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« Biaisée », « ouvertement orientée », « mal équilibrée ». Depuis son lancement, le 27 août dernier, la Boussole électorale de Radio-Canada suscite de vives réactions sur les réseaux sociaux.
Outil très populaire en période préélectorale, il permet aux électeurs d’y voir plus clair et les aide parfois dans leur choix, en plus d’en conforter d’autres dans leur décision et leur positionnement politique. Signe de son succès, la Boussole a déjà attiré plus de 260 000 personnes une dizaine de jours seulement après son lancement dans le cadre de la campagne provinciale de 2026. Mais alors que se profilent des élections qui s’annoncent particulièrement serrées, les critiques fusent.
À gauche, nombreuses sont les voix à reprocher au populaire outil d’avoir un biais centriste sur l’axe socio-économique. Québec solidaire (QS) est placé à l’extrême gauche de l’échiquier, alors que tous les autres partis — notamment le Parti conservateur du Québec (PCQ) — figurent au centre ou au centre droit, ce qui fait dire à certains que la Boussole normalise la droitisation de la société. Sur l’axe identitaire, c’est le positionnement extrême du Parti québécois (PQ) qui fait sourciller le camp péquiste.
Nimâ Machouf fait partie de ceux qui ont exprimé leurs réserves sur les réseaux sociaux. Elle en avait donc long à dire lorsque Le Devoir l’a contactée. Proche de QS et candidate au fédéral pour le Nouveau Parti démocratique dans Laurier–Sainte-Marie, elle recommande l’utilisation de la Boussole pour encourager la réflexion personnelle. Cependant, le positionnement des partis dans l’outil la laisse dubitative.
« À la fin, quand on nous montre l’échiquier politique, ça n’a pas de bon sens. C’est comme si on normalisait la droite. Ce n’est pas vrai que les conservateurs sont de centre droit. Le PQ ? Ce n’est pas vrai qu’ils sont au centre, ils sont au centre droit. Le Parti libéral du Québec [PLQ], la Coalition avenir Québec [CAQ], ils sont à droite. C’est choquant. »
Inversement, Mme Machouf ne comprend pas le positionnement à l’extrême gauche de Québec solidaire. « Ils ne parlent pas de nationaliser les banques ni de nationaliser les ressources naturelles, il n’y a rien là-dessus. QS n’est pas du tout à l’extrême gauche », affirme-t-elle.
Pour Nimâ Machouf, cette façon de placer les partis nuit à Québec solidaire, qui est présenté comme un parti extrême quand les autres, plus proches du centre, apparaissent donc plus modérés.
Sur l’axe identitaire, la représentation de la Boussole ne serait pas exacte non plus à ses yeux. « Que le PQ soit présenté comme très identitaire, je pense que ça ne surprendra personne. Mais la CAQ et le PCQ devraient être plus identitaires, soutient-elle. C’est comme si la Boussole était mal calibrée. »
Les partis contribuent à l’élaboration de la Boussole
Le professeur titulaire au Département de science politique de l’Université Laval Yannick Dufresne fait partie du comité qui a élaboré la Boussole électorale. Selon lui, c’est le contexte québécois qui place les partis là où ils sont placés, pas les créateurs de la Boussole.
Bref, en répondant aux 30 questions posées, élaborées par des experts, la population crée des indicateurs qui permettent de baliser les grands dossiers de la campagne. De leur côté, chacun des partis inclus dans la Boussole électorale est invité à participer au processus de détermination de ses positions.
« On les fait contribuer et ils répondent de la façon la plus honnête possible. On compte sur leur bonne foi, mais, en même temps, on fait une analyse complète avec des chercheurs, position par position », explique M. Dufresne.
Le politologue réfute donc le biais que certains prêtent à la Boussole. « Je ne pense pas qu’on peut parler de biais ici. Il s’agit d’une représentation avec une certaine méthodologie qui est transparente. »
M. Dufresne admet toutefois qu’il s’attendait à de vives réactions, notamment parce que les élections sont extrêmement serrées, ce qui alimente les critiques de tous bords. « Quand j’ai vu le graphique, je savais que les gens allaient réagir. Mais ce serait malhonnête de changer le graphique pour éviter d’avoir la chance d’en discuter. »
« Un parti politique a le droit de se repositionner »
Après avoir vu ce que le graphique allait donner, les partis politiques peuvent choisir de rajuster leur positionnement en répondant à certaines questions supplémentaires. C’est le cas, par exemple, du PCQ d’Éric Duhaime, qui s’est recentré notamment en répondant à une question sur le niveau des subventions à accorder aux artistes québécois, avance Yannick Dufresne.
« On ne peut pas aller contre un repositionnement, indique-t-il. Un parti politique a le droit de se repositionner. Qui sommes-nous pour dire qu’ils mentent ? »
Mais alors, n’existe-t-il pas un risque de voir un parti « jouer » avec son repositionnement afin de changer sa perception auprès de la population ?
« Un parti qui serait vraiment malhonnête, qui dirait des choses complètement contraires à sa ligne politique, on s’en apercevrait avec le positionnement public. Si un parti essaie d’avoir l’air plus modéré, puis qu’il ne l’est pas, sans donner de justification claire, on ne le laisse pas faire », explique le créateur de la Boussole.
Yannick Dufresne reconnaît toutefois que le Parti libéral du Canada, que la Boussole électorale avait placé au centre gauche avant les élections fédérales de 2025, ne serait plus au même endroit aujourd’hui.
« C’est vrai que, si on devait refaire la Boussole en ce moment, il y aurait bien des questions sur lesquelles on retournerait vers eux pour dire : “Finalement, ce n’est pas ça qui se passe.” Ça, c’est sûr ! »
Les partis satisfaits
Si les critiques sont nombreuses sur les réseaux sociaux de la part des utilisateurs de la Boussole électorale, les partis politiques semblent, eux, satisfaits de leur positionnement.
« Je me suis toujours défini comme de centre droit ; si vous me dites que je suis centre droit, vous ne m’insultez pas — au contraire », a répondu Éric Duhaime lorsque Le Devoir lui a posé la question. Certaines propositions du PCQ, comme les baisses d’impôt massives pour les particuliers et les entreprises, l’abolition de la taxe carbone ou la suppression de 20 000 postes dans la fonction publique, font partie des thèmes qui ancrent cependant le PCQ plus à droite qu’au centre.
Du côté de la CAQ, on se dit de centre droit et on explique que la Boussole contacte chacun des partis pour qu’ils répondent aux questions qu’elle contient. On ne voit donc pas comment il pourrait y avoir un problème de crédibilité. Au PQ, on assume le fait d’être une coalition de gens de gauche et de droite : le positionnement au centre de l’axe socio-économique semble donc logique. Idem pour le PLQ, qui se voit comme un parti de « centre centre ».
Enfin, à Québec solidaire, « on est de gauche, ça, c’est sûr et certain », avance la co-porte-parole Ruba Ghazal. « Quand je marche dans la rue, les gens ne me disent pas “êtes-vous de gauche ?” ou “êtes-vous de droite ?”. Ce qui les intéresse, c’est de savoir quelles sont nos solutions à leurs problèmes. »
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