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Dans les quatre écoles à pédagogie Waldorf au Québec, situées en Estrie, dans le Centre-du-Québec, dans les Laurentides et à Montréal, la couverture vaccinale est nettement inférieure aux recommandations des autorités de santé publique.
Les données les plus récentes du ministère de la Santé et des Services sociaux révèlent que, pour plusieurs maladies infantiles, les taux d’immunisation sont en chute libre depuis plusieurs années.
Ce sont des maladies qui sont évitables , prévient d’entrée de jeu la Dre Chantal Sauvageau, soulignant l’importance d’atteindre les cibles de 90 % à 95 % visées par les autorités de santé publique. Selon la médecin spécialiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), les risques sont loin d'être théoriques.
La méningite causée par les méningocoques implique des risques importants de décès, même en 2026. Il y a des enfants immunosupprimés qui ne peuvent tout simplement pas être vaccinés. Pour les protéger, ça prend une couverture pour l’ensemble du groupe, explique-t-elle.

Chantal Sauvageau, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec et professeure à la faculté de médecine de l’Université Laval (photo d'archives).
Photo : Radio-Canada / Yanic Lapointe
À l’École des Enfants-de-la-Terre, à Waterville en Estrie, à peine la moitié des élèves étaient adéquatement immunisés contre la rougeole, la varicelle, la coqueluche, la poliomyélite ou le méningocoque à leur arrivée en 4e année, l’an dernier. Depuis la pandémie, la protection contre la rougeole a diminué de plus de 40 % en six ans pour s’établir à 42,1 %, pour les élèves de la maternelle.
À titre de comparaison, au primaire, la moyenne québécoise pour la rougeole était de 89 % en 2024. Pour le méningocoque, le taux d’immunisation moyen était de 90 % à l’échelle de la province en mai 2023, selon les données les plus récentes de l’INSPQ.
Pas de lien avec notre philosophie
La pédagogie Waldorf conçoit notamment le développement de l’enfant comme un processus structuré en cycles de sept ans, appelés septaines, auxquels sont associés des apprentissages jugés appropriés selon l’âge.
L’approche privilégie le contact avec la nature par des activités manuelles et artistiques. La consommation de produits non transformés, ainsi que de vêtements composés de fibres naturelles est encouragée, et l’utilisation de la technologie est également strictement encadrée.

La directrice de l'école des Enfants-de-la-Terre, Marie-Josée Veillette.
Photo : Radio-Canada / Guillaume Renaud
Mais pour Marie-Josée Veillette, la seule directrice d’établissement qui a accepté notre demande d’entrevue, il n’y a pas de lien à faire entre la couverture vaccinale et la pédagogie Waldorf.
La seule distinction, c’est qu’on a des familles qui se posent plus de questions et qui vont peut-être vers des recherches alternatives. Mais si la santé publique juge qu’il y a matière à faire une intervention, on va collaborer avec eux, comme on l’a toujours fait, indique-t-elle.
Un effondrement marqué à Montréal
C’est toutefois dans la métropole que la situation s’est le plus dégradée. À l’école Rudolf Steiner de Montréal, une institution privée d’une centaine d’élèves située dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, la couverture vaccinale s’est effondrée depuis la pandémie.
Alors qu'en 2019, près de 86 % des élèves de 4e année étaient protégés contre la rougeole, ce taux a dégringolé à 30,8 % lors de la dernière année scolaire. Le recul est encore plus important pour d'autres vaccins : 15,4 % des élèves de cette école sont adéquatement protégés contre la coqueluche et la poliomyélite, comparativement à plus de 70 % il y a six ans.
Par courriel, l’administratrice de l’école montréalaise, Janiève Beaulieu-Poulin mentionne qu’une rencontre est prévue prochainement avec le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal pour élaborer des mesures à envisager pour s’assurer que les parents des élèves soient bien informés des programmes de vaccination et de leur importance.
Recul observé dans tout le réseau Waldorf
Le constat est le même à l’école communautaire l’Eau-Vive, à Warwick, une autre école publique à pédagogie Waldorf. La couverture vaccinale y a reculé de près de 30 % pour la rougeole et le méningocoque depuis la pandémie. La direction de l’école d’environ 150 élèves a refusé de commenter la situation.
Dans les Laurentides, à l'école privée Imagine de Val-David, 37,5 % des enfants fréquentant la maternelle sont adéquatement protégés contre la rougeole. Une responsable de l’établissement de 156 élèves mentionne par courriel que le mandat de prévention, suivi et action en lien avec la couverture vaccinale appartient à la Santé publique.

L'École Imagine occupe un terrain de acres dans le village de Val-David.
Photo : Site web de l'École Imagine
Pour la Dre Chantal Sauvageau, les diminutions observées dans ces écoles découlent d’une certaine fatigue vaccinale depuis la pandémie, mais aussi de plusieurs embûches au niveau organisationnel.
Il y a encore un consentement papier qui doit se rendre à la maison, qui doit être compris dans la langue nécessaire, et qui doit être retourné dans le sac d’école par le jeune avant la date de vaccination. Il y a quand même des étapes qui nous forcent parfois à devoir aller nous-mêmes dans les écoles, plusieurs fois par année, explique la médecin-conseil à l’INSPQ.
Le CISSS des Laurentides rappelle pour sa part que le risque de propagation est toujours proportionnel au nombre de personnes susceptibles de contracter la maladie dans une même communauté.
Les maladies pour lesquelles la vaccination est offerte ne sont pas bénignes, elles entraînent de la morbidité, des hospitalisations, des complications, certaines pouvant aller au décès.
Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS, le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal et le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec ont tous refusé nos demandes d’entrevue.
Par courriel, le ministère de la Santé et des Services sociaux a indiqué ne pas vouloir commenter les données obtenues par Radio-Canada, souhaitant éviter de stigmatiser les communautés ciblées.
Même si la vaccination demeure le meilleur moyen de protection, la Dre Chantal Sauvageau rappelle qu’elle n’est toutefois pas obligatoire.
On met beaucoup l’accent sur la confiance, mais un doute est vite semé. Bâtir une confiance, et surtout la maintenir, c’est beaucoup de travail. Les milieux de l’éducation et de la santé doivent travailler ensemble pour qu’on y arrive, conclut-elle.


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