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Québec et Montréal pourraient placer une partie de leurs excédents à la Bourse. Le gouvernement voit dans cette nouveauté, déjà en vogue dans plusieurs villes canadiennes, la possibilité de garnir les coffres municipaux de dizaines, voire de centaines de millions de dollars, sans débourser un sou ni en prendre dans la poche des contribuables.
Les deux plus grandes villes du Québec servent de « cobayes » dans le cadre d’un projet-pilote qui, s’il s’avère concluant, pourrait être élargi à l’ensemble des grandes villes — un souhait de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).
« C’est une petite révolution », soulignait l’ancienne ministre des Affaires municipales Geneviève Guilbault en avril. La mesure, ajoutait-elle, « permettra, dans un premier temps, à Québec et à Montréal de diversifier leurs placements grâce à de nouveaux outils afin de générer des revenus supplémentaires sans piger dans la poche des contribuables ».
La Loi sur les cités et les villes autorisait les villes à investir leur argent, mais uniquement dans des placements à faible rendement. Leurs liquidités fructifiaient à bord de véhicules exempts de risque, mais poussifs : seuls les titres émis par des entités publiques, comme les gouvernements provinciaux ou fédéral, les municipalités ou les organismes mandataires de ces dernières, demeuraient accessibles.
« C’est comme si les villes étaient obligées, explique le directeur général de la Ville de Québec, Luc Monty, de garder tout l’argent liquide dans leur compte courant sans rendement. »
Un projet de règlement récemment déposé viendrait décorseter Montréal et Québec de ce carcan financier et autoriser ces deux villes à placer leurs excédents sur les marchés boursiers.
« Ça se fait ailleurs, c’est bénéfique et ça permet la diversification des revenus, croit le successeur de Geneviève Guilbault aux Affaires municipales, Samuel Poulin. Nous mettons aussi en place un cadre plutôt conservateur quant aux investissements permis. »
« Bretelles et ceinture » contre la spéculation boursière
Plusieurs conditions viendraient baliser ces nouveaux placements. Présentement, le règlement prévoit que la métropole et la capitale ne pourront investir plus de 25 % de leur réserve ni miser sur des titres moins bien cotés que A- par les agences de notation. Elles doivent, de plus, mettre en place un comité de surveillance des placements et soumettre une politique d’investissement au ministère des Finances.
Les deux plus grandes villes du Québec ne pourraient pas non plus boursicoter elles-mêmes pour diversifier leurs placements : elles doivent plutôt confier leurs investissements à La Caisse (anciennement Caisse de dépôt et placement du Québec), à une institution financière autorisée à exercer ses activités légalement au Québec et Canada ou à une firme de courtage en valeurs mobilières inscrite auprès de l’Autorité des marchés financiers ou d’une autre autorité canadienne en valeurs mobilières.
« Je pense que nous avons la ceinture et les bretelles, dit Samuel Poulin. Avec une politique qui préserve le capital, c’est une approche quand même prudente sur les marchés. »
Le nouveau règlement fixe également un « prix d’entrée » de 100 millions de dollars pour investir les deniers municipaux à la Bourse — un seuil minimal que la Ville de Québec juge, pour le moment, trop élevé.
« Sur notre budget d’environ deux milliards de dollars, ça représente quand même 5 %, explique Luc Monty. Nous croyons que ça pourrait passer à 25 millions de dollars — ou, s’il faut absolument investir 100 millions, nous demandons au gouvernement de nous laisser trois ou quatre ans pour amasser cette somme. Il nous faudra du temps pour réaliser une gestion des trésoreries qui nous permette d’atteindre ce seuil-là. »
Selon les projections gouvernementales, Montréal et Québec pourraient placer près de 450 millions de dollars dans les véhicules financiers nouvellement disponibles. Le gouvernement estime que les deux villes, avec un rendement annuel de 9 % semblable aux bénéfices observés en Ontario, pourraient engranger, grâce aux intérêts composés, 612 millions de dollars sur un horizon de 10 ans et deux milliards de dollars sur un horizon de 20 ans.
L’exemple d’Edmonton
Ces chiffres paraissent réalistes à l’observation du plus récent rapport financier d’Edmonton. La capitale albertaine, forte d’une population d’un million de personnes, affichait un revenu de 221 millions de dollars, en 2025, uniquement puisé à même le rendement de ses investissements.
Cette même année, la Ville de Québec, certes deux fois moins populeuse, récoltait plutôt 29 millions à partir de son argent investi.
Edmonton dispose d’un portfolio de trois milliards de dollars sur les marchés — une somme répartie dans six fonds et qui inclut le fonds de pension municipal. À lui seul, « Ed Tel », un fonds de dotation issu du fruit de la vente d’Edmonton Telephones, l’entreprise municipale de téléphonie, a fait ruisseler 48 millions de dollars sur les coffres de la ville en 2025 — en plus de rapporter des dividendes de 1,1 milliard de dollars sur une période de 30 ans.
Ce fonds, qui bénéficiait, à sa création en 1995, d’un capital de 465 millions de dollars, a désormais une valeur de 1,15 milliard de dollars sur le marché, soit une augmentation de près de 150 % au cours des trois dernières décennies.
Québec et Montréal à l’affût
La Ville de Québec, de son côté, n’a pas l’intention de constituer à court terme une cagnotte semblable.
« Pour le moment, nous avons tellement besoin d’investir que nous ne pouvons pas envisager de placer ces soldes-là à long terme, souligne Luc Monty. Nous ne visons pas non plus d’investir 100 millions pour qu’ils deviennent 200, puis 300, puis 400 millions par eux-mêmes grâce aux rendements d’intérêt. Ce n’est pas l’objectif de la Ville de faire un fonds avec des rendements d’intérêts composés. »
À ses yeux, une municipalité doit trouver un « équilibre » avec les deniers publics. « Lever de l’argent pour le placer, taxer plus à la seule fin de créer un fonds de rendement, ce n’est pas l’objectif premier de la Ville, conclut Luc Monty. L’idée avec ces nouveaux véhicules de placement, c’est surtout d’optimiser le rendement des liquidités que nous avons à notre disposition quand elles sont détenues plus entre six mois et deux ans. »
La Ville de Montréal, de son côté, « continue de suivre l’évolution des pouvoirs octroyés par le gouvernement du Québec ». Dans une réponse écrite, la métropole souligne qu’elle « privilégie la sécurité des fonds publics et la stabilité des revenus » dans ses orientations de placement.
« Ce cadre a permis au fil des années d’assurer une gestion prévisible et disciplinée des placements municipaux, conclut la Ville de Montréal. Toute évolution de cette approche fera l’objet d’analyses approfondies. »


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