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L’usage de la pilule abortive a explosé dans la dernière année au Québec. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers cette option pour mettre un terme à leur grossesse, en raison notamment d’une meilleure connaissance entourant ce médicament et d’une plus grande accessibilité, selon divers intervenants.
En 2025, 2852 femmes québécoises ont obtenu un remboursement de la RAMQ pour le Mifegymiso, le médicament prescrit dans le cadre du Programme d’accès universel gratuit à l’interruption volontaire de grossesse médicamenteuse.
Il s’agit d’une hausse de 80 % par rapport à l’année précédente, où 1586 personnes avaient obtenu un remboursement de la RAMQ pour ce médicament. En deux ans, le nombre de femmes ayant eu recours à la pilule abortive a plus que doublé, alors que 1365 personnes ont reçu un remboursement du Mifegymiso en 2023.
Je pense que c’est une excellente nouvelle. Le Québec, on a été vraiment très lent avant d’adopter des services qui vont permettre aux femmes d’utiliser la pilule abortive lorsqu’elles veulent terminer une grossesse. Ce qu’on voit, le fait que ça ait doublé, ça nous laisse penser que le service est plus accessible, a réagi la Dre Diane Francœur, directrice générale de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada.
Pour les femmes, il n’y a pas de questions là-dessus : quand on peut avoir un avortement médical, c'est toujours mieux.

L'augmentation de l'usage de la pilule abortive est une bonne nouvelle aux yeux de la Dre Diane Francœur. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
La pilule abortive a été approuvée par Santé Canada en 2015 et est disponible gratuitement au Québec depuis 2017. À l’époque, une échographie était obligatoire pour y avoir accès. Les prescripteurs devaient également suivre une formation pour avoir le droit de prescrire le médicament. Des restrictions qui ont été levées en 2022, facilitant l'accès au médicament.
Les données de la RAMQ démontrent que les effets de ces assouplissements sont de plus en plus visibles, selon le Dr Mathieu Bélanger, gynécologue obstétricien au CHU de Québec.
Ça a pris un peu plus de temps avant que les professionnels de la santé sachent qu’ils peuvent le prescrire. [...] C’est la façon la plus simple d’augmenter l’accessibilité à l’interruption de grossesse. Ça peut se prescrire, les gens peuvent faire ça à la maison. On sait que c'est sécuritaire et, veut, veut pas, il y a le phénomène de bouche à oreille qui se passe, souligne celui qui se spécialise dans les méthodes contraceptives.
Le Mifegymiso est formé de deux médicaments : la mifépristone, qui interrompt la grossesse, et le misoprostol, qui éjecte naturellement l’embryon. Dans la pratique, la pilule abortive est prescrite jusqu’à 9 ou 10 semaines de grossesse.
À l’heure actuelle, les médecins, les infirmières praticiennes spécialisées et les sages-femmes peuvent prescrire la pilule abortive. Il est également possible de la prescrire par télémédecine. Les pharmaciens se préparent aussi à pouvoir émettre ces ordonnances pour favoriser l’accès à l’avortement par médicaments.
Les avortements chirurgicaux restent plus nombreux
Bien que l’usage de la pilule abortive gagne du terrain au Québec, ce type d’avortement demeure beaucoup moins fréquent que les interruptions volontaires de grossesse chirurgicales.
En 2024, 24 % des interruptions volontaires de grossesse ont été faites par médicaments, une augmentation de près de 4 % par rapport à 2023 et de près de 7 % par rapport à 2022, selon des données fournies par le ministère de la Santé et des Services sociaux.
Je pense que c’est quelque chose de positif que ça augmente, parce qu’on était la province la plus en retard dans tout le Canada, note le Dr Mathieu Bélanger.

Le Dr Mathieu Bélanger, gynécologue obstétricien au CHU de Québec, observe dans sa pratique un intérêt grandissant pour l'option médicamenteuse de l'avortement.
Photo : Radio-Canada
À titre d’exemple, en 2022, le taux d’interruption de grossesse par pilule abortive était de 17 % au Québec, comparativement à 32 % en Ontario, à 53 % aux États-Unis et à 72 % en France, selon des données fournies par le cabinet de la ministre responsable de la Condition féminine, Caroline Proulx.
Une plus grande utilisation permettra d’assurer un meilleur accès dans certaines régions du Québec, où les ressources sont parfois inégales, a indiqué la ministre dans une déclaration écrite.
Le Dr Mathieu Bélanger observe quant à lui que certaines craintes restent perceptibles auprès de sa clientèle en lien avec l’utilisation de la pilule abortive, notamment au niveau de l’inconfort, de la douleur et des saignements. En contrepartie, le médicament offre l’avantage de pouvoir être pris à la maison.
Elles vont pouvoir le prendre dans un environnement connu, avec des personnes significatives de leur choix. Donc elles ont plus de contrôle sur ce qui se passe, comparativement à l’hôpital, soulève le médecin.
Un meilleur accès… mais loin d’être parfait
Depuis mars 2025, l’organisme SOS Grossesse Québec est un point de service où il est possible de se faire prescrire la pilule abortive. Jusqu’ici, quelque 250 personnes ont pris rendez-vous pour se procurer le médicament, soit plus que ce qui était anticipé.
Le nombre me dit que c’est un besoin, que les personnes veulent avoir le choix aussi de cette méthode-là, souligne Sylvie Pedneault, directrice générale de SOS Grossesse, Centre de santé des Femmes de la Capitale-Nationale. L’organisme augmentera d’ailleurs ses plages horaires pour répondre à la forte demande.
C'est un besoin démontré de la communauté d’avoir un accès de manière simple, efficace, dans l’intimité.
Tous les intervenants rencontrés s’entendent sur un point : le travail doit se poursuivre pour bien informer les femmes sur l’option médicamenteuse et améliorer encore davantage l’accessibilité au Mifegymiso aux quatre coins de la province, alors que les ressources sont parfois disparates d’une région à l’autre.
Un meilleur accès à l’interruption de grossesse par médicaments est d’ailleurs l’un des objectifs du Plan d’action gouvernemental sur l’accès à l’avortement 2024-2027.
C’est certain qu’il reste du travail à faire pour faire connaître cette méthode. [...] L’objectif est que les femmes puissent exercer leur libre-choix, en ayant la bonne information, et qu’elles soient libres de choisir la méthode qui leur convient le mieux, que ce soit par instruments ou avec la pilule abortive, conclut la ministre Caroline Proulx.
Avec la collaboration de Rosalie Sinclair


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