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Le défi de la mairie de Chibougamau arrive au bon moment dans la vie de Nichèle Compartino. La nouvelle mairesse de la plus grande ville du Nord-du-Québec succède à Manon Cyr, qui a quitté la vie politique au terme de cinq mandats, dont quatre à la mairie.
Quelques semaines après avoir été élue sans opposition, Nichèle Compartino nous reçoit dans son nouveau bureau. Celui qui fut, pendant près de 16 ans, occupé par Manon Cyr.
J’ai sincèrement trouvé ça difficile de la tasser du bureau. J'ai beaucoup de souvenirs, ça m'est arrivé régulièrement de débarquer dans le bureau de madame Cyr avec plein de dossiers, parfois c’était le fun, parfois c'était moins le fun. De vider le bureau pour m'installer, ç'a été une étape assez émotive pour moi, témoigne la deuxième mairesse de la ville nordique.
Après un premier mandat de conseillère municipale, Mme Compartino était prête à risquer sa place au tour de la table du conseil municipal : c'était la mairie ou rien. Mais elle n’aurait pas fait le saut si Manon Cyr avait poursuivi son engagement politique.
Je n’en pouvais plus d’être un gérant d’estrade. J’étais au tour de la table et je me disais : "Il me semble que je n’aurais pas fait ça de même". J’étais tannée de me dire ça, rapporte celle qui se décrit comme travaillante et rigoureuse.

Nichèle Compartino souligne l'apport des femmes croisées sur son parcours qui ont façonné sa carrière.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Si Nichèle Compartino annonce la continuité de sa prédécesseure, elle promet également un vent de nouveauté.
J’ai senti un grand soutien de la population, un vent d’optimisme aussi. Les gens aiment Manon Cyr, c’est sûr, mais ils avaient quand même un appétit pour un peu de changement.
Un défi au bon moment
En devenant mairesse de Chibougamau, Mme Compartino serait devenue la première élue native de la ville du Nord-du-Québec à se retrouver à la tête du conseil municipal. Une information qu’elle a apprise de sa prédécesseure, Manon Cyr.
Après avoir œuvré au privé, dans la fonction publique et comme attachée politique des ex-ministres libérales provinciales Lise Bacon et Lucienne Robillard, Mme Compartino estime débarquer à la mairie de Chibougamau avec suffisamment d’outils en poche. Elle se sent portée par le conseil municipal, l’équipe municipale et ses proches.
Lorsqu’on décide de faire ça seul, je ne suis pas certaine que les dispositions soient les meilleures. Pour avoir côtoyé des politiciens dans le passé, je savais que j'avais besoin du soutien de tout mon entourage, souligne-t-elle.
Deux fois moins de résidents
Il fut une époque où Chibougamau comptait plus de 13 000 habitants. Aujourd’hui, la population est réduite de moitié, une donnée qui préoccupe la représentante du conseil municipal.
Ça a un impact sur la capacité des villes de fonctionner, d’entretenir les infrastructures et d’en développer de nouvelles, expose-t-elle.
Elle espère que le déclin démographique pourra être freiné et même inversé à moyen terme. C’est un des principaux défis auxquels on doit faire face.
Le développement éolien exploré
La diversification des sources de revenus figure aussi parmi les priorités de la nouvelle mairesse. Le projet de développement éolien porté par les municipalités du Nord-du-Québec pourrait notamment permettre d’y parvenir. Le projet est sensé, selon elle, alors que Québec veut augmenter sa capacité énergétique.
On a la chance à Chibougamau de pouvoir compter sur un périmètre municipal qui est vraiment grand pour une ville, c’est ce qui nous a allumé les lumières. Il y a potentiellement des opportunités à saisir puisqu’on a du vent chez nous, met-elle en lumière.
La forêt toujours présente alors que les mines ouvrent et ferment
Intimement reliées à l’ancienne ville de compagnie, l’industrie forestière et l’industrie minière sont deux secteurs qu’on doit aborder de manière différente, soutient la mairesse de la plus grande ville de la Jamésie.
Nichèle Compartino reconnaît l’importance du secteur minier, mais rappelle que les projets du genre sont cycliques.
Le projet minier, c’est du sucre sur le gâteau, résume-t-elle. S’il voit le jour, tant mieux. On n’est plus dans la survie. Je n’ai plus envie de devoir me mettre à genou devant une minière pour réparer mon aréna. C’est terminé ce temps-là.
Le rapport de force entre la ville, qui fut à une certaine époque temporaire, et les entreprises minières a été inversé. L’élue assure ne pas être contre le développement minier, mais plutôt en faveur du développement de sa ville.
On va me passer sur le corps avant qu’une minière prenne son logo et mette ça sur nos infrastructures. Ce sont nos conditions. Si la minière veut contribuer, qu’elle nous offre sa contribution, on va l'administrer. On est de grandes personnes. On sait de quoi notre ville a besoin.
Le secteur forestier demeure, selon elle, le poumon de sa ville. Elle soutient que c’est intimement lié à la survie de la municipalité.
Mais elle ne s’en cache pas, elle est préoccupée par le sort actuellement réservé à l’industrie forestière. Bien que sa communauté forestière se retrouve en bonne posture, elle est la plus dépendante de cette industrie au Québec.
Mme Compartino croit que Québec doit regarder ce qui se fait à Chibougamau et investir dans ce qui se fait là-bas. Elle désire que le travail entourant le projet de réforme du régime forestier reprenne rapidement au début de l’année 2026. On ne peut pas attendre tant que ça, résume-t-elle.
Le nouveau visage de Chibougamau
Comme dans certains autres endroits au Québec, les accents se sont multipliés au cours des dernières années à Chibougamau. La population de travailleurs natifs de la communauté cohabite dorénavant avec de nouveaux arrivants.
Les gens se sentent un peu chamboulés, c’est normal. Je souhaite raccommoder tout ce beau monde-là. Pour plusieurs, c’est de la nouveauté. La population est accueillante. Les gens comprennent la richesse que ça apporte et l’importance d’accueillir l’immigration, mais les gens doivent composer avec la différence et, parfois, ça fait peur, expose-t-elle.
Le manque de logements se fait sentir dans la ville d’un peu plus de 7000 personnes. Les constructions de plusieurs dizaines de logements des dernières années ne sont pas suffisantes, reconnaît l'élue.
Nichèle Compartino est consciente que le conseil municipal devra répondre aux demandes variées de la population.
Les besoins des familles et des individus ont beaucoup évolué. Les gens se séparent maintenant. Les besoins en habitation sont en constant changement. Le navettage amène des besoins différents. On a une population vieillissante. Les aînés ont aussi des besoins spécifiques, conclut-elle.


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