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Le gouvernement du Québec et ses homologues provinciaux avaient promis d’ouvrir la vente directe d’alcool aux consommateurs entre les provinces d’ici mai. Or, l’échéance est maintenant passée sans avancée concrète. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) presse les gouvernements de passer de la parole aux actes et de respecter leurs engagements.
« Le sentiment d’urgence du début de la guerre commerciale avec les États-Unis a disparu. Les vieilles habitudes de négociations entre les provinces reviennent au galop : c’est lent et ça ne mène à rien », déplore Jasmin Guénette, vice-président des affaires nationales de la FCEI.
La semaine dernière, la FCEI a envoyé une lettre au ministre québécois de l’Économie — et à ses homologues au pays — pour dénoncer « le manque de transparence et de progrès dans la mise en œuvre de politiques sur la vente directe d’alcool aux consommateurs ».
Pour rappel, l’ex-premier ministre François Legault avait annoncé au printemps 2025 vouloir travailler avec les autres provinces et territoires canadiens pour accélérer le commerce interprovincial. L’objectif était notamment de permettre aux consommateurs d’acheter et de se faire livrer des boissons alcoolisées canadiennes (vin, bière et spiritueux artisanaux) directement auprès de producteurs partout au pays. Aujourd’hui, cela reste impossible sans se déplacer dans la province d’origine ou passer par la Société des alcools du Québec (SAQ).
En juillet, le Québec et neuf autres provinces et territoires ont signé un protocole d’entente, s’engageant à trouver un système pour lever ces barrières interprovinciales. L’échéancier avait été fixé à mai 2026, mais les discussions se poursuivent.
« Seuls le Manitoba et le Nouveau-Brunswick autorisent l’expédition de tous les produits alcoolisés canadiens sans imposer de fardeaux administratifs ou de majorations tarifaires supplémentaires. En revanche, le Québec, comme la plupart des autres provinces, n’a pris que des mesures partielles ou limitées qui sont loin de répondre à l’engagement convenu », écrit la FCEI dans sa lettre, tout en réclamant un nouvel échéancier d’ici le 15 juin.
Contacté par Le Devoir, le cabinet du ministre fédéral du Commerce intérieur, Dominic LeBlanc, rappelle avoir exhorté fin mai les provinces et territoires à conclure les négociations. Les cabinets du ministre de l’Économie, Bernard Drainville, et du ministre délégué Daniel Bernard n’avaient pas répondu à nos questions au moment où ces lignes étaient écrites.
Faciliter la livraison à domicile
« Vu qu’on ne participe pas directement aux discussions, on a peu d’informations, c’est très opaque. Pourtant, on est les principaux concernés », déplore aussi Matthieu Beauchemin, président du Conseil des vins du Québec.
Propriétaire du Domaine Nival, M. Beauchemin affirme que l’intérêt principal des producteurs d’alcool n’est pas tant de vendre en Ontario ou en Colombie‑Britannique que d’assouplir les règles de livraison.
Au Québec, dit-il, les règles sont « trop strictes » : un producteur peut vendre son vin directement aux consommateurs sans passer par la SAQ — et la majoration qu’elle demande —, mais il doit alors livrer lui-même la marchandise sans pouvoir passer par une entreprise de livraison. Et il en va de même pour les microbrasseries et les distilleries.
« Si on ouvre le commerce interprovincial, le gouvernement devra accepter la livraison par une entreprise tierce. On ne peut pas livrer nous‑mêmes à Calgary. » Il en conclut qu’une ouverture interprovinciale permettrait donc aussi la livraison par un intermédiaire à l’intérieur même du Québec.
L’Association des distillateurs du Québec et l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) partagent cette position. « On est ravis de faire rayonner nos produits au pays, mais l’enjeu principal, c’est de livrer plus facilement au Québec », souligne la directrice générale de l’AMBQ, Marie‑Ève Myrand.
Les deux associations préfèrent que les négociations prennent le temps nécessaire pour que soient évités les iniquités et les angles morts.
« Rien n’est gagné. Le gouvernement nous proposait encore récemment la livraison par un tiers, mais avec une majoration de la SAQ. C’est inacceptable, on a refusé », dit M. Beauchemin. « Mais on garde l’espoir d’une entente favorable. »


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