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RALEIGH – Dominés, épuisés, éventuellement blessés, les joueurs du Canadien n’ont offert qu’une faible résistance au rouleau compresseur des Hurricanes vendredi soir. Ceux-ci ont mis toute leur expérience à profit dans cette demi-finale et le CH n'a jamais réussi à respirer, à exister, dans un environnement étouffant en haute altitude.
On parle ici de sommets au sens figuré, évidemment, puisque l’air circule somme toute bien dans cette ville de Caroline du Nord perchée à 132 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans l’amphithéâtre, par contre, c’était irrespirable.
On ne doute pas que les intentions étaient bonnes. La liste des bons points pour ce match numéro 5, perdu 6-1, s’arrête toutefois là, en même temps que ce parcours inattendu du Canadien jusqu’en demi-finales de la Coupe Stanley.
Il y avait littéralement deux secondes d’écoulées quand Mike Matheson a commis le premier revirement du match. Le ton était donné. Jackson Blake a failli marquer le premier but dans la foulée. Qu’à cela ne tienne, Taylor Hall l’a fait pour lui quelques minutes plus tard, dans un copié-collé de tous les matchs de cette série, exception faite de la première période du premier duel.
Revirements, manque d’exécution, impression générale d’abattement : le CH n’avait plus grand-chose à offrir. Après 20 minutes, c’était 3-0, et l’on sentait bien que les carottes étaient cuites, au moins autant que le poulet du repas des membres de la gent médiatique.
C’était difficile. Le match nous a échappé rapidement, a laissé tomber Lane Hutson.
Peut-être que leur façon de jouer nous a enlevé un peu d’énergie et nous a découragés à remonter. C’était 1-3 [dans la série], a ajouté Phillip Danault dans sa grande franchise.

La saison des Canadiens de Montréal s'est conclue, vendredi.
Photo : Getty Images / Jared C. Tilton
Au dernier coup de sifflet, une longue procession de joueurs défaits s’est dirigée vers Jakub Dobes, l’incontestable joueur par excellence de l’équipe durant cette épopée. Câlins et tapes sur l’épaule n’ont sûrement pas réussi à consoler ce gardien émotif de nature.
Martin St-Louis, lui, retraitait au vestiaire lentement, la tête un peu basse, mais fier de son groupe qui a passé une bonne partie de la saison à surprendre tout le monde.

Martin St-Louis s'adresse aux médias après le premier match de la finale de l'Association de l'Est.
Photo : Associated Press / Karl B DeBlaker
C’est décevant, le show s’arrête pour nous autres ce soir. On a appris beaucoup. Tu apprends beaucoup plus avec les échecs qu’avec les réussites, a lancé l’entraîneur.
La fierté revenait aussi dans le discours des joueurs. Ils le sont. Ils y croient, c’est certain. Avec les plaies à vif, littéralement dans certains cas, c’est simplement plus difficile d’avoir l’air de le penser.
Il y a de quoi être fier. Je n’ai aucun doute qu’on sera de retour dans cette situation dans le futur.
Dans le vestiaire, personne n’a voulu avouer que la fatigue avait eu un quelconque effet sur le déroulement du duel contre les Canes. C’était pourtant la première fois de l’histoire qu’une équipe qui avait joué deux séries de sept matchs en affrontait une autre qui avait complété deux balayages, avec le résultat qu’on connaît.
Il n’y a rien de honteux là-dedans, même dominé 16 à 5 pour les buts dans les quatre dernières rencontres, même en ayant établi le record du plus petit nombre de lancers dans une série de 5 matchs (89).
Bon, ce n’est pas gratifiant, mais, étant donné le contexte, ce n’est pas honteux.
Je ne sais pas si les matchs joués [en sus] nous ont rattrapés. Je ne veux pas m’en servir comme excuse. La prochaine fois qu’on sera dans cette situation, on pourra faire un meilleur travail, a assuré Nick Suzuki.
Encore cette conviction : la prochaine fois. Là est la clé de l’énigme. À quoi ressemblera cette prochaine fois et, surtout, quand viendra-t-elle?
Un échec souvent nécessaire
Phillip Danault a mis tout le monde en garde.
Chaque année, c’est un scénario différent. L’année prochaine, ce sera à recommencer. C’est pas facile. Les gars doivent comprendre que c’est tellement unique de participer aux séries et d’avoir une chance d’aller loin, a-t-il martelé.
Le Québécois parle en connaissance de cause, après s’être buté quatre ans d’affilée à Connor McDavid au premier tour pendant son séjour à Los Angeles.
Le capitaine aussi. Après tout, il est passé d’une finale de la Coupe Stanley à une reconstruction en six mois à peine. Tout comme Jake Evans, Cole Caufield, Josh Anderson et Brendan Gallagher.
Malgré la jeunesse de cette équipe dont il a tant été question, elle a vécu également. Or, plusieurs pierres angulaires de cette formation ont traversé cette épreuve pour la première fois. Voir Lane Hutson, Ivan Demidov et Juraj Slafkovsky.
La prochaine fois, il faudrait que le gardien ne soit pas laissé à lui-même si souvent. La prochaine fois, il serait préférable que Phillip Danault et Alex Newhook ne soient pas les deux marqueurs les plus prolifiques du club à cinq contre cinq, et il faudrait aussi que Suzuki, Caufield et Slafkovsky ne finissent pas 9e et 13es dans ce département, respectivement.

