La politique étrangère de l’Amérique de Donald Trump est de plus en plus confuse. C’est l’impression qui se dégage des dernières frappes américaines sur les djihadistes de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest, au nom de la protection des chrétiens. Non pas que le djihadisme ne soit pas un problème lancinant pour le pays le plus peuplé d’Afrique. Depuis la fin du califat de Daech en Syrie et en Irak, les militants du groupe terroriste se sont engouffrés dans le vide sécuritaire provoqué par le départ des Français du Sahel et celui des Américains d’Afghanistan.
Même de hauts responsables militaires américains pensent que de simples bombardements sur des bases djihadistes au Nigeria ne vont pas changer la donne. La défense symbolique des chrétiens semble avoir motivé un président américain soucieux de donner des gages à son électorat évangélique. Mais l’emprise des groupes djihadistes est telle qu’il faudrait une vraie politique de soutien aux Etats vulnérables de la région pour infléchir la situation. Or ce n’est pas ce que cherche Donald Trump. Si ce dernier a récemment conclu un accord «de paix» entre le Rwanda et la République démocratique du Congo alors que les combats continuaient, ce n’est pas tant pour sa volonté de stabiliser la région; il est plus intéressé par des contrats miniers pour les sociétés américaines en RDC.
Lire notre éditorial: Entre Moscou et Kiev, la paix n’est pas pour demainPour le président américain, la politique étrangère rime avec business. Même avec des dictateurs. Elle n’est en rien liée à la promotion de la démocratie ou au maintien de l’ordre libéral mondial. Ces jours-ci, après l’imposition d’un blocus maritime immobilisant les pétroliers transportant du brut vénézuélien, l’administration américaine semble prête à provoquer par la force un changement de régime à Caracas. Là aussi, si la Maison-Blanche justifie cette ambition par la nécessité de combattre le narcotrafic, elle repose en réalité sur des motifs plus mercantiles. Les raffineries de Louisiane et du Texas, dans le golfe du Mexique, ont besoin du pétrole lourd vénézuélien pour tourner.
Les efforts de paix entrepris par l’émissaire américain Steve Witkoff à l’égard de l’Ukraine et de Gaza ont eu le mérite de montrer un intérêt des Etats-Unis. Mais ils ne mènent pour l’heure nulle part. Les bases sur lesquelles ils reposent sont bancales. Par ailleurs, les frappes américaines contre des sites nucléaires iraniens en juin ont retardé le programme atomique de Téhéran, mais ne l’ont en rien «oblitéré».
Lire aussi: Aux Etats-Unis, le mouvement trumpiste se perd en querelles internesAux Etats-Unis, le mouvement MAGA (Make America Great Again) commence à ruer contre la politique étrangère confuse de Trump. Son interventionnisme est en contradiction avec la doctrine d’«America First». Face à une politique commerciale (taxes douanières) qui frappe de plein fouet l’Américain moyen, face à des assurances maladie dont les primes vont exploser à partir du 1er janvier, l’amateurisme avec lequel l’administration Trump prétend forger la paix dans le monde pourrait ne pas rester impuni. La base MAGA s’y attelle.


6 month_ago
81






















.jpg)






French (CA)