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La difficulté d'ouvrir un centre de réchauffement pour sans-abris dans la Péninsule acadienne est à la fois désolante et frustrante pour le maire de Caraquet, Bernard Thériault.
Lundi soir, devant le refus de nombreux citoyens, les conseillers municipaux de Caraquet ont reporté une demande de permis de la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne (CSRPA) afin d’ouvrir un centre de réchauffement temporaire de six places dans les locaux inoccupés de l’aéroport de la Péninsule, à Village-Blanchard.

Le centre de réchauffement serait ouvert dans les installations de l'aéroport de la Péninsule, qui relève de la CSRPA.
Photo : Radio-Canada / Réal Fradette
La décision du conseil municipal déçoit le maire de Caraquet et vice-président de la CSRPA, Bernard Thériault.
Je me serais attendu de mon conseil municipal qu’il prenne la responsabilité qui nous incombe ici. Si on nous a élus, c’est justement pour éviter probablement les approches un petit peu trop villageoises, un petit peu trop fermées, et pour prendre une décision par-dessus la mêlée, affirme Bernard Thériault au cours d’une entrevue accordée mardi à l’émission Le téléjournal Acadie.
La réunion s’est tenue sans aucune compassion, sans aucune charité humaine, et c’est la troisième fois, si je ne me trompe, que ça se produit dans la Péninsule acadienne.
Le maire qualifie de réunions-suicides ce genre d’assemblées parce qu’elles attirent généralement beaucoup d’opposants et peu de partisans.
Entre autres, il y a 35 personnes qui sont venues de la région, du quartier de la ville où ça doit se faire, pour nous faire valoir leur position. Jusque-là, tout va bien. Mais les mécanismes n’incitent pas les gens qui nous appuieraient à être là, dit-il.
Aussitôt qu’il y a une opposition à quelque chose, on n’a que les gens qui s’y opposent qui viennent.

Bernard Thériault, à gauche, et des conseillers municipaux ont poursuivi la discussion sur le centre de réchauffement d'urgence après la réunion de lundi soir.
Photo : Radio-Canada / Réal Fradette
Les personnes accueillies dans le centre de réchauffement ne seraient là que de 20 h à 8 h, et ce, en présence d’agents de sécurité et d’un travailleur social.
On invoque à peu près tous les dangers du monde [...], mais ce sont des êtres humains qui ont besoin d’un espace, ajoute Bernard Thériault. Personne ne les veut. On devrait avoir honte, comme citoyens de la Péninsule acadienne, de ce phénomène-là. C’est embarrassant!
Les conseillers visés veulent être mieux informés
Les propos du maire font réagir autour de la table du conseil municipal.

Louise Blanchard, conseillère municipale de Caraquet
Photo : Radio-Canada / Réal Fradette
Je comprends le maire, qui est très émotif. C’est un homme sensible qui dit ce qu’il pense. On sait où il se tient, lance Louise Blanchard, conseillère.
Elle explique que le conseil a été mal informé du projet, à la dernière minute. Un avis partagé par le conseiller Jean-Claude Doiron. Il affirme que le maire est dévoué à son travail, mais qu’il a peut-être été trop loin dans son jugement sur la décision du conseil.

Jean-Claude Doiron dit que les conseillers ont eu le courage de prendre une décision qui n'est pas basée sur l'émotion.
Photo : Radio-Canada / Réal Fradette
Bernard Thériault qualifie cela de manque de courage, mais moi, je considère plutôt qu’on a été courageux de ne pas prendre une décision basée sur l’émotivité, sur le sentiment et sur la pression, estime Jean-Claude Doiron.
Le conseiller du quartier où se trouve l'aéroport de la Péninsule, Pierre Boudreau, ajoute qu’il est normal que les craintes et les appréhensions des citoyens soient entendues.

Pierre Boudreau est le conseiller municipal du quartier qui comprend l'aéroport de la Péninsule à Village-Blanchard.
Photo : Radio-Canada / Réal Fradette
Faut qu’on les écoute, c’est ça qui est notre travail, dit-il, en précisant qu’il faut que le conseil soit bien informé pour prendre la meilleure décision possible.
Le maire a été probablement émotif. C’est difficile parce que ce sont des gens qui ont de la misère. Il faut qu’on trouve une solution et qu’on fasse ça rapidement.
Mieux informer la communauté
La solution repose tout d’abord sur une meilleure sensibilisation des citoyens, selon le travailleur social Claude Snow.
Il faut tenir compte de la sensibilité des gens et de leurs appréhensions. [...] Il faut les rassurer, leur donner beaucoup d'information pour gagner leur appui, explique-t-il.
Martine Haché, directrice générale du Centre de bénévolat de la Péninsule acadienne, exprime un avis similaire.
On sait que ça passe par l’éducation, que ça passe par la sensibilisation de la communauté, par l’acceptation sociale aussi. On est au courant de ça et il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits sur ce plan-là, affirme Mme Haché, interviewée mercredi à l’émission La matinale.

La directrice générale du Centre de bénévolat de la Péninsule acadienne, Martine Haché (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Mario Landry
Le Centre de bénévolat gère un programme d’intervention communautaire en itinérance et est un partenaire de la CSRPA. Mme Haché lance un appel à la compassion pour les personnes qui passent la nuit dehors en hiver.
Ce qu’on demande à la population de Village-Blanchard, c’est de nous accompagner pour les deux prochains mois, puis on envisagera d’autres options en cours d’année. Pour le modèle qui est présenté [...] à court terme, tout a été mis en place afin que ce soit sécuritaire, assure Martine Haché.
Elle s’attend à ce que les discussions pour la réalisation du projet se poursuivent dans les prochains jours.
Avec des renseignements de Réal Fradette


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