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La Chine placée par les États-Unis face à un dilemme iranien

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Il a fallu plusieurs heures, samedi dernier, après le déclenchement de l’offensive armée des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, pour entendre une première réaction de la Chine, pourtant alliée indéfectible du régime de Téhéran. Le message faisait plutôt dans la retenue étant donné les circonstances, en exprimant par les voies diplomatiques une « vive préoccupation » et en appelant les parties à revenir autour de la table de négociation.

Le lendemain, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a maintenu le même ton, qualifiant les frappes d’« inacceptables » avant de réclamer de nouveau la poursuite des pourparlers, avec toujours une absence flagrante de fermeté de la part du partenaire le plus important de l’Iran.

Alors que Washington et Tel-Aviv frappent Téhéran depuis une semaine, la Chine peine à se porter clairement à la défense de l’Iran, dont la production de pétrole est pourtant essentielle à sa sécurité énergétique. Une timidité notable qui révèle ainsi un peu plus le curieux dilemme iranien auquel fait face aujourd’hui l’empire du Milieu.

C’est que, d’un côté, la dictature chinoise pourrait souhaiter un règlement rapide du conflit pour éviter une perturbation à long terme de ses importations de pétrole, dont 55 % proviennent du Moyen-Orient, 13 % de l’Iran seulement. Une hausse du prix de l’énergie en Chine, amplifiée par un blocage du détroit d’Ormuz, cet étroit passage par lequel transite 20 % du pétrole mondial, menace les marges bénéficiaires déjà faibles des entreprises chinoises et pourrait accentuer un ralentissement économique déjà en cours.

Mercredi, Pékin a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la prochaine année, les ramenant à l’un des niveaux les plus bas depuis 1991.

D’un autre côté, le régime de Xi Jinping voit sans doute d’un bon œil l’enlisement éventuel des États-Unis dans un conflit en Iran — et l’expansion régionale que la crise semble désormais prendre. Ce scénario, en maintenant la présence de Washington et de ses armées au Moyen-Orient, viendrait ainsi réduire la capacité d’action et de réaction des États-Unis pour venir en aide à Taïwan si la Chine décidait de mettre à exécution ses menaces d’invasion de ce territoire autonome et indépendant.

« Le prolongement du conflit en Iran pourrait affaiblir la dissuasion des États-Unis, à la fois en réduisant ses stocks de missiles et de munitions, mais aussi en modifiant la perception au sein du Parti communiste chinois sur une éventuelle intervention américaine pour protéger Taïwan », résume en entrevue l’ex-diplomate canadien Michael Kovrig, spécialiste de la Chine. Il est aujourd’hui analyste à l’International Crisis Group, groupe de réflexion sur la prévention et la résolution des conflits dans le monde. « Des livraisons d’armes américaines à l’Ukraine et à Taïwan ont déjà été retardées. Si plusieurs conflits venaient à se chevaucher, les capacités de gestion de crises par les hauts responsables à Washington seraient alors mises à rude épreuve. »

Un optimisme américain douteux

C’est ce que pensent plusieurs spécialistes de la défense américaine, qui n’ont pas manqué cette semaine de mettre en perspective les déclarations un peu trop optimistes du président Donald Trump sur les capacités offensives de son pays aux premiers jours de la guerre. Le populiste a affirmé que les États-Unis pouvaient mener des guerres « indéfiniment » avec des stocks de munitions dont la disponibilité serait « pratiquement illimitée ».

Des déclarations qui font abstraction de l’utilisation intensive du système de défense antimissile THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), des intercepteurs Patriot, des missiles air-air à moyenne portée AMRAAM et des missiles lancés depuis des navires (tels que les SM-2, SM-3 et SM-6) dans les campagnes de guerre lancées par le régime trumpien depuis juin dernier comme dans les derniers jours. « Si nous maintenons ce rythme soutenu, cela pourrait mettre à l’épreuve nos capacités d’interception [des missiles ennemis] et devenir préoccupant », a résumé cette semaine Joe Costa, directeur du programme Forward Defense au sein de l’Atlantic Council, un groupe de réflexion sur la géopolitique. C’était dans les pages numériques du quotidien politique The Hill. « Il est difficile d’établir des échéanciers précis sur les stocks sans informations précises », mais la gestion du risque se calcule désormais « en semaines, pas en mois », a-t-il ajouté.

Les États-Unis auraient utilisé 25 % de leur système de défense antimissile THAAD durant les 12 jours à peine de la précédente offensive lancée par Washington contre Téhéran en 2025, rapportait CNN en juillet dernier, sources militaires à l’appui. La haute technologie de ces armes complexifie aussi leur renouvellement : leur production peut prendre deux ans, parfois plus.

« Les analystes chinois considèrent que les interventions américaines en Afghanistan et en Irak ont été des campagnes inutiles qui ont surtout affaibli les États-Unis, principal adversaire du Parti communiste chinois. Ils espèrent donc une répétition de ce scénario en Iran », dit Michael Kovrig.

Mardi, en conférence de presse, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a d’ailleurs esquivé une question portant sur de possibles mesures audacieuses que la Chine pourrait décider de prendre à court ou à moyen terme pour affirmer ses revendications territoriales sur Taïwan alors que l’attention des États-Unis est absorbée désormais par le conflit au Moyen-Orient. « Taïwan est une partie inaliénable du territoire chinois, a-t-elle dit. La question taïwanaise relève exclusivement des affaires intérieures de la Chine. Sa résolution est une affaire qui nous appartient », et ce, désormais dans un jeu de perception qui devient de plus en plus risqué pour le minuscule territoire insulaire asiatique.

« La principale menace pour Taïwan est désormais que Xi Jinping perçoive une occasion temporaire et qu’il prenne le risque de l’exploiter », conclut M. Kovrig.

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