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La Cour suprême ouvre la voie à l’exécution de Christa Pike

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Des personnes se rassemblent lors d'une manifestation « March 4 Mercy » contre la peine de mort au Capitole de l'État du Tennessee, le dimanche 27 septembre 2026 à Nashville (Tennessee), à l'approche de l'exécution de Christa Pike prévue pour le 30 septembre. [AP Photo/George Walker IV]

Pour la deuxième fois en deux jours, la Cour suprême des États-Unis a ouvert la voie, mercredi, à l'exécution de Christa Gail Pike, en annulant une suspension de dernière minute ordonnée par la Cour d'appel fédérale du sixième circuit moins de deux heures avant l'heure prévue de son exécution. En prononçant cette suspension, la cour d'appel avait estimé qu'un délai était nécessaire pour examiner si les allégations de Pike concernant des abus sexuels subis durant son enfance avaient été pleinement prises en compte lors du prononcé de sa peine.

Mardi soir, la Cour suprême des États-Unis a levé le dernier obstacle à l’exécution de Christa Gail Pike en rejetant sa demande de sursis, par une ordonnance expéditive de deux phrases et sans qu’aucune opinion dissidente ne soit mentionnée. Le Tennessee devait mettre à mort aujourd’hui, à 10 h, heure locale, Pike, 50 ans, seule femme dans le couloir de la mort de l’État, à la Riverbend Maximum Security Institution, prison de haute sécurité de Nashville. L'exécution, retardée par la décision de la cour d'appel, devrait désormais avoir lieu avant l'expiration de l'ordonnance d'exécution à minuit.

Dans leur recours devant la Cour, les avocats de Pike posaient la question de savoir s’il constitue un châtiment cruel et inhabituel d’exécuter une femme qui a été violée à répétition dans son enfance et qui, selon les experts, revivra ces agressions au moment où on la tuera. Les juges n’ont pas daigné répondre.

Cette décision est l’œuvre de la bande de fascistes qui dirige la Cour, laquelle a déclaré en 2019 que le huitième amendement « ne garantit pas à un détenu une mort sans douleur ». Aucun vote n’a été annoncé, et aucune opinion dissidente n’a été consignée de la part des juges supposément progressistes, Sonia Sotomayor, Elena Kagan et Ketanji Brown Jackson.

La Cour a suspendu une exécution en 2024, aucune en 2025 et aucune jusqu’à présent en 2026. Le gouverneur républicain Bill Lee a refusé la grâce lundi : « Je maintiens la peine prononcée par l’État du Tennessee et je ne prévois pas d’intervenir. »

Pike avait 18 ans au moment des faits, gravement traumatisée et atteinte de troubles mentaux. Sur plus de 200 personnes condamnées à mort dans le Tennessee depuis 1976, huit seulement avaient 18 ans au moment du crime. Les sept autres, tous des hommes, ont vu leur condamnation à mort annulée. Pike est aussi la première femme exécutée dans l’État depuis avant la guerre de Sécession, à l’époque où le Tennessee était un État esclavagiste. Eve Martin, femme libre, avait été pendue en 1820 pour complicité de meurtre ; une femme réduite en esclavage, Sarah, l’avait été en 1848.

Pike a été transférée mardi de la prison pour femmes de Nashville à Riverbend, où on lui injectera dans la chambre d’exécution une seule mégadose de pentobarbital, un barbiturique – méthode dont il est établi qu’elle provoque un œdème pulmonaire et une sensation de noyade. Byron Black, détenu atteint de déficience intellectuelle, est la dernière personne à avoir été exécutée dans le Tennessee avant Pike, le 5 août 2025, par la même méthode. Des témoins l’ont vu conscient et gémissant cinq minutes après le début de son injection létale.

Pike est mise à mort pour le meurtre de Colleen Slemmer, 19 ans. Le petit ami de Pike, Tadaryl Shipp, qui a participé au crime, purge une peine de prison à perpétuité parce qu’il n’avait que 17 ans à l’époque et ne pouvait donc pas être condamné à mort.

