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La Couronne veut faire révoquer la caution d’un terroriste néonazi

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Une juge a mis en délibéré la demande de la Couronne, qui réclamait vendredi l'annulation de la libération sous caution du néonazi Kristoffer Nippak d'ici son audience sur la peine en octobre. Le Torontois a été reconnu coupable plus tôt ce mois-ci de participation à des activités terroristes pour le compte du groupe dissous Division Atomwaffen, commises en Ontario et au Québec entre 2018 et 2022.

Kristoffer Nippak, qui porte un bracelet électronique à la cheville, n'a peut-être plus qu'un week-end à vivre en liberté auprès de sa famille, puisqu'il sera fixé sur son sort dès lundi.

L'individu de 33 ans est en liberté surveillée depuis son arrestation, il y a bientôt trois ans, à Toronto. Les détails concernant le montant spécifique de la caution n'ont pu être divulgués publiquement en raison d'une ordonnance de non-publication couvrant les preuves présentées lors de son audience de cautionnement.

Après l'avoir reconnu coupable, la juge Maureen Forestell, de la Cour supérieure de l'Ontario, a indiqué qu'elle n'était pas en mesure de rendre sa décision séance tenante après avoir entendu les arguments des deux parties.

Arguments de la Couronne

La Couronne affirme que Kristoffer Nippak a été reconnu coupable d'un crime grave et qu'il représente un risque pour la sécurité.

Il n'est pas rare dans les cas de terrorisme que les procureurs demandent la révocation de la mise en liberté sous caution d'un accusé à la suite d'un verdict de culpabilité.

La Couronne rappelle à la juge qu'une condamnation pour une participation à une activité terroriste entraîne une peine sévère et que le risque que Kristoffer Nippak s'enfuie s'accroît devant l'imminence de sa condamnation.

Elle n'a toutefois pas annoncé le châtiment qu'elle réclamerait lors de l'audience sur la détermination de la peine le 30 octobre.

Matthew Althorpe faisant un salut nazi.

Après avoir plaidé coupable de trois accusations de nature terroriste, le chef avéré de la Division Atomwaffen, Matthew Althorpe, a été condamné, en mars, à 20 ans de prison. (Photo d'archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Le chef avéré de la Division Atomwaffen, Matthew Althorpe, a été condamné, en mars, à 20 ans de prison pour plusieurs accusations de nature terroriste à l'issue de son procès à Toronto.

Un troisième et dernier membre du groupe, Patrick MacDonald, a écopé de dix ans d'emprisonnement au terme de son procès en 2025 à Ottawa.

Il avait été reconnu coupable d'avoir contribué à la production de matériel de propagande au bénéfice de la Division Atomwaffen.

Patrick Gordon MacDonald à son arrivée au palais de justice d'Ottawa.

Patrick Gordon MacDonald a écopé de dix ans d'emprisonnement au terme de son procès en 2025 à Ottawa. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

La Division Atomwaffen a été déclarée comme une entité terroriste au Canada en 2021.

Elle a depuis été démantelée, mais la Couronne avait tenté de montrer, durant les audiences, qu'elle subsistait toujours sous l'appellation Active Club Canada.

La défense de Kristoffer Nippak avait plutôt expliqué que le groupe Active Club Canada est une association pour les hommes intéressés par la forme physique, le combat et le survivalisme.

Des hommes musclés dans un parc.

Des membres du groupe Active Club Canada, que la Couronne soupçonnait d'être lié à la Division Atomwaffen. (Photo d'archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada

La Couronne ajoute que la propagande de cette entité pourrait rester attrayante si Kristoffer Nippak demeure en liberté jusqu'à sa condamnation.

Il existe une idéologie sous-jacente qui préexistait bien avant le verdict de culpabilité et qui perdurera bien après les infractions qu'il a commises, déclare-t-elle.

La Couronne mentionne enfin que la liberté relative de Kristoffer Nippak risque de compromettre la confiance du public dans l'administration de la justice, puisqu'il a été reconnu coupable.

Arguments de la défense

La défense de Kristoffer Nippak a plutôt affirmé que tous les terroristes ne sont pas du même calibre et que les accusations de nature terroriste diffèrent grandement sur l'échelle de la culpabilité morale d'un accusé.

Elle évoque des décisions de la Cour suprême du Canada, qui a statué, en 2015 et en 2018, que la confiance du public peut être tout aussi gravement ébranlée par la détention injustifiée ou inappropriée d'un individu lorsque la remise sous caution était légalement justifiée.

Le procès de son client reposait en grande partie sur des preuves circonstancielles.

Des personnes masquées armées autour d'un feu.

Un extrait d'une vidéo de la Division Atomwaffen montrant un groupe d'hommes en tenue de combat devant des drapeaux en feu. (Photo d'archives)

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de justice de l'Ontario

Un enregistrement vidéo de recrutement intitulé Fission : A Reckoning of Modernity était au cœur de l’accusation de participation à une activité terroriste.

On y voyait pendant près de cinq minutes des hommes armés portant des masques en forme de crâne et des écussons de la Division, en train de marcher en forêt, de tirer avec des armes à feu, de mener une opération de nettoyage dans un bâtiment et de brûler les drapeaux des États-Unis, d’Israël et de l’Union européenne.

Les sous-titres et la voix hors champ exhortaient les spectateurs à nous rejoindre ou périr avec les autres.

Il était toutefois impossible d'identifier Kristoffer Nippak parmi les huit individus masqués que l'on voyait à l'écran, mais la Couronne a réussi à prouver qu'il s'agissait bien de lui dans le groupe.

Un membre masqué de la Division Atomwaffen en train de lire contre un arbre avec un fusil d'assaut à ses côtés.

Photographié à l'été 2019 dans un lieu boisé non précisé, ce membre de la Division Atomwaffen a été formellement identifié comme étant Kristoffer Nippak grâce aux preuves présentées par la Couronne.

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Un buste d'Adolf Hitler, un uniforme de camouflage militaire, un couteau à manche rouge, une panoplie d'objets du groupe néonazi et des livres nazis avaient en outre été trouvés au domicile de l’individu en décembre 2023.

Un expert américain en mouvements d’extrême droite avait expliqué, pour le compte de la Couronne, que l'entité Active Club Canada était toujours une association terroriste déguisée sous les traits d’un club d’arts martiaux pour les hommes blancs.

Selon Matthew Kriner, le groupe promeut la supériorité blanche et ses membres appartiennent à la mouvance accélérationniste, c'est-à-dire qu’ils se préparent à une guerre raciale et à un effondrement de la société qu'ils croient imminent.

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