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Les bonnes vieilles chicanes entre capitales n’ont visiblement plus la cote pour le moment. L’humeur populaire est au contraire à la coopération face à la menace plus imminente de l’antagoniste américain et de son incessante répression économique. Il reste à mesurer, toutefois, la patience des électeurs québécois (et de certains élus caquistes), qui voudront aussi en voir les résultats.
En l’espace d’à peine deux semaines, la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, est allée à la rencontre du maire de Québec, Bruno Marchand, de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, du premier ministre canadien, Mark Carney, à Ottawa, ainsi que de Jamieson Greer, représentant au Commerce du président américain, Donald Trump, à Washington. Et il y a fort à parier qu’elle s’entretiendra d’ici peu avec des mandataires du gouvernement mexicain, en vue de la révision de l’accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique.
Le ton de la nouvelle cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) fut tantôt de miser, comme lors de ses rencontres dans la capitale américaine, sur les « points de convergence lorsqu’il y en a », plutôt que sur les dissensions, et tantôt « de collaborer », comme lors de son passage au parlement fédéral, avant de monter aux barricades.
Le contexte géopolitique et l’anxiété généralisée qu’il suscite portent Christine Fréchette à privilégier, comme ses homologues pancanadiens, la collaboration plutôt que le traditionnel affrontement. La popularité intarissable de Mark Carney, et de son approche politique réfrénée, l’aura inspirée. L’occasion pour la nouvelle première ministre de marteler que l’heure n’est pas à « ériger de nouvelles frontières », à cinq mois de la bataille électorale contre le Parti québécois et le Parti libéral, n’y est certainement de surcroît pas étrangère. Le rebond dont profite la CAQ dans les intentions de vote, sous sa toute jeune gouverne, suggère qu’elle fait le bon pari, du moins pour l’instant.
À l’image du premier ministre canadien, Mme Fréchette profite, à peine arrivée en selle, des leviers de l’État pour faire sa marque à coups d’annonces quasi quotidiennes — certaines plus inattendues que d’autres (comme la trouvaille surprise de centaines de millions pour l’hôpital Maisonneuve-Rosemont ou l’entente avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec). Non sans un brin d’opportunisme préélectoral, quitte à s’inspirer — ou à s’emparer — des idées de ses adversaires politiques. Le lot, si contrariant soit-il, des partis d’opposition.
La priorité de l’heure est à l’économie. Plus tôt que tard faudra-t-il toutefois que la première ministre Fréchette s’attaque aussi aux missions sociales de l’État québécois.
Celle à qui certains reprochaient d’être « beige » ou trop effacée s’avère une première ministre posée. Une dirigeante taxée d’être « hésitante » qui préfère simplement consulter et rassembler. Multiplier les rencontres et les annonces s’effectue cependant plus aisément qu’enchaîner des résultats tangibles, surtout en l’espace d’à peine cinq mois d’ici le scrutin.
Si « productives » et « constructives » furent ses rencontres avec des élus républicains et le représentant Greer, Donald Trump ne renoncera pas aussi facilement à ses marottes anti-souveraineté culturelle et anti-gestion de l’offre. Quand bien même Mme Fréchette ajouterait-elle rapidement à son calendrier une visite au premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, rien ne garantit que Tony Wakeham accepte de signer rapidement l’entente sur l’hydroélectricité de Churchill Falls.
Tout comme il demeure plus qu’incertain que Mark Carney, malgré ses plus belles intentions de bonne entente, se révèle réellement plus accommodant que ses prédécesseurs et disposé à acquiescer aux demandes du Québec. Ou que Christine Fréchette connaisse davantage de succès, à ce chapitre, que ses propres précurseurs. Ses premières requêtes étant déjà fort modérées, elle aurait fort à faire pour se défendre si elles étaient en plus ignorées.
S’abstenir d’exiger d’emblée que les fonds d’Ottawa annoncés cette semaine pour la formation d’ouvriers soient transférés au Québec sans aucune condition en aura étonné plus d’un. Y compris au sein de l’aile nationaliste de la coalition que s’échine à préserver la nouvelle cheffe. L’accalmie demeure fragile, à la suite du départ de l’ex-ministre remercié Gilles Bélanger, de même que la réflexion proclamée de l’élue Shirley Dorismond.
À moins que le sursaut de popularité de la CAQ et surtout de sa nouvelle cheffe — plus appréciée (30 %) que la formation (14 %), selon le dernier sondage Pallas-Québec125 — ne tempère les insatisfaits, le temps de voir si leurs propres fortunes électorales en profitent à la fois.
En ce court début de règne, Christine Fréchette a bel et bien su insuffler un nouveau souffle à la CAQ, dont on ne parle plus au quotidien uniquement comme d’un parti moribond. Reste à voir si son rythme effréné des premiers jours lui permettra de tenir la cadence, et de continuer à renverser la tendance.


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