Elle a récemment déclaré à propos de son crime : « J’étais une gamine de 18 ans atteinte de maladie mentale. Il m’a fallu de nombreuses années pour ne serait-ce que prendre conscience de la gravité de ce que j’avais fait. [...] J’ai ôté la vie à l’enfant, à la sœur, à l’amie de quelqu’un. Il me répugne aujourd’hui de penser que j’ai été capable de commettre un tel crime. » Ce n’est qu’après sa condamnation à mort qu’on lui a diagnostiqué un trouble bipolaire et un trouble de stress post-traumatique. Ses avocats invoquent des éléments selon lesquels la forte consommation d’alcool de sa mère pendant la grossesse a provoqué des lésions cérébrales au niveau du lobe frontal, la laissant incapable de « freiner ses actions » alors qu’une bagarre planifiée dégénérait en un meurtre brutal.

Entre l’âge de 2 et 5 ans, elle a été agressée sexuellement à répétition par le compagnon de sa grand-mère. À 11 ans, elle a été violée par un voisin de 37 ans, qui a écopé d’une peine avec sursis et a ensuite emménagé un peu plus loin dans la même rue. À 17 ans, presque exactement un an avant le meurtre de Slemmer, elle a été violée par un inconnu qui l’avait entraînée de force dans les bois.

Un expert a averti, dans un mémoire d’amicus curiae : « Il existe un risque substantiel qu’elle ressente et croie qu’on est en train de la violer à mort », ajoutant qu’« elle revivrait les bruits, les odeurs et la douleur ». William Ayers, procureur général adjoint du Tennessee, a rétorqué en s’appuyant sur les décisions de la Cour suprême : « Le critère n’est pas une exécution sans douleur. [...] Un préjudice psychologique seul ne constitue pas une violation. »

L’avocat principal de Pike, William Talman, commis d’office, n’avait jamais plaidé dans une affaire passible de la peine capitale, pas plus que le juge du procès. Talman a fait appel à une psychologue clinicienne qui avait constitué des classeurs documentant les violences et les traumatismes subis par Pike, mais il a décidé à la dernière minute de ne pas la faire témoigner. La défense n’a présenté aucun témoignage sur la maladie mentale de Pike, ses lésions cérébrales ou les viols qu’elle avait subis, et n’a jamais fait valoir qu’elle devait être épargnée en raison de son jeune âge.

Après sa condamnation, Pike a été détenue pendant environ 28 ans dans des conditions quasi équivalentes à l’isolement cellulaire, dans une cellule d’environ 2,1 mètres sur 3,7 « avec seulement un lit, des étagères, un lavabo et des toilettes, vingt-deux à vingt-quatre heures par jour, tous les jours », selon une plainte déposée en 2022.

Des rapporteurs de l’ONU ont averti que l’exécution de Pike violerait « l’interdiction absolue de la torture et autres formes de mauvais traitements ». Les tribunaux lui ont pourtant refusé toute réparation à chaque étape de la procédure, du tribunal de première instance jusqu’à la Cour suprême.

L’exécution de Christa Pike confirme la place des États-Unis parmi les principaux pays exécuteurs du monde. Dans son recours à la peine capitale, le pays se retrouve dans le même groupe que la Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Irak, l’Égypte, Singapour et le Koweït. Les États-Unis ont voté à plusieurs reprises contre les résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU appelant à un moratoire sur les exécutions, résolutions qui sont adoptées régulièrement depuis 2007.

La chambre de la mort se dresse au sommet d’un vaste appareil punitif. Près de 2 millions de personnes sont incarcérées chaque jour aux États-Unis, et plus de 2 000 croupissent dans les couloirs de la mort à travers le pays. Le taux d’incarcération américain, de 608 pour 100 000 habitants, est le plus élevé de tous les pays comparables.

La population carcérale est en écrasante majorité pauvre et issue de la classe ouvrière, les Noirs et les Hispaniques y étant surreprésentés. Les malades mentaux et les personnes atteintes de déficience intellectuelle, privés de soins adaptés hors des murs de la prison, finissent de plus en plus souvent en cellule – et, comme Christa Pike et Byron Black, dans la chambre d’exécution.

Le même État qui sangle sur une civière une femme traumatisée à Nashville tue en toute impunité à travers le monde. Les organisations de défense des droits de l’homme recensent environ 1 721 civils, dont jusqu’à 168 écolières, parmi les 3 684 personnes tuées depuis que les États-Unis ont lancé leur guerre contre l’Iran en février. Des experts des Nations unies font état, sur un an, d’un bilan de 223 « exécutions illégales en mer », pour la plupart des pêcheurs dans les Caraïbes, ordonnées par l’administration Trump sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue.