Juraj Slafkovsky et Cole Caufield se préparent à une mise au jeu face aux Panthers.
Photo : imagn images via reuters connect / Eric Bolte
Il y aura donc un peu d’introspection à faire, ce n’est jamais perdu.
La prochaine fois, ils seront sûrement tous mieux outillés. Ces expériences, il faut les vivre. Ces Hurricanes en sont la preuve vivante. Voilà que ce groupe parvenu à maturité atteint sa première finale de la Coupe Stanley après avoir été soufflé de leurs trois premières demi-finales dans les sept dernières années.
Il s’agit de faire de cet échec un apprentissage.
Tu le vois que c’est une équipe d’expérience avec leurs détails. C’est ce que ça prend. Ça en prend plus dans notre jeu, mais c’est normal qu’on n’en soit pas encore là. On ne peut pas être aussi détaillé qu’une équipe qui a joué 100 matchs de série dans les dernières années. Mais on s’améliore, a fait valoir St-Louis.
102, pour être précis, au 2e rang de la ligue depuis 2018-2019 derrière les Stars de Dallas.
L’équipe du Canadien de la reconstruction en est à 24. Il y aura assurément d’autres éliminations crève-cœur chemin faisant.
Ça devrait mettre du gaz sur le feu. Je sais qu’on perd ce soir, mais on a tellement eu de plaisir. Je me souviens à ma première expérience en séries, on avait perdu au deuxième tour. J’étais tellement troublé dans l’autobus, parce que je n’arrivais pas à croire que j’allais devoir passer à travers 82 matchs pour avoir encore autant de plaisir. Quand tu goûtes à ça, ça te rend plus affamé, a assuré l’entraîneur.
On s’est retenu de lui suggérer que ce serait plutôt 84 matchs l’an prochain.
Aussi près [de la coupe] qu’on se soit sentis, on en est encore loin. Il reste tant à faire pour pouvoir atteindre notre but ultime.
Le futur est brillant pour cette équipe, ont assuré Suzuki et Danault. Il faudrait être fou pour les contrarier. Cette équipe franchit des paliers bien plus rapidement que prévu, et ça semble être bâti sur de solides fondations.
Avant même que tout ça reprenne en septembre, il faudra se rappeler ces paroles du petit défenseur prononcées avec toute la sagacité que lui confèrent ses 22 ans.
Si près, si loin.


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