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À Cherbourg (Manche), les plongeurs-démineurs de la Marine nationale neutralisent les munitions anciennes. Au large d’Urville, un entraînement révèle les exigences de leur métier.
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Par Frédéric Patard Publié le 17 oct. 2026 à 14h02
À l’occasion des 400 ans de la Marine nationale, La Presse de la Manche vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui la font vivre.
Au large d’Urville-Nacqueville, le Magnolia, vedette d’intervention du 1er GPD (Groupe des Plongeurs-Démineurs) fait des ronds dans l’eau. Ça fait très exactement 10 minutes (pas une de plus) que tout le monde à bord observe la surface de l’eau, quand six têtes apparaissent. C’est bon, tout le monde est là. Les 6 hommes nagent vigoureusement vers le Magnolia, montent à bord et se débarrassent de leur matériel : bouteilles, masque, palmes… Exercice réussi, on peut rentrer à Cherbourg.
2 bateaux, 2 caissons, 4 soignants
À Cherbourg, le 1er GPD dispose du Vulcain, bâtiment-base, et de la vedette Magnolia. Ces deux navires ont à leur bord un caisson hyperbare où peuvent prendre place les victimes d'un accident de décompression. À bord, il y a également toujours un soignant : le 1er GPD a son propre médecin et 3 infirmiers hyperbaristes.
« Aucune plongée n’est anodine »
« La mer n’est pas un milieu naturel pour l’homme, le corps a besoin de s’entraîner, de s’adapter, notamment quand on parle de plongées profondes », explique le lieutenant de vaisseau Jean-Baptiste, commandant adjoint du GPD Manche/mer du Nord.
Si on n’a pas plongé depuis 15 jours, on ne pourra pas aller au plus profond en une seule fois. Donc, on y va par tranches. On plonge d’abord jusqu’à – 25 mètres. Alors, on peut plonger en seconde tranche (jusqu’à – 35). Et ensuite, on pourra plonger au-delà de 35.

Avant d’aller mouiller au large d’Urville, la sortie a été soigneusement préparée en amont, et un briefing a rassemblé les hommes avant l’embarquement. Météo, courants, marée, qui fait quoi, quel canal radio, vitesse de descente au fond, vitesse de remontée… Rien n’est laissé au hasard, tous les détails techniques réglés au millimètre et à la minute près (les 10 minutes de tout à l’heure). « Aucune plongée n’est anodine », précise le maître-principal Teddy.
Par exemple, le respect du timing est essentiel parce qu’ici en Manche, les courants sont généralement forts, et que leur puissance et leur durée varient selon que l’on est en mortes eaux ou en vives eaux. 10 minutes de retard, ça peut devenir dangereux.
« Toujours dangereuses »
Ça, c’est pour le côté plongeur. Mais dans plongeur-démineur, il y a aussi le mot démineur.
Notre première mission est de neutraliser les munitions historiques (Première et Seconde Guerres mondiales) que l’on peut trouver sur le littoral et au fond de l’eau : obus, mines, grenades…
« Et comme la mer de la Manche est un secteur où on s’est beaucoup battu, on a du travail ! Grosso modo, on a une intervention par semaine. En rade de Cherbourg, on peut encore retrouver des obus ou des mines. Du côté de Calais, il y a d’anciens spots de déminage américains qui datent de l’après-guerre : le travail n’a pas été bien fait, et c’est pour nous. Il suffit d’un chantier qui déplace des bancs de sable, et des obus apparaissent. »

Chaque façade maritime française a son GPD, et c’est nous qui arrivons de loin en tête pour le contre-minage des munitions historiques. Et ce n’est pas parce qu’elles ont 80 ou 100 ans qu’elles ne sont plus dangereuses.
Une vraie mission de service public
Pour le contre-minage, les hommes du GPD sont régulièrement formés, travaillant à identifier précisément chaque munition pour savoir comment procéder sur le terrain. « On a notre expérience aussi. Et surtout, on doit se poser les bonnes questions à chaque instant, réfléchir pour trouver la solution de destruction la plus simple et la moins dangereuse », raconte le maître-principal Teddy.
C’est assez valorisant de savoir qu’on élimine un danger pour la population. C’est une vraie mission de service public.
Contre-minage, mode d’emploi (avec le maître-principal Teddy)
« Quand un promeneur trouve une munition sur le littoral, il contacte les gendarmes. On reçoit alors un message de découverte, des photos. On fait une première analyse qui détermine si c’est urgent ou pas. On voit si on peut détruire ou pas en fonction de la population, de l’environnement. Puis on se rend sur place, on fait une zone d’exclusion de 400 à 1 500 m selon la puissance de la munition. Parfois, il faut confiner les gens, les évacuer, fermer les écoles… Quand le périmètre de sécurité est clair, on commence alors à travailler sur la munition. L’objectif, c’est de la détruire en limitant les éclats et l’impact sur l’environnement. Plusieurs solutions : un explosif qui va détruire totalement la munition ou des petites charges pour la détruire en limitant l’impact. On peut aussi la recouvrir de sable ou l’entourer de big bags, avant de la pétarder.
En mer, si on peut opérer sur place, on place les charges et on détruit. Mais parfois il faut déplacer la munition parce que celle-ci se trouve trop près d’une épave, d’un gazoduc, d’une ligne électrique, ou qu’il n’y a pas assez de hauteur d’eau (10 mètres minimum). On la remorque alors vers un point qu’on a repéré à l’avance pour la neutraliser.
Sur les chantiers d’installation d’éoliennes offshore qu’il y a actuellement en Manche, des entreprises spécialisées ratissent au sonar les secteurs concernés avant le début du chantier. S’ils trouvent quelque chose, c’est à nous d’aller contre-miner. Même principe au Havre où ils sont actuellement en train de modifier le tracé du port. »
Les plongeurs-démineurs sont aussi appelés pour effectuer toutes sortes de travaux sous-marins : soudure, relevage d’épaves, lutte antipollution…
Quand l’ouragan Irma avait dévasté les Antilles en 2017, les plongeurs du GPD avaient été appelés en renfort pour dégager les chenaux d’accès aux ports.
« Théoriquement, on n’intervient pas à terre, mais le Procureur peut nous réquisitionner si un colis suspect est repéré en gare de Cherbourg, et que les services de déminage civil sont déjà occupés sur une autre opération. »

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