Sur le territoire national, cette violence s’abat avec de plus en plus de férocité sur les immigrés et la classe ouvrière. Le service de l’immigration et des douanes (ICE) détenait plus de 65 000 personnes au 11 juillet 2026, dont l’écrasante majorité n’avait aucun casier judiciaire. Des agents fédéraux ont abattu de sang-froid au moins quatre personnes en 2026 : Renée Good et Alex Pretti à Minneapolis, Lorenzo Salgado Araujo à Houston et Johan Sebastián Durán Guerrero à Biddeford, dans le Maine. Selon Mapping Police Violence, au moins 1 201 personnes ont été tuées par la police en 2025, après un record de 1 271 en 2024.

La barbarie et la violence de l’appareil d’État expriment la réalité de la domination de classe en Amérique, où l’ensemble du système est subordonné à une oligarchie capitaliste criminelle et contrôlé par elle.

Trump, qui incarne cette oligarchie, a fait de la peine capitale un objectif central de sa politique. Le jour de son investiture en 2025, il a signé le décret présidentiel intitulé « Rétablir la peine de mort et protéger la sécurité publique », qui enjoint au procureur général des États-Unis de requérir des condamnations à mort fédérales « pour tous les crimes d’une gravité qui en exige l’application », en particulier les meurtres de policiers et les crimes capitaux commis par des immigrés sans papiers, et qui cherche à faire annuler les précédents de la Cour suprême limitant la peine capitale.

Les résultats sont déjà manifestes. En 2025, 47 personnes ont été exécutées dans 11 États, du jamais-vu depuis 2009, dont un record de 19 en Floride seulement. Celle de Pike sera la 29e exécution de l’année et la 1 683e depuis que la Cour suprême a rétabli la peine de mort en 1976. Outre l’injection létale, les États ont remis au goût du jour ou inventé d’autres méthodes macabres : l’électrocution, le peloton d’exécution, le gaz létal et l’asphyxie à l’azote. Les bourreaux de l’État continuent de chercher, sans jamais la trouver, une manière « humaine » de commettre, avec la caution de l’État, le meurtre d’un être humain.

Les démocrates ont favorisé et encouragé la poursuite de la pratique brutale de la peine capitale. La loi de 1996 de Bill Clinton sur la lutte contre le terrorisme et l’application effective de la peine de mort (Antiterrorism and Effective Death Penalty Act) a imposé un délai d’un an pour les requêtes fédérales en habeas corpus et exigé la déférence envers les décisions des tribunaux des États, sauf si celles-ci violaient le « droit fédéral clairement établi », accélérant ainsi la chaîne de montage de la mort.

Barack Obama a écrit en 2006 : « Je crois qu’il existe certains crimes – le meurtre de masse, le viol et le meurtre d’un enfant – si odieux, si inadmissibles, que la communauté est fondée à exprimer toute l’étendue de son indignation en infligeant la peine ultime. » Joe Biden s’était engagé à œuvrer pour l’abolition de la peine de mort fédérale, mais le programme électoral des démocrates pour 2024 en a supprimé toute mention. Les démocrates restent silencieux face à l’offensive de Trump visant à étendre le recours aux meurtres commis par l’État.

Dans le New York Daily Tribune, en février 1853, Karl Marx insistait sur le fait que la peine capitale devait être comprise dans ses dimensions de classe. Il écrivait qu’il trouvait « très difficile, sinon absolument impossible, d’établir un principe quelconque sur lequel pourrait se fonder la justice ou l’opportunité de la peine capitale, dans une société qui se glorifie de sa civilisation ». S’appuyant sur des statistiques montrant que la criminalité se reproduit avec la régularité des phénomènes physiques, il demandait : « n’est-il pas nécessaire de réfléchir sérieusement à une modification du système qui engendre ces crimes, au lieu de glorifier le bourreau qui exécute un certain nombre de criminels pour ne faire place qu’à de nouveaux ? »

La lutte pour l’abolition de la peine de mort s’inscrit dans le combat grandissant de la classe ouvrière internationale contre un système capitaliste qui produit la pauvreté, les abus et la violence, et y répond par le bourreau. L’exécution de Christa Pike montre que ce combat ne peut être abandonné aux tribunaux ni au Parti démocrate, qui ont prouvé à maintes reprises leur allégeance au capitalisme.

L’abolition de la peine de mort est indissociable de la défense de tous les droits démocratiques et sociaux et de la lutte contre les inégalités, la guerre et la violence d’État policier.

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