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Après les frappes israélo-américaines en Iran qui ont tué Ali Khamenei, le guide suprême iranien, et plusieurs autres hauts responsables, la diaspora iranienne de Montréal est partagée entre réjouissances et inquiétudes pour l’avenir du pays.
« J’ai eu un frisson quand j’ai appris ça, c’est une nouvelle que j’ai attendue toute ma vie », lance Mina Fakhravar, membre du conseil d’administration de l’Association des femmes iraniennes de Montréal, installée dans la métropole depuis 2012. Elle regrette qu’il ait été tué « si facilement » et qu’il n’ait jamais été « jugé pour ses crimes ».
Malgré cette réjouissance, elle ajoute que cette nouvelle « vient avec beaucoup de peurs » pour l’avenir du pays.
Sepideh Anvar, une Franco-Iranienne qui vit à Montréal depuis 2007, estime que la mort du guide suprême iranien est « une bonne nouvelle ». « Il est responsable de la mort de milliers de personnes sur des décennies », dit-elle, précisant ne pas aimer se réjouir de la mort de quelqu’un. Pour autant, « le régime islamique est un système complexe, sophistiqué à plusieurs niveaux. Ce n’est pas comme si, avec la mort d’une personne, tout allait s’écrouler », ajoute-t-elle.
La Montréalaise se dit également « extrêmement choquée par ce qui se passe, par l’attaque d’Israël et des États-Unis ce week-end ». « J’ai peur », confie-t-elle.
Samedi matin, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire commune de grande envergure en Iran. Ali Khamenei, qui a régné pendant 37 ans, ainsi que plusieurs hauts responsables iraniens, dont le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, et Ali Shamkhani, un conseiller du guide suprême, ont été tués dans l’opération. Les autorités iraniennes ont décrété un deuil national de 40 jours, ainsi que 7 jours fériés.
Un peuple « pris en otage »
« Le peuple iranien est en otage dans la main des Gardiens de la Révolution en ce moment », estime Mme Fakhravar. Selon elle, les Gardiens de la Révolution « sont prêts à aller jusqu’au bout » pour maintenir la République islamique en place.
Plusieurs membres de sa famille sont encore en Iran et vivent sous les bombardements. « Ce n’est pas facile, ils ne sont pas habitués », dit-elle.
« On est très inquiets du sort des prisonniers politiques, on a peur qu’ils les tuent parce qu’ils savent que parmi eux, il y en a beaucoup qui ont la possibilité d’être des leaders de demain en Iran », avance l’épidémiologiste Nimâ Machouf, également membre de l’Association des femmes iraniennes de Montréal, qui pense que le régime est « en train de vivre ses derniers jours ».
Mme Fakhravar dénonce le fait que les prisonnières sont possiblement sans eau et sans nourriture depuis les frappes américaines et israéliennes.
Pour Mme Anvar, « le peuple iranien est pris en étau entre, d’un côté, les mollahs et le régime islamique, et de l’autre côté, une espèce de folie américano-israélienne ». Elle craint que le régime réprime les Iraniens, comme c’était le cas lors des manifestations au mois de janvier, qui se sont soldées par des milliers de morts.
Ingérence étrangère
En riposte à l’attaque israélo-américaine, la République islamique a lancé des frappes tous azimuts contre plusieurs pays voisins, notamment ceux abritant des bases américaines, et Israël, où neuf personnes ont été tuées dimanche selon les secours.
La réaction de l’Iran « n’est pas surprenante [et] elle est terrifiante. […] Ça peut aller très loin, je pense », affirme Mme Anvar. « Moi, je n’ai qu’un souhait, c’est de rentrer chez moi, d’aller en Iran ».
Mme Machouf se dit « très inquiète de la guerre, de l’escalade de la violence dans la région ». « La guerre peut s’embraser très facilement, et c’est devenu une région très dangereuse », ajoute-t-elle.
Pour les trois Montréalaises, l’intervention des États-Unis et d’Israël constitue de l’ingérence étrangère. L’épidémiologiste affirme que celle-ci viole le droit international. « Il faut forcer ce changement de régime et, pour le forcer, moi, je veux bien qu’on utilise l’aide internationale, mais l’aide, pas des bombardements », déplore-t-elle.
« Ce n’est pas par la guerre qu’on va avoir la paix », souligne de son côté Mme Anvar, ajoutant qu’Israël n’a aucune limite. « C’est aux gens en Iran de décider de ce qu’ils veulent. […] Il faut écouter la société civile à l’intérieur de l’Iran, les gens qui sont en prison, et la diaspora aussi. »
La membre du CA de l’Association des femmes iraniennes de Montréal a peu d’espoir pour l’instant, mais elle espère qu’un jour le peuple iranien connaîtra des élections démocratiques. « L’avenir politique n’appartient qu’à la société civile. »


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