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La formation pour la conduite de camions lourds fait défaut en Ontario, déplore la VG

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Le processus de formation des conducteurs de camions lourds en Ontario compte des failles, selon la vérificatrice générale (VG) de la province, et ce, même si ce type de véhicule pose un risque de décès plus important sur les routes.

La VG, Shelley Spence, s’est penchée sur la formation offerte aux conducteurs de camions lourds nécessitant un permis de catégorie A ou D, qui se distingue par le poids maximal du véhicule tracté.

Mme Spence signale mardi que certains établissements scolaires privés inscrits auprès du ministère des Collèges et des Universités (MCUERS) offrant la formation obligatoire pour le permis de catégorie A – appelée FCD – avaient falsifié des documents d’étudiants ou n'avaient jamais fait l’objet d’une inspection.

Shelley Spence en conférence de presse à l'Assemblée législative à Toronto, le 2 décembre 2025.

La vérificatrice générale de l'Ontario, Shelley Spence (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Sammy Kogan

Nous avons déterminé que, en date de mars 2025, 54 (25 %) des 216 collèges privés d’enseignement professionnel inscrits qui offrent activement un programme de FCD n’avaient jamais fait l’objet d’une inspection.

Les camions lourds commerciaux ne représentent que 3 % environ des véhicules qui sillonnent les routes de l’Ontario; par contre, la proportion de collisions mortelles mettant en cause un camion lourd commercial entre 2019 et 2023 s’établit à 12 %, apprend-on dans le document.

Pour cette raison, une supervision forte et cohérente de l'octroi de permis demeure un enjeu de sécurité publique, a déclaré Mme Shelley lors d'un point de presse mardi à l'Assemblée législative de l'Ontario. La sécurité routière, dit-elle, dépend non seulement des règles, mais aussi de formations, d'évaluations et d'une application de la loi cohérente.

Des moniteurs parfois inattentifs

Pour obtenir leur permis de catégorie A, les apprentis conducteurs suivent habituellement une formation FCD dans un établissement privé avant de passer un examen dans un centre Test au Volant. À chaque étape du processus, la VG a découvert des problèmes.

Par exemple, la FCD doit prendre au minimum 103,5 heures en tout (dont 36,5 heures en classe). Le bureau de la VG a lui-même inscrit des étudiants dans des établissements entre juin et décembre 2025 pour évaluer cette norme. Il a constaté que deux collèges privés offraient respectivement 59,5 heures et 81 heures de formation.

Un camion de transport alimentaire devant une usine du groupe Scotlynn, en Ontario.

La vérificatrice générale s'est penchée sur l'octroi de permis pour les conducteurs de camions lourds. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

La qualité de l’éducation est aussi remise en question par la VG. Son rapport note que des étudiants inscrits dans deux collèges professionnels par le bureau ont observé que les moniteurs étaient parfois inattentifs durant les cours de formation au volant, par exemple parce qu’ils utilisaient leur téléphone.

D’après le rapport, des parties prenantes du secteur du camionnage ont réclamé une exigence d’attestation obligatoire pour les moniteurs des collèges privés auprès de la province. La VG note qu’un examen de la qualification des moniteurs est en cours depuis 2025 en réponse aux préoccupations des parties prenantes.

Trois autres rapports déposés

Le bureau de la VG a publié trois autres rapports mardi, sur le Bureau des obligations familiales, l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) au sein de la fonction publique ontarienne (FPO) et l'enfance en difficulté.

  • Intelligence artificielle : La VG explique qu'un seul site web d'IA générative – la plateforme de clavardage Copilot de Microsoft – est approuvé par la FPO. Par contre, entre le 22 avril et le 18 août 2025, cette plateforme ne représentait que 6 % de l'utilisation totale des sites d'IA générative au sein de la fonction publique. Lorsque le personnel de la FPO utilise des sites web d’IA générative autres que le clavardage Copilot de Microsoft, on peut remettre en question la sécurité des données saisies sous forme de requête ou d’invite, lit-on dans le rapport.
  • Bureau des obligations familiales : Ce bureau responsable d'exécuter les ordonnances alimentaires concernant les enfants ou les conjoints n'est « pas toujours efficace », d'après un rapport de la VG. Cette dernière constate aussi que les agents de gestion de cas du bureau « ne répondaient pas systématiquement aux appels des clients et aux messages en temps opportun ».

Une proximité cruciale?

Les problèmes soulevés par le VG se poursuivent aux centres Test au Volant. On peut lire dans le document que les itinéraires utilisés par certains centres Test au Volant pour l’obtention de permis de catégorie A et de catégorie D avaient comme effet de limiter la capacité de ces centres à évaluer adéquatement certaines manœuvres.

La VG a remarqué qu’un collège privé avait amené des apprentis conducteurs de Brampton à Peterborough, soit 160 km plus loin, afin d’effectuer leur examen de leur route à cet endroit. Le moniteur avait dit aux étudiants qu’il était "plus facile" de réussir l’examen à Peterborough, lit-on. Le bureau de la VG s’appuie sur les observations d’un étudiant qu’il avait embauché.

Une affiche d'un établissement TestauVolant/DriveTest près d'un stationnement.

Des centres de formation recommandent aux étudiants d'éviter certains centres Test au Volant. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Bobby Hristova

Les six étudiants ont reçu comme consigne d’arriver à Peterborough la veille et de rester à l’hôtel afin de pouvoir s’exercer à l’avance sur l’itinéraire de l’examen.

Ce type de situation est d’autant plus problématique que le taux de collisions avec responsabilité est plus grand chez les nouveaux conducteurs de catégorie A ou D qui ont effectué leur examen à moins de 50 km de la maison que chez ceux qui se sont rendus dans un centre de Test au Volant à plus de 50 km de leur domicile.

Shelley Spence explique que son bureau a déjà discuté avec la province de la possibilité de limiter les endroits où les apprentis conducteurs pouvaient passer leur examen de la route, mais que cette mesure n'était pas faisable, car elle privait les Ontariens de leur liberté et que personne ne voulait ce résultat.

Des collisions qui auraient pu être évitées

La VG relève aussi qu’il est possible d’obtenir un permis de conduite de camion commercial de type A ou D peu importe les infractions antérieures commises au volant par le particulier, y compris les points d’inaptitude, les suspensions ou les condamnations, ce qui n’est pas le cas pour des permis comparables au Québec ou en Colombie-Britannique.

La mise en application de mesures semblables à celles employées au Québec aurait pu permettre d’éviter au moins une collision mortelle entre 2015 et 2025, d’après une analyse du bureau de la VG.

L’un des points qui ressortent de notre analyse des données est que, si l’Ontario avait imposé les mêmes restrictions que le Québec, le MTO aurait empêché au moins 986 conducteurs de recevoir un permis de conduire des camions lourds commerciaux. Or, 202 des conducteurs en question ont causé au moins 252 collisions entre 2015 et 2025.

Malgré les failles dans le processus d'octroi de permis, Mme Spence estime qu'il y a d'excellents camionneurs sur les routes de la province.

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