycéennes, nés et gérés sur les réseaux sociaux, en sont l’illustration la plus aboutie.

Parmi les autres facteurs, on peut citer le manque de formation sur la gestion des foules des renforts envoyés auprès des CRS et la gendarmerie mobile, qui eux sont spécialisés. La « pression » mise sur les pouvoirs publics quand les chaînes d’information et les réseaux sociaux diffusent en boucle des images de dégradations de l’espace public. Mais aussi la présence de groupes violents, qui s’infiltrent dans des cortèges pacifiques ou revendiquent des actions plus musclées comme lors du sommet de l’Otan à Strasbourg en 2009.

« À partir de là, la doctrine commence à évoluer vers une judiciarisation du maintien de l’ordre : il faut interpeller les fauteurs de troubles et pour les interpeller, il faut aller au contact », explique Mathieu Zagrodzki. Après la mort de Rémi Fraisse en 2014, la loi Travail de 2016, où plus de 800 gardes à vue avaient été recensées, peut apparaître comme « l’aboutissement » de cette évolution, estime-t-il. Avant, donc, l’arrivée d’Emmanuel Macron à la tête de l’État.

« Le tournant du maitien de l’ordre est complètement acté sous Macron »

C’est par l’explosion des violences que le gouvernement de Sébastien Lecornu justifie l’ampleur de la réponse policière face aux lycéens. « Les actions violentes fréquemment constatées ont fait basculer le mouvement lycéen dans ce que nous assumons de qualifier de “violences urbaines” », a assumé Laurent Nunez devant les sénateurs le 13 octobre. Quarante-huit heures avant la manifestation du 17 octobre, le Premier ministre a dit « redouter de la violence », jugeant que « nous n’arrivons plus à avoir une manifestation dans ce pays » sans que « des mouvements violents de l’ultra-gauche notamment, parfois de l’ultra-droite (...) s’insèrent (...) dans les cortèges ». Les grenades assourdissantes, dont l’usage avait été suspendu après la mutilation d’un adolescent à Lens, ont été réautorisées.

Mais cette ligne de défense est fragile. Les chiffres tout d’abord. Selon les données de l’Acled, une organisation internationale indépendante qui recense les manifestations et conflits dans le monde, analysées par franceinfo, la France est le 2e pays où la police intervient le plus dans les manifestations, y compris pacifiques. Même position dans le classement des pays épinglés pour usage « excessif » de la force, susceptible d’engendrer des blessures graves. Le contre-exemple ensuite, avec la contestation contre le Contrat Première Embauche (CPE) de 2006. En marge des blocages des universités, plus de 4 000 personnes sont interpellées. Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy adopte « une position de fermeté de principe, relève Sebastian Roché, mais quand vous regardez les instructions qui sont données pour les grandes manifestations, ce sont des instructions de modération. » Ce qui lui sera par la suite reproché… par un syndicat de police. Stratégie politicienne pour servir ses ambitions présidentielles ou volonté d’éviter un drame ?

La séquence illustre surtout le poids de la décision politique dans la stratégie du maintien de l’ordre. « Le basculement dans la doctrine vient de l’approche politique sur l’utilité et l’emploi de la police des foules », analyse Sebastian Roché pour qui « le tournant est complètement acté sous la présidence d’Emmanuel Macron. » Car privilégier la mise à distance ou au contraire le contact avec les manifestants, avec tous les risques que cela peut engendrer, est avant tout un choix pris au sommet de la chaîne. En l’occurrence, à l’Élysée.

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