Le GPS a changé nos vies. Il guide, trace, optimise. Il suffit de lever le doigt sur un écran pour qu’un satellite vous trouve quelque part sur Terre.
Mais dans un parking souterrain ? Un hôpital ? Une usine ? Plus rien. Le GPS, lui, reste dehors.
À l’intérieur des bâtiments, là où les signaux ne passent plus, une autre technologie prend le relais. Silencieuse, précise, en plein essor : la géolocalisation indoor.
Vous n’en avez peut-être jamais entendu parler. Et pourtant, elle est déjà là dans les entrepôts logistiques, les zones industrielles, les tunnels, les hôpitaux. Elle s’invite là où les outils classiques échouent et redéfinit ce qu’on croyait savoir de la localisation.
Au cœur de cette petite révolution, une deeptech française : Wheere. Et ce qu’elle propose va bien au-delà d’une simple amélioration. On parle ici d’un nouveau langage entre l’espace et les objets. D’une alternative au GPS. D’une technologie capable de fonctionner là où aucune autre ne passe.
Un constat simple : le GPS ne traverse pas les murs
On l’utilise tous les jours, souvent sans y penser. Le GPS guide nos trajets, localise nos appareils, synchronise même nos horloges. Mais il a une limite structurelle : il ne fonctionne qu’à ciel ouvert.
Dans un hôpital, un entrepôt logistique, un site industriel ou une station de métro, les signaux satellitaires s’effacent. La géolocalisation devient approximative ou tout simplement inexistante. Et c’est justement dans ces espaces clos souvent complexes, sensibles, voire dangereux, que la précision devient cruciale.
Alors on compense, tant bien que mal : balises Bluetooth, WiFi, réseaux UWB… Des solutions techniques existent mais elles sont coûteuses, lourdes à déployer, peu fiables à grande échelle. Et surtout, elles ne s’adaptent pas facilement aux environnements difficiles : structures métalliques, murs épais, atmosphères explosives, zones sans connectivité…
C’est là que l’“indoor” devient un défi technologique majeur. Et c’est précisément ce défi que Wheere a décidé de relever.
Wheere, une technologie de rupture née en France
Créée à Montpellier en 2020, Wheere fait partie de ces deeptechs discrètes mais ambitieuses qui cherchent à résoudre un problème structurel plutôt qu’à empiler des fonctionnalités. Leur objectif n’est pas de « faire mieux que le GPS » mais de répondre à un besoin que le GPS ne couvre tout simplement pas.
Leur technologie repose sur un principe aussi simple qu’audacieux : utiliser des ondes radio VHF (Very High Frequency), capables de traverser le béton et les structures complexes, là où les signaux GNSS échouent. C’est cette base physique qui permet à Wheere de localiser objets ou personnes dans des environnements fermés et de le faire avec précision.
La vraie force du système, c’est l’algorithme maison. Il ne se contente pas d’analyser un signal reçu : il identifie et isole la trajectoire directe, celle qui va de l’émetteur au récepteur sans rebond, en filtrant le bruit et les interférences. C’est ce qui rend la localisation fiable, même dans un bâtiment dense, un tunnel, ou une zone ATEX.
Pas besoin de GPS. Pas besoin d’infrastructure dense. Pas besoin de WiFi. Juste quelques antennes, et un algorithme très affûté.
Des cas d’usage concrets en cours de déploiement
Si Wheere semble encore peu connue du grand public, elle est déjà testée et adoptée dans des secteurs où l’erreur de localisation n’est pas une option. TotalEnergies, EDF, L’Oréal font partie des premiers clients. Et pour cause : la technologie est légère à déployer (quatre antennes suffisent pour couvrir un kilomètre carré) et surtout, elle s’adapte aux contraintes des environnements industriels les plus complexes.
Dans un entrepôt, elle permet de suivre le cheminement d’un colis ou d’un engin automatisé, sans dépendre de QR codes ou de réseaux. Dans un hôpital, elle peut guider un brancardier ou localiser du matériel critique. Sur un site sensible, elle devient un outil de géofencing, de sécurité ou d’évacuation d’urgence.
Même les environnements historiquement inaccessibles : souterrains, soumis à des normes de sécurité extrêmes deviennent cartographiables, lisibles, optimisables. Et surtout, sans sacrifier la confidentialité : Wheere fonctionne sans cloud, ni collecte de données personnelles.
Une vision à long terme
Le plus ambitieux, c’est que le système terrestre n’est que la première étape. La start-up prépare déjà l’étape suivante : le lancement de sa propre constellation de satellites VHF, conçue pour offrir la même capacité de géolocalisation mais à l’échelle mondiale.
Le premier satellite Wheere est prévu pour 2026. Et d’ici 2030, l’objectif est clair : déployer un réseau indépendant des GNSS traditionnels (GPS, Galileo, Beidou…), capable de couvrir le globe : en intérieur comme en extérieur. Une révolution potentielle pour la souveraineté numérique, la défense, l’industrie et même la navigation civile.
C’est une ambition de fond. L’idée que, demain, le GPS ne sera plus seul maître à bord et que l’intérieur aura enfin sa propre cartographie dynamique, fine, fluide, adaptée.
Une autre manière de penser la position
Wheere ne vend pas un gadget. Elle propose une manière radicalement nouvelle de penser la localisation : non plus dépendante des satellites classiques, ni limitée par les murs mais contextuelle, souveraine, robuste.
Dans un monde où tout devient connecté, automatisé, mobile et aussi plus sensible aux pannes, aux brouillages, aux contraintes, cette approche change la donne.
Et si la géolocalisation intérieure devenait, demain, aussi évidente que d’ouvrir une carte sur son téléphone ? Wheere semble prête à le prouver.